J'ai connu une polonaise dont je rêvais au petit-déjeuner
Madeleine électronique

Comme un deuil mais à l'envers

hier, aujourd'hui, peut-être encore demain

 

Je suis enfin sortie de cette étrange apression (1) dans laquelle j'étais tombée depuis dimanche soir ; j'ai pu accomplir hier mes heures de libraire sans être menacée par la larme à l'œil, ni moment de vacillement. Mais il y a bien eu un état de choc à la mesure de la crainte que j'avais que le pays ne sombre à nouveau pour cinq ans. 

Je vais mieux depuis qu'un article du Canard Enchaîné et qui évoquait le déni de réalité que pratiquait avec beaucoup de constance le président sorti et qu'au fond c'est ça qui me rendait malade sans que j'en sois si précisément consciente. Ce côté "1984" de sa pratique de gouvernement. Nommées et comprises les choses douloureuses ne le sont pas moins mais perdent leur part paniquante.

Il n'en demeure pas moins que je n'ai toujours pas retrouvé mon assiette, que la moindre histoire racontée en 140 par ce grand couillon de Maitre Eolas me met aux larmes, que je tremble pour ceux que j'aime plus que de raison, que quelque chose n'est pas comme d'habitude (2).

  

C'est comme un deuil mais à l'envers.

  

Quelqu'un qu'on apprécie, qu'on connaît bien, avec le- ou laquelle on partage des conversations intimes, mais qui n'est pas présent dans notre vie quotidienne, qu'il s'agisse d'être trop occupés chacun dans son existence ou éloignés de kilomètres. Cette personne meurt. Nous sommes profondément malheureux et sa chaleur nous manque. Pour autant le "jour par jour" n'est pas modifié même si son décès marque la fin définitive des moments partagés. Alors on poursuit notre chemin tout en restant plombés. Au milieu de notre concentration sur le travail, d'une tâche ménagère, d'un moment d'amour si l'on en a encore, une bouffée de chagrin nous rattrape. Si l'on était bien à ce qu'on faisait (3), il se peut qu'on mette un instant avant de se reconnecter - Qu'est-ce qui m'arrive ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Ah oui, c'est vrai Xxxxx n'est plus -. Ce genre d'état me reste longtemps. Je guéris mal des deuils et si difficilement des chagrins d'amour.

  

Ces jours derniers c'est le même phénomène mais en mode inversé. Je me surprends, malgré quelques nouvelles sombres et un avenir bien incertain, à siffloter. J'ai retrouvé un petit supplément d'énergie, pour moi ça vaut de l'or. Mon esprit compose les pires jeux de mots que jamais et cet humour noir qui le travaille en permanence est plus décapant qu'il ne l'avait de longtemps été. J'accomplis sans y penser le minimum ménager. Je parviens à m'accorder des pauses sans être taraudée par l'écriture qui n'avance pas. Et soudain tel le petit bonhomme des dessins animés qui continue à avancer après la fin de la falaise mais ne tombe que lorsqu'il regarde en bas, je m'étonne, c'est curieux, je me sens bien et sans avoir rien résolu - Tiens, où sont donc passées mes semelles de plomb ? - et ça me revient, le pays a un vrai (!) président, qui freinera au lieu d'accélérer quand on ira dans le mur et parviendra peut-être à un contournement.

Et c'est au point que plusieurs fois la pensée qui m'est venue prenait la forme exagérée de "Paris est libéré" ; Paris s'entendant au sens d'emplacement culturel et qui se réduisait.

J'ai eu la chance de naître, grandir puis vieillir dans une zone en paix, et c'est la première fois que je ressens que des gouvernants nous mettaient en danger. Que le péril soit pour quelques années écarté (4) m'accorde pour l'instant un deuil inversé. 

 

 

(1) Le terme est de Kozlika et si ce n'est pas tout à fait pareil c'est ce que j'ai trouvé de plus approchant à ce que j'ai traversé 

(2) Si tant est que depuis 6 ans il m'arrive encore de me sentir "comme d'habitude".

(3) Il se trouve que j'ai une violente capacité de concentration dans le travail, au point que ça soit parfois plus un handicap qu'un avantage.

(4) Je reste pessimiste pour la suite, la conjoncture économique générale est celle d'un effondrement que les mouvements financiers vont accélérer, et les réflexes de haine et de replis sur soi qui ont été si bien arrosés ces dernières années vont prendre de l'ampleur, même si le nouveau pouvoir se montre irréprochable. J'espère me tromper.

[photo à venir]

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