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Ma vie quotidienne est remplie de mystères

Hier, aujourd'hui, à la maison, à la bibliothèque

 

Au soir des journées de boulot quand elles ont lieu l'hiver, j'ai comme tendance à m'effondrer. Au lieu d'écrire, je m'endors, généralement après m'être douchée, seul effort dont je reste capable quand je viens de rentrer. 

C'est ce que l'autre soir j'ai fait. Sans même prendre le temps de dîner. 

Avant de sombrer j'ai cependant ôté mes chaussons et chaussettes, posés à terre tout près du lit, là où se tenaient mes pieds en dernier, à l'endroit logique.

Quelle n'a pas été ma surprise au matin de découvrir qu'une des chaussettes avait profité de la nuit pour prendre la poudre d'escampette.

Je ne suis pas somnambule et j'ai vérifié sous le lit.

Le mystère à l'heure qu'il est attend toujours d'être éclairci.

 

*        *        *

 

À la bibliothèque je sors des toilettes où j'étais partie en expédition (1). Les chasses d'eau sont automatiques, mais les interrupteurs non. De bon gros boutons à l'ancienne, on appuie en haut ou en bas, ça s'allume ou ça s'éteint.

J'éteins en sortant. Chez moi c'est machinal. Je me faisais d'ailleurs régulièrement ouspiller à l'Usine lorsque j'éteignais les lumières du local à photocopies : elles provenaient de lampes au néon ou spéciales économies d'énergie qui mettaient un temps fou avant d'éclairer vraiment et les assistantes qui venaient si souvent tirer des copies papier (2) enrageaient de devoir attendre si quelqu'un avait oublié de laisser allumer (3).

Donc cette fois-ci comme d'autres je sors et j'éteins. Puis je me dirige pour me laver les mains vers la vasque qui est la plus proche. L'alignement des lavabos est surmonté d'un miroir, je vois donc parfaitement les WC ouverts - mon pipi n'avait pas lieu à une heure d'affluence - et plongés dans le noir. Normal, j'ai éteint.

Soudain alors que je relève la tête avant d'aller vers les appareils de séchage j'aperçois la lumière qui toute seule se rallume. 

J'étais la seule personne visible. Pour les fantômes, je ne peux pas dire.

(Il va sans dire que j'ai ré-éteins et même attendu quelques instants pour voir si l'étrange phénomène se reproduisait. Mais non. Le fantôme facétieux s'était vite lassé).

 

(1) Il s'agit de la BNF dont le seul inconvénient que je lui trouve jusqu'à présent est la distance à parcourir quand une envie pressante nous prend.

(2) C'était oldshool cette entreprise.

(3) Comme quoi les économies d'énergie produisent parfois l'effet inverse de celui qu'on attendait. Je ne suis pas persuadée qu'une journée entière de lampe économique restée allumée consomme moins que des moments allumés - éteints d'ampoules classiques.


*        *        *

 

Depuis ce soir, la chasse d'eau fait un bruit de chasse d'eau qui fuit. Pourtant en y regardant bien, aucune coulure vers le bas, rien autour du robinet d'arrivée - pas de joint fatigué -, au sol tout est sec. Tout se passe simplement comme si elle continuait à se remplir lentement sans arrêt.

(et bien sûr, sur ces modèles modernes, impossible de soulever le capot sans tout casser si l'on n'est pas qualifiés)

 

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Franz Bartelt "un balcon à Nouzon"

"J'ai toujours été d'un assez bon niveau de connerie". (Vous tombez bien, moi aussi)

Merci à celui qui m'a présenté cet homme. De ces rencontres (une de plus) dont on se demande pourquoi diable elles n'ont pas eu lieu plus tôt. Mais qu'ai-je donc foutu aux 23 ans "d'Usine" qui n'en était pas une ?

Ou bien elle eut lieu mais ne fut qu'esquissée tant il est vrai que du fond de ma fatigue et de mes amnésies des chagrins et des surmenages, on s'est peut-être croisés mais sans se voir vraiment.

 


Franz Bartelt, un balcon à Nouzon par Mosaique-Films


Pipi square

un de ces jours derniers, non loin, tout près, des Champs Élysées

 

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Je file vers mon travail autant dire d'un pas alerte et décidé (1), quand, en traversant le square qui jouxte le théâtre au capuchon penché, j'entends qu'un gardien sur ma gauche s'est mis à crier.

Ses imprécations commencent par un "Monsieur" qui fait qu'immédiatement je ne me sens pas concernée.

En revanche à quelques pas de moi, un homme qui marchait avec à ses  côtés une petite fille d'une dizaine d'années, a violemment tressauté.

Puis il comprend à qui s'adressent les cris, en même temps que moi aussi : un pauvre bougre a commis l'erreur de poser son sac sur l'un des bancs derrière la fontaine éteinte en vue d'un gel prochain, et est parti pisser le long d'un muret masqué par une haie de troènes (enfin je crois (que c'en sont)).

- Vous vous croyez où ? Il y a des toilettes juste à côté.

Et il l'engueule à qui mieux mieux tout en avançant vers le (grand) délinquant.

