On ne saura jamais
La petite chanson de deux gags tristes

La fin de l'opéra (en tout cas pour nous, les gars)

En ce début de saison, voilà d'ailleurs pourquoi nous n'en profiterons pas, à Paris, Bastille, opéra

 

C'était à Bastille des places correctes mais à pas cher, 20 € pour bien voir bien entendre bien savourer un opéra - peut-être pour les plus grands sans en voir les sous-titres, mais cependant -, quel privilège.

On le gagnait en ce levant fort tôt à peu près un vendredi sur 4 ou 3. Ou pour les plus fous en y passant la nuit. Il s'agissait d'arriver à 7h au plus tard.

On le gagnait en y sacrifiant cette même matinée, et parfois l'an passé - les choses commençaient à se dégrader, la plèbe du public à être déconsidérée - un bout du début de l'après-midi.

On le gagnait en s'organisant : à plusieurs la jauge étant généralement de 4 places par personne et la plupart d'entre nous venant à deux on pouvait à 5 servir un groupe de 10 et 20 personnes en tout.

On le gagnait en dépensant un peu d'argent : les premières heures de tôt le matin, la file d'attente autogérée permettait par la distribution d'un système de tickets de se réfugier dans les cafés en attendant les appels de numéros, effectués aux heures pile. Dans les mois froids d'hiver, c'était extrêmement appréciable.

Ce système existait depuis environ une éternité. Je garde précieusement les jolis tickets numérotés qu'imprimaient et distribuaient les passionnés qui organisaient la file d'attente informelle avant l'ouverture du hall et la distribution des numéros officiels.

J'ai eu la chance d'en profiter à partir de début 2006, j'avais commencé par avoir celle de rencontrer les bonnes personnes, puis celle d'avoir le vendredi comme jour non travaillé, ce qui a fait que je pouvais sans avoir d'autorisation hiérarchique à demander me libérer. J'ai été très heureuse de pouvoir rendre service pendant ces quelques années.

À présent quatre guichetiers ont été licenciés, les heures d'ouverture sont réduites, les places économiques qui y étaient vendues en exclusivité mises à disposition de façon incertaine et si j'ai bien compris distribuées en priorité à l'AROP laquelle nécessite a minima un droit d'entrée de 100 € . Qui vient au guichet peut désormais attendre des heures pour se voir annoncer que la catégorie de place qui l'intéressait est déjà par ailleurs occupée. Éventuellement attrapable par téléphone - mais qui a le temps de procéder à de fastidieux essais successifs tout au long d'une journée ? Pour ma part j'ai à présent un travail qui place cette voie d'acquisition à la hauteur d'une mission impossible puisque dans un commerce et face à des clients - ou par l'internet, mais il faudra penser à tenter sa chance à bonne date, ce qui pour moi n'est pas évident, mes contraintes me laissent parfois loin de l'ordi des journées durant et je ne dispose pas de téléphone qui permette d'y accéder facilement.

Enfin, les places que nous chérissions n'existent plus. Selon une belle embrouille qui consiste à dire que non, non, le prix des places n'augmente pas et les laisse effectivement à même tarif pour les principales catégories mais à l'intérieur du plan de salle fait passer des rangs entiers dans la catégorie supérieure, nos anciennes places à 20€ sont devenues inabordables à des petits budgets. Il faudrait donc se rabattre sur celles de tout en haut (1) qui sont de l'ordre de 15€ mais vraiment peu nombreuses. Retour à la case aléa.

Nous avons bien tenté de protester mais comme souvent quand des décisions désagréables sont prises, personne n'en est responsable. S'agirait-il d'une mesure réjouissante, tous seraient à en réclamer la paternité.

Et puis il est vrai que nous ne sommes rien qu'une bande de gagne-petits prêts à prendre de la peine et du temps pour des places à 20€, et pour certains d'entre nous incapables du moins en ce moment d'accéder à un abonnement.

Je pense que les artistes ne vont pas tarder à percevoir la différence, entre des salles où se tenaient de nombreux vrais passionnés et celles qui vont suivre, garnies encore plus fort qu'avant d'individus venus là pour faire bien et parce qu'ils souhaitent que ça se sache qu'ils ont bien les moyens, mais n'attendent que l'entracte pour discuter avec monsieur le quelquechose dont la fréquentation ne peut que leur apporter quelque avantage ultérieur. 

Il restera de bons, de très bons et d'excellents souvenirs, tant des moments d'attente devenus des temps de retrouvailles, que des soirées elles-mêmes, de découvertes en émerveillements - au fond à part sur certaines mises en scènes trop difficiles à supporter, peu, très peu de déceptions -. Après tout, perdre quelque chose qui était bon est le signe qu'on a su bien profiter de ce qui était à notre portée, qu'on n'a pas laissé perdre une bonté que l'existence nous présentait.

Mais ce n'est pas sans tristesse ni regrets que l'heure de la fin ait déjà sonné.

Merci tout particulièrement à Kozlika puis Joël qui prenaient en charge notre petite coordination, et également aux camarades qui partagaient les attentes.

Et un salut tout ému à Madama Abricot que sans les files d'attente je n'aurais pas rencontrée.

 

PS : Si d'aventure un riche mécène passait par là, qu'il sache que mon anniversaire est vers la mi-novembre.

PS' : Au moins je n'aurais plus à rouspéter contre les programmes devenus chers et puants (au sens littéralj'entends)

 

(1) à relire, cette phrase a un petit côté descendre en haut, mais bon.

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