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un vendredi d'été l'automne

today, entre Paris et à côté

 

Partant précipitamment il a enfermé chez lui l'ami qu'il hébergeait. Ç'eut pu être drôle mais l'ami avait un train et des enfants qui potentiellement l'attendaient à l'arrivée.

Quatre courriers dans la boîte aux lettres de la vieille poste : trois qui concernent des résultats ou frais médicaux. Du coup la piteuse publicité que comptait le quatrième est devenue bien-venue.

Scrupuleuse, je rends le DVD du poste qu'on m'avait prêté pour un "zone 1" que j'avais demandé. Diable, il eût fallu que je n'y touchasse point. À la BNF, je n'avais point songé que nous fussions censés ne pas savoir faire.

Il prône une vie saine, sans téléphone portable, cet esclavage et peu après je le vois s'enquérir à la caisse du magasin d'un téléphone, coup de fil urgent. Du coup le caissier lui tend ... son propre portable.

(Je n'ai pas ri longtemps, l'affaire nécessitant d'appeler n'était pas drôle. Du tout)

J'ai aujourd'hui beaucoup pensé à Vladimir P et ce n'est pas seulement la faute à Maïa M. Je n'avais jamais songé à cet homme en termes de séduction, seulement en Sauve qui  peut !

J'ai beaucoup pensé à Limonov aussi : le livre d'Emmanuel Carrère me plonge dans des abîmes de réflexion qui ne concernent pas que l'aventurier russe, dont la vie permet de réfléchir aux nôtres.

C'était difficile de devoir partir avant la fin, désolée Eduardo.

Je savoure la chaleur, même si elle n'est pas sans conséquences sur ma libido.

C'est l'été l'automne.

 

 


Dans mes bras, voisin

Dans Libé, ce matin

 

L'article entier (1) n'est disponible que pour les abonnés, mais voici en substance ce qu'il décrit : un homme qui avait déjà par un jour de colère tué une première épouse, vient d'en faire autant une ou deux décennies plus tard avec celle qui lui avait succédé. Il s'agit apparemment d'un type le reste du temps plutôt calme et sans histoire mais qui devient fou furieux dès lors qu'un certain type de reproche lui est fait. J'en connais quelques-uns du même modèle, en un peu moins tueurs, souvent d'ailleurs des humains gentils mais vis à vis desquels les autres se croient dès lors tout permis. Quand le seuil fatidique est franchi, l'explosion est dangereuse (2).

 

L'article résume donc, une dispute dans la cuisine (3), il attrape un couteau, je passe les détails, "Et juste après, comme il y a neuf ans, "ding dong", le voisin découvre, sur son palier, Robert en sang [...]. "Il était tout penaud, témoigne-t-il sur RTL. "Il m'a juste dit j'ai tué ma femme", J'ai failli répondre "Encore !" mais je me suis retenu".

 

Je me suis sentie soudain beaucoup moins seule, moi qui paie si cher un sens de l'humour féroce et encombrant, qui aurait répondu la même chose et sans me retenir, j'en suis peu capable, comme si cet humour des situations désespérées passait par un circuit court où le contrôle est impossible.

 

Moi qui me croyant mourir au bord d'un accident ai pensé "Au dessus ça peut pas", qui à la mort de mon père me suis entendu dire à qui re-re-téléphonait plus tard dans la journée "Ben il est pas mort plus, en fait", ou des choses aussi élégantes, entendant un auteur et pas encore ami, confier à une lectrice admirative et curieuse que oui il avait écrit un livre sur la contraception, oui il avait des enfants, huit en tout avec ceux de sa femme et que lui par ailleurs avait eu d'un premier mariage, "Vous avez fait des essais in situ ?", moi qui fâche des ami(e)s charmant(e)s parce qu'un beau jour me sort une boutade de sniper au cours de la plus anodine des conversations, ô voisin de l'assassin, qui pense "Encore !" dans un tel moment, merci infiniment.

 

 

(1) L'homme qui a tué sa femme deux fois par Mathieu Palain

(2) Cela dit ce n'est peut-être pas le cas ici, l'article m'en donne simplement l'impression.

(3) Très mauvaise idée ça, de se disputer dans la pièce d'une maison qui par définition comporte le plus de couteaux.


Aimer le cinéma peut vous sauver la vie

Soudain, dans ma cuisine.

 

C'est un lien joyeux partagé sur Twitter par Florence Porcel qui à une minute quatorze de sa consultation m'a révélé l'effarante vérité : je dois peut-être d'avoir la vie sauve à une séance de cinéma de vingt-cinq ans plus tôt, une séance d'un film pour ados vue alors que j'avais à peine passé l'âge, et qui je le croyais, ne m'avait pas marquée plus que ça, il s'agissait de divertissement pas de profond cinéma ; ce que Tchernia appelait un film digestif.

   

Mais voilà, quand un soir de l'hiver précédent alors que je dévalais en vélib l'avenue de Clichy partant de La Fourche et filant vers la Porte, quelle chance - croyais-je - les feux sont au vert, et qu'une voiture sans prévenir de rien ni même vérifier que personne n'arrivait en face, s'était mise à faire demi-tour juste devant moi, à même distance-temps que la portière s'ouvre dans le film devant le skater, j'avais su que freiner était inutile, eu une seule pensée "au-dessus ça peut pas", et ce réflexe désespéré de contourner avant même que le cerveau l'ait délibérément commandé. Sur le trottoir, des gens ont hurlé, l'automobiliste responsable qui arrivait en face - une grosse voiture fiable et confortable mais qui l'eût été moins si son pare-brise m'avait réceptionnée - avait pilé, j'avais exécuté mon zig-zag comme un totero une parfaite esquive, et personne n'a été blessé (1). 

   

Le réflexe de contournement au lieu de l'essai de frein vient probablement du fait que les images du film, cadrées comme elles l'étaient, avait fait office de répétition de situation. Et quand le cerveau pensant, trop lent, a décroché du pouvoir sur les gestes à accomplir, cette mémoire aurait pris le relais (2).

 

Ce n'est pas la première fois, mais sans doute la plus physique, que le cinéma vient à mon aide pour un moment où je me sens en danger d'une façon impuissante, je ne m'y suis pas mise, on m'y a placée et d'une façon qui me stupéfie.

   


Longtemps avant, alors que l'entreprise pour laquelle je travaillais essuyait quelques ennuis fort médiatisés, des objectifs de diminutions d'effectifs avaient été fixés aux cadres supérieurs dans chacun de leur service. Celui qui dirigeait celui où j'étais venait d'essuyer quelques échecs sur des tentatives précédentes, entre autre sur une femme qui avait passé depuis peu des diplômes de droit et qui sur son cas personnel avait effectué ses premières armes d'avocate. Revenue de fraîche date d'un congé maternité suivi d'un stage de formation qui n'avait pas été suivi d'un nouveau poste, j'encombrais ; et mère de famille fraîchement émoulue, semblais la plus vulnérable des restants - next on the list -. J'ignorais ce qui se tramait. Ceux qui travaillaient directement avec moi louaient le boulot que j'effectuais, je me croyais, ô naïve, sur un courant ascendant. J'étais au bord d'être lourdée, je m'imaginais proche d'une augmentation. Le Big Chef demande un soir à me voir, pile au moment détesté des jeunes mères de familles qui doivent foncer récupérer à la crèche leur marmot. Je n'avais eu que le temps de prévenir le jeune père ou pire, de dire à une collègue et amie d'appeler à ma place, d'expliquer que j'étais convoquée.

   

Et je m'étais retrouvée face à une menace de licenciement sous forme d'une tentative d'intimidation conjointe de la part du décideur et de mon N+2 de l'époque, lequel la veille au soir encore venait de me féliciter. J'ai été sauvée par ma conscience d'innocente et de bosseuse bête : je n'avais pas démérité, rien à me reprocher et le savais. Mais l'applomb du traître, le féliciteur devenu accusateur, me laissait désarmée. La seule pensée consciente qui me restait était Ah ben maintenant, je comprends comment ça marchait la collaboration ! tout en songeant aux bignoles faussement chaleureuses qui dénoncèrent sans vergogne les juifs de leur immeuble, parmi les habitants.

  

Pour ma défense salariale de cinquante ans après, ce genre de réflexion était de toute inutilité. J'ai cru comprendre à retardement que j'étais à ce point prise au dépourvu qu'aucune réflexion ne m'était plus possible et qu'en fait c'était ma mémoire culturelle qui avait commencé à être parcourue par ma conscience en détresse, à la recherche d'une situation semblable : je ne sais pas résoudre le problème posé, je cherche un cas similaire et à m'y référer. D'où cette pensée bizarre d'un passé qui ne m'appartenait pas. C'était en fait mon petit browser interne qui bossait. 

 

Et qui tombait enfin sur "L'aveu" de Costa Gavras, avec Yves Montand qui répétait "Posez-moi des questions précises. Qu'est-ce qui m'est reproché ?". 

 

J'ai senti que mon calme les surprenait (ils ne s'attendaient certainement pas à avoir Yves Montand en face, ni même Simone Signoret).


Et comme il n'y avait rien de précis, qu'une vague insuffisance totalement contradictoire avec ce que me disait le demi-chef encore la veille au soir, j'ai repris contenance, offert quelques variantes - Very Big Chef étant cultivé n'allait sans doute pas tarder à s'apercevoir de la supercherie -, et nié en bloc tout manquement potentiel, ce qui était assez facile : j'avais été irréprochable (ce qui l'était moins).

 

Je restais pâle et calme, défaite (3) mais non sans sang-froid. De toutes façons dans le film Yves Montand ne s'était pas laissé faire comme ça.


Et puis ces deux types étaient des bourgeois, moi une ex-gosse de banlieue, et à moins d'une arme dans un tiroir du bureau, je savais que si à force qu'ils insistent la colère blanche absolue me venait, je pourrais leur casser la gueule et quelques autres pièces de leur anatomie assez efficacement, avant qu'ils n'aient le dessus. Le Big Chef était un cerveau face auquel je ne faisais pas le poids, mais un couard de première, et de courage je ne manque pas.

 

Il a dû sentir qu'il valait mieux cesser, a décidé de remettre au jour suivant travaillé la suite de cette "conversation". 

  

Soigne ta sortie, m'a soufflé la voix de cinéma. J'ai donc encore été capable au moment de fermer la porte de lancer une dernière phrase que j'ai oubliée, mais pas le calme, la voix blanche ni qu'elle voulait dire, je ne comprends pas ce qui vous prend. Et j'ai fermé la porte, sur leur silence, doucement.


Un de mes collègues qui logeait non loin m'a récupérée chez lui - j'avais réussi, épuisée, à lui téléphoner, il m'a dit Viens vite -, où je me suis effondrée. Il m'a garanti que eux, ceux qui me voyaient bosser tous les jours étaient au contraire très contents de moi (les deux autres avaient fini par m'en faire douter, surtout celui à veste retournée) ; et qu'il verrait quoi faire pour m'aider. Nous, on veut que tu restes.


Là où c'est presque comme au ciné et ce ne serait peut-être plus possible à présent, c'est que le collègue et ma cheffe de l'époque ne se sont pas dégonflés, et sont allés au lendemain dès l'aube, signifier au Big Chef qu'ils n'étaient pas exactement d'accord avec la façon dont on m'avait traitée. Et que les deux "méchants" de l'histoire, qui pour ma chance malheureuse, n'avaient pas tout à fait la carrure du rôle que le système et leurs petites ambitions voulaient leur faire jouer, n'avaient pas fermé l'œil de la nuit, ont cédé. Ils se sont surtout dit qu'ils devraient trouver une nouvelle victime, ce qu'il firent peu après dans un service voisin. La petite, là, qui pourtant avait l'air gentille (i.e. bête à leurs yeux) était plus coriace qu'elle n'en avait l'air. 