Visiblement le type n'avait pas eu le temps de procéder, je pense Laissez-le finir, au moins, au point où il en est (2), en même temps que le père de famille (la gosse lui ressemble traits pour traits, mais en petite et en fille, ce mystère la transmission génétique que c'est) presse l'enfant sans doute afin de lui éviter la vue de l'ustensile principal du méfait, mais agit tout en rigolant ; la scène a quelque chose de cocasse, effectivement, colère réglementaire disproportionnée.

D'absurde aussi : le muret est celui d'un restaurant de haut luxe, et si le square  est vide à part le père, sa fille et moi qui passons rapidement, ça rend les gardiens d'autant plus désœuvrés, prêts à tout pour se trouver de l'utilité, c'est donc de la part du prétendant pisseur une grossière erreur que d'avoir tenté sa chance ici et maintenant.

Et d'attristant : d'accord, il y a au bord du square un de ces cabinets laids enfermants, mais peut-être sont-ils payants ?

Au même moment le père cesse de rire et dit à la fillette en lui montrant l'édicule :

- Mais peut-être que c'est payant.

Et son ton de le dire est celui de mes pensées. La gosse ne répond rien ou plutôt d'un regard : elle a tout de suite pigé.

Cette société où elle grandit est bien mal barrée.

Il était encombré de sa gamine et moi de l'heure à laquelle je devais arriver, en plus que d'une quasi totale absence de monnaie (j'espérais d'ailleurs que le patron m'offrirait le café), et du fait qu'il est délicat ou inopportun pour une femme de se mêler d'une telle querelle d'hommes ; nous avons passé notre chemin sans aider ni même nous parler.

 

(1) Cette phrase est au premier degré : j'aime mon boulot, me plaît (enfin) ce que je fais. Et quand j'y suis j'oublie à peu près bien certain mal qu'on m'a fait.

(2) Pour autant l'angle de sa devanture formant un recoin favorable aux noctambules avinés, et la clef du rideau de fer de la librairie étant non loin, j'en ai plus qu'assez des pisseries délocalisées.

[photo : un autre jour, le même quartier]


Le ton changé

à la librairie, today

 

Il est de ces clients dont la politesse exquise me met parfois mal à l'aise ; j'ai du mal à me mettre au diapason d'une excessive civilité dans laquelle je ne suis pas née, sans que ne s'y glisse une pointe d'ironie qui en l'occurrence serait déplacée.

Il cherche un livre, que nous avons, et un second pour lequel je dois sur l'ordinateur aller à la pêche aux informations. C'est alors qu'il est près de moi pour examiner l'écran que son téléphone sonne et qu'il prend l'appel non sans une expression immédiate d'agacement. 

Je ne saurais dire pour quelle raison je suis aussitôt persuadée qu'il s'agit de sa fille. Il concède très vite à l'appelante quelques informations de localisation d'un établissement puis d'une voix sèche lui reproche Tu n'appelles que pour prendre des informations jamais pour donner des nouvelles.

La conversation ne se prolonge pas. Ce n'est pas sauvagement surprenant.

Il revient dans l'instant au titre recherché, réactive son infinie courtoisie. Le contraste me laisse sans voix.


Dégoûts et des couleurs

Aux jours de travail, en passant

 

Aux jours de travail, ces temps-ci en passant par les Champs, me voilà inévitablement ralentie par le marché de Noël que personnellement je trouve déprimant, même si l'un ou l'autre des artisans présents propose de bons produits (1). 

Il se trouve que le fin accès de la station ligne 13 vers la grande avenue passe entre un cuiseur de tartiflettes, peut-être bonnes mais à l'odeur d'une lourdeur impressionnante - on croirait voir le gras en suspension - et un marchand de vin cuit très généreux sur les épices. Le mélange des deux m'est juste insupportable. Tant et si bien que j'ai pris l'habitude de franchir la zone en apnée afin d'échapper à la nausée.

L'autre soir une petite famille me suivait dans ce passage délicat. Et alors que je m'attendais à entendre les gosses se récrier ou grimacer, c'est le père de famille qui a donné de la voix : 


- Mmhh ça sent bon, a-t-il fait sans l'ombre d'un second degré.

Je me suis retournée, éberluée. Il avait l'air vraiment de savourer l'air qu'il humait.

Je sais que les goûts des humains peuvent varier d'un specimen à l'autre. Mais j'avoue qu'à ce point et pour des aliments, c'est franchement surprenant. 

 

(1) Le fabricant de canelés par exemple.


À côté de Julien

Aujourd'hui, dans le métro

 

Il avait l'air avenant, j'ai choisi volontairement de m'assoir à côté de lui. Et puis il lisait, captivé par le roman qu'il tenait, et dans lequel j'avais immédiatement repéré un Corti.

Un beau jeune homme, de ceux qui de nos jours sont plus facilement plongés dans des jeux sur petites machines que dans les romans.

"La forme d'une ville"

Mon cœur a battu plus vite. Ainsi donc en 2011 bientôt 12 on lisait encore ce bon vieux Gracq en lieu et place des modernes fantaisies ?

