La fin d'un rêve américain
Aimer le cinéma peut vous sauver la vie

La photo d'une autre

Ces temps-ci les vendredi, BNF

P4300109

 

Grâce au mode de connexion rustique mais solide dont je bénéficie à la Grande Bibli, je retrouve un accès à celles de mes photos stockées sur un ordinateur deux fois antérieur à celui que j'utilise habituellement en ce moment. 

J'en profite pour effectuer quelques sauvegardes, prendre des notes pour l'un de mes chantiers qui concernent ces années-là (2005-2006). Je les regarde donc avec un oeil assez peu affectif, presque professionnel, comme une quantité déterminée de matière première en vue d'autre chose que ce qu'elles sont censées en premier lieu représenter pour moi : les pierres de soutien de souvenirs personnels.

J'aimerais pour certaines avoir à faire ce petit effort de distanciation ; il n'est hélas pas toujours nécessaire : les chocs affectifs successifs subis durant ces années, l'un des manques qu'ils ont générés, puis début 2009 mon changement radical de vie professionnelle, ô combien souhaité mais brutalement subi, m'ont provoqué des sortes d'amnésies localisées mais totales sur la zone où elles ont jeté leur dévolu.

Certaines sont très logiques et, quoique troublantes, presque bienvenues : elles concernent ce job qui me permettait de survivre aux fins de mois mais ne me ressemblait pas ; ou plutôt : dans lequel je devais pour le garder me montrer trop différente de moi, dissociée.

D'autres sont physiques. Un peu comme on perd la sensation du goût d'un breuvage ou d'un met qu'on n'a plus absorbé depuis bien trop longtemps.

Mais j'en trouve d'autres, ici ou là, et peut-être liées à une forme d'hypermnésie qui pour une fois n'y serait pas.

Ainsi ce voyage des 29 et 30 avril à Genève où j'avais un peu causé, lors d'un débat du salon du livre pour le comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun. J'ai un souvenir très vif de presque chaque instant, pourtant entre eux très différents. De rencontres ou retrouvailles, dont celles avec Elisabeth Horem, que j'aimerais tant revoir et plutôt rapidement (trop longtemps sans). Mais voilà, ces pans vivants possèdent à présent quelques blancs et dont je sais qu'ils n'ont rien à voir avec l'usure des ans. 

Cette photo tranquille est porteuse de l'un d'eux. Je détiens sur elle un certain nombre de données objectives, dates et heures de prise de vue, et une idée du lieu, peu après Genève, c'est une vue de fenêtre lors d'un trajet en train. Mais il n'y a plus rien d'autre. Je sais pourtant que j'étais seule, que je n'ai confié mon appareil (Cher Olympus que j'aimais tant) à personne, que je suis donc la personne qui a saisi cet instant, que ce cliché n'est pas la photo d'une autre. 

Il ne m'en reste pourtant plus rien que l'image et une impression ténue de l'espoir (1) que ma brève participation à ce salon du livre avait stimulée.

 

(1) de libération des otages

Commentaires