Surtout quand elle bascule en mode Montand inside.


Ce ne sont pas les deux seules fois où mes capacités personnelles bloquées par une surcharge, de fatigue, de sidération, d'être attaquée par surprise, ou de sens du péril, j'ai laissé faire le cinéma comme pour me remplacer alors que je calais. Il y a eu un seul cas, un seul, où ça n'a pas fonctionné : la personne qui m'infligeait le danger était quelqu'un que j'aimais et le cauchemar alors a tout avalé : dans la scène soudain elle me flinguait. J'ai donc péri sans riposter.


Ce sont les deux plus décisives.


Allez au cinéma, si possible pour voir des films intelligents, ou aux cascades applicables, ou au moins astucieux. Qui sait si ça ne vous aidera pas, un jour, à vous sauver la peau, éviter une rupture ou un licenciement. Ou faire rire les copains. Toujours ça qu'on peut gagner sur la cruelle adversité.

 

 

 

(1) Curieux, c'est en l'écrivant que je m'aperçois que j'avais poursuivi mon chemin sans songer un seul instant à tenter de remercier l'un, engueuler l'autre, dire aux gens effrayés tout va bien, un peu comme si c'était courant de traverser ce genre de brève épreuve et qu'il n'y avait pas de temps à perdre à s'attarder. Mon cœur, fataliste, ne s'était pas emballé.

Merci en tout cas au conducteur qui avait su freiner. Son réflexe ultra-rapide (le demi-tour était fait sur un mode chapeaux-de-roues) a probablement sauvé plusieurs vies.

(2) Ce que j'écris n'a peut-être pas de sens sur le plan médical, je décris ce que j'ai fait, ressenti, et plus tard tenté de comprendre.

(3) Souriez, j'ai esquivé "dévastée" 

 

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La photo d'une autre

Ces temps-ci les vendredi, BNF

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Grâce au mode de connexion rustique mais solide dont je bénéficie à la Grande Bibli, je retrouve un accès à celles de mes photos stockées sur un ordinateur deux fois antérieur à celui que j'utilise habituellement en ce moment. 

J'en profite pour effectuer quelques sauvegardes, prendre des notes pour l'un de mes chantiers qui concernent ces années-là (2005-2006). Je les regarde donc avec un oeil assez peu affectif, presque professionnel, comme une quantité déterminée de matière première en vue d'autre chose que ce qu'elles sont censées en premier lieu représenter pour moi : les pierres de soutien de souvenirs personnels.

J'aimerais pour certaines avoir à faire ce petit effort de distanciation ; il n'est hélas pas toujours nécessaire : les chocs affectifs successifs subis durant ces années, l'un des manques qu'ils ont générés, puis début 2009 mon changement radical de vie professionnelle, ô combien souhaité mais brutalement subi, m'ont provoqué des sortes d'amnésies localisées mais totales sur la zone où elles ont jeté leur dévolu.

Certaines sont très logiques et, quoique troublantes, presque bienvenues : elles concernent ce job qui me permettait de survivre aux fins de mois mais ne me ressemblait pas ; ou plutôt : dans lequel je devais pour le garder me montrer trop différente de moi, dissociée.

D'autres sont physiques. Un peu comme on perd la sensation du goût d'un breuvage ou d'un met qu'on n'a plus absorbé depuis bien trop longtemps.

Mais j'en trouve d'autres, ici ou là, et peut-être liées à une forme d'hypermnésie qui pour une fois n'y serait pas.

Ainsi ce voyage des 29 et 30 avril à Genève où j'avais un peu causé, lors d'un débat du salon du livre pour le comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun. J'ai un souvenir très vif de presque chaque instant, pourtant entre eux très différents. De rencontres ou retrouvailles, dont celles avec Elisabeth Horem, que j'aimerais tant revoir et plutôt rapidement (trop longtemps sans). Mais voilà, ces pans vivants possèdent à présent quelques blancs et dont je sais qu'ils n'ont rien à voir avec l'usure des ans. 