J'ai failli tenter de parler au lecteur, mais je me suis dit qu'interrompre quelqu'un plongé dans un ouvrage de cet auteur entre tous, ne se faisait pas. Et puis je me sentais trop âgée pour déranger pour rien d'autre que le plaisir de cette fraternité des lecteurs de monsieur Louis.

Quand il est sorti, quelques stations avant moi, j'ai simplement souri.

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Parfois on constate une certaine cohérence

Ce soir, maison

 

Ce soir en feuilletant le magazine de cinéma qui nous a été offert dans cette salle d'un grand complexe commercial où d'habitude nous n'allons pas, je constate que le film prochainement prévu à la bande annonce consternante, y compris pour Stéphanot (1), a pour réalisateur l'homme qui est passé à la librairie un jour en coup de vent, ou plutôt de pluie vu ce qui tombait comme trombes d'eau à ce moment-là, a causé un peu au patron qu'il connaissait d'une expérience médiatique commune, et à peine salué le chien et moi, pourtant les deux seuls occupants des lieux en ce pluvieux moment, et pourtant l'un comme l'autre bien disposés et tout gentils.

Mon patron, flatté qu'il était, lui d'ordinaire sensible et capable d'infléchir avec tact une telle situation (2), n'a pas relevé la cuistrerie. Le chien si, qui m'a regardée en penchant la tête, sur le mode T'en fais pas ma vieille, ils sont tous comme ça.

Peut-être aurions-nous dû faire le beau ?

J'ai du mal à comprendre le monde ; les réactions des humains parfois parmi les proches ou ceux qui semblaient m'aimer me stupéfient. Mais sur ce coup-là, le film bien lourdingue du gars bien présomptueux, je ne peux que constater une certaine cohérence. J'ignore si c'est rassurant.

Et je finis par croire que j'attire les muffles. Ou plutôt que je ne les attire pas et qu'ils me le font payer de toute leur goujaterie. Hé, gougnafiers, tout le monde ne peut pas être une jolie poupée !

 

(1) OK je veux bien admettre que mes tendances Arts et essais me rendent un tantinet trop exigeante. Mais le fiston n'est pas dans ce cas qu'un bon gros blockbuster ne rebute pas.

(2) un trait d'humour, une opportune présentation

 

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Les disparus de Fukushima

Ce matin, sur twitter et puis ...

 

J'ai remarqué depuis un long moment déjà à quel point twitter me donne mieux que tout autre média des nouvelles de mes amis mais du monde aussi.

Pour avoir suivi bien au chaud, sans rien risquer, à Paris les combats des jeunes d'Égypte (et d'ailleurs aussi, mais disons que là il y a une suite aux premiers mouvements de libération qui ont mis au pouvoir l'armée) (1), j'ai eu hier mon petit moment de joie en lisant ce touite d'un des gars que je ne connais pas mais dont j'espérais comme tant d'autres et de tant d'autres la libération.

Ils sont rares ces instants, il convient de les savourer.

Le monde n'en a pas moins continué à bruire de violences et de victoires de l'obscurantisme, ça faisait du bien de penser à du bon.

Ce matin, c'est encore un touite qui m'a amenée vers ce billet du Carnet de notes d'Éric Daspet que j'en profite pour remercier, mieux rédigé que je ne saurais le faire, et de là vers l'article qui suit et dont je ne vois pas pourquoi je mettrais en doute l'authenticité, tant le pire est toujours possible. Je me doutais bien que dans le silence retombé dans nos médias en occident ce genre de choses se déroulait : je suis quelques personnes qui vivent au Japon, parfois quelques webcams qui survivent aux radiations, mais voilà, une fois de plus dans ce monde détraqué, c'est encore pire que ce que je croyais. 

Les disparus de Fuskushima

 

(1) que Kozlika rassemble très bien dans ce billet

 


Elle sort du club de gym

samedi 24 décembre 2011, vers 14 heures

 

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Elle sort du club de gym à l'instant où j'y arrive, déjà reprise par sa vie , comme l'amour le sport n'a qu'un temps, et qui dit au téléphone

- Paris est désert, de toutes façons.

Moi qui ai le souvenir d'un 24 décembre précédent tout agité de gens pressés d'acheter leurs derniers présents, je la regarde incrédule.

Deux heures plus tard quand je ressortirai, je pourrai constater qu'elle avait raison. On aurait cru que tous étaient partis dans des familles lointaines. Les boutiques des Grands Boulevards étaient vides. Étonnant.

[photo prise au même moment]

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Un mot pour vous (si vous le voulez)

Ce midi-là, avant d'enfourcher un vélib

 

Je m'étais habillée non sans un brin d'élégance sportive en vue du cours de danse un peu particulier de cette veille de Noël. Nous serions probablement peu, il convenait d'assurer.

Las, sur mon pantalon sombre, peluchaient des brins de laine claire venus sans doute d'un pull gris, ainsi qu'une autre blouchette bleu ciel de provenance imprécise. 

J'époussetais mes habits. Le brin bleu disparut. J'en conçus un regret (léger).