Cette photo tranquille est porteuse de l'un d'eux. Je détiens sur elle un certain nombre de données objectives, dates et heures de prise de vue, et une idée du lieu, peu après Genève, c'est une vue de fenêtre lors d'un trajet en train. Mais il n'y a plus rien d'autre. Je sais pourtant que j'étais seule, que je n'ai confié mon appareil (Cher Olympus que j'aimais tant) à personne, que je suis donc la personne qui a saisi cet instant, que ce cliché n'est pas la photo d'une autre. 

Il ne m'en reste pourtant plus rien que l'image et une impression ténue de l'espoir (1) que ma brève participation à ce salon du livre avait stimulée.

 

(1) de libération des otages


La fin d'un rêve américain

Hic et nunc, quelques décennies avant aussi.

 

Petite, j'avais le rêve américain. J'ignore qui ou ce qui me l'avait inculqué. Je sais seulement que les dessins animés de Walt Disney d'avant l'industrialisation à outrance n'y étaient pas pour rien (j'ai des souvenirs encore vivants de Bambi vu à 5 ou 6 ans, de Fantasia ...). Je sais que mes parents qui l'un comme l'autre avaient connus la guerre dans leur enfance, en parlaient très rarement, mais le peu qu'ils disaient c'étaient, surtout ma mère, pour évoquer des libérateurs et comme étaient gentils les soldats, qui offraient aux enfants des chewings-gums et du chocolats. Mon père ajoutait toujours une explication sur la faim dont ils avaient soufferts, tous, et combien le chocolat luxe parmi les luxes était alors un rêve inaccessible. La petite fille qui consommait du chocolat poulain pas tant pour le chocolat que pour les belles images de chevaux dont elle faisait collection, avait du mal, beaucoup de mal à comprendre ça. Mais avait retenu que les Américains étaient ceux qui distribuaient du rêve. Et gratuitement.

Je sais que le cinéma n'y était pas non plus pour rien, dans mon rêve américain, quand je dis le cinéma ça signifiait pour moi Charlot, Laurel et Hardy, mais aussi dès que j'ai pu y accéder, ces vieux films en noir et blancs des années 40 et 50, avec des messieurs à chapeaux et des dames élégantes qui attendaient longtemps avant de s'embrasser et souvent manipulaient un revolver avant. Fred Astaire et Gene Kelly qui en incarnaient la version dansée, avaient aussi leur part de responsabilité.

J'ignore d'où je tenais la certitude d'un pays plus libre, où les femmes étaient belles, légères, émancipée, l'amour facile et pas coincé. Et où les hommes pratiquaient eux aussi les arts ménagers (?!).

J'ignore d'où je tenais la croyance du migrant que là-bas C'était possible - j'ignore d'ailleurs ce que ce "C" signifiait pour moi, je crains qu'il ne s'agisse d'un Travailler plus pour gagner plus, sachant que d'où j'étais gagner plus ne signifiait pas s'enrichir mais s'en sortir.

Je sais aussi que je m'étais dit Si je ne meurs pas malade (1), un jour, j'irai.

(et je l'ai fait)

Je savais aussi que j'avais une grand-tante prénommée comme moi et qui avait rencontré LE beau et séduisant GI et qui ne l'avait pas laissée tomber après séduction et qu'ils étaient partis là-bas vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants. Et les rares photos d'eux que j'avais pu entrevoir, c'était comme des clichés de stars de cinéma, elle en belle beauté italienne, plus typique tu te foudroies, lui en GI d'affiches de propagande, c'était une réclame ambulante ces deux-là (2). 

Je sais que quand à 20 ans, j'ai été terrassée par un chagrin de premier amour, une amie qui partait s'établir là-bas m'avait proposé de tenter ma chance avec elle et que ça m'avait effectivement tenté très fort. Tout me semblait si cloisoné ici bas.

En revanche, je sais qu'à cet âge là, la belle image d'Épinal que des États-Unis j'avais eue était déjà bien écornée.

Je crois que ça avait commencé avec l'assassinat de Salvadore Allende.

Puis avec quand j'ai compris ce que signifiait vraiment d'avoir fait usage de l'arme nucléaire sur des gens vivants - fussent-ils peuple civil d'un ennemi militaire -.

Puis avec quand j'ai compris que peut-être pour la Normandie, ils auraient pu tenter de faire dans le plus subtil que tout ravager - mais ça on ne peut pas savoir, qui peut le plus peut le moins, et vraiment, pour le nazisme, ils avaient bien aidé -. Il n'empêche qu'un jour un sale parfum de doute s'est mis à flotter ; même si beaucoup avait été fait pour que les populations soient épargnées.

Puis avec quand j'ai compris que le fond de guerres perpétuel qui persistait dans le monde pendant que je traversais l'adolescence était dû à des luttes de pouvoir pour départager les zones d'influences de la planètre entre URSS (3) et USA.

Puis mais longtemps plus tard, quand j'ai compris qu'en fait d'avoir l'air très libérés dans leurs rapports au corps, à l'amour, à la sexualité, c'était tout le contraire en vrai. Juste des fausses apparences pour le cinéma. 

Pour le racisme c'était pire : de nombreux d'endroits étaient interdits aux noirs, et que pour se libérer de ça, ç'avait été tout un combat et que les préjugés perduraient, voire même de façon rampante certaines interdictions.

Et enfin quand j'ai pigé que là-bas, si tu n'as pas les sous de te payer une assurance, pour les frais médicaux tu peux devenir endetté à mort ce qui revient en fait à ne pas survivre à la maladie (grave) faute de soin ou de sous, comme un faux choix épouvantable.

Bref, peu à peu, le pays du progrès est devenu pour moi un pays guerrier et arriéré, et qui plus est principal vecteur d'un capitalisme financier qui mène la planète à sa perte pour les plus grands profits d'une poignée.

Nous de la vieille Europe, incapables de faire entendre nos voix.

Ce soir, tout à l'heure, maintenant ou cette nuit, un homme va être tué à cause d'une vieille condamnation douteuse sur un crime de circonstances. Quand bien même il serait coupable, ce serait horrible. Or la probabilité qu'il soit innocent tend assez fort vers un. C'est donc pire que pire. On ajoute une barbarie à une barbarie première commise par un (sans doute) autre que lui. Un cas parmi d'autres (4), tout semble si vain, vu d'ici vu de loin, puisse-t-il encore être sauvé, puisse-t-il ne pas mourir pour rien.

 

L'ange du rêve américain a pris du plomb dans l'aile. On dirait même un vieux démon.

 

 

(1) Enfant j'étais du type qui tousse et pète la fièvre sans arrêt, surtout l'hiver.

(2) J'ai l'air de me moquer mais l'admiration n'est pas éteinte ni non plus une vraie affection pour ce grand Zio Jack, qui donne encore parfois des nouvelles, ce qui fait chaud au cœur.

(3) Hé oui les jeunes, on disait comme ça en ce temps-là.

 

PS : sa lettre d'adieux à ses soutiens.

 

 

 


Notre soir sans compassion

Tonight, près d'une station Vélib, pendant ce temps à la maison

 

Le jeune type semblait nerveux et pressé, et tandis que tranquillement j'arrangeais mon sac dans le panier et passais mon gilet fluo, il essaya un premier vélo, puis un second, ne prenant pas même la peine d'en régler la selle, ce qui vous donne tout de suite l'allure d'un débutant. Alors qu'il s'apprêtait à démarrer, il se retourna à demi afin de me reluquer, sans doute se demandait-il ce que faisait une vieille en Vélib à cette heure, ou quelque chose de peu amène, que le gilet fluo ne faisait pas très sexy, ni ne donnait l'air malin. Choir comme il le fit, ne le donnait pas davantage : ce bref mouvement avait suffi pour qu'il ratât la pédale droite et s'étalât de tout son long, heureusement sans grand dommage, je songeai juste Bien fait ! et retins avec effort un solide éclat de rire, avant de passer près de lui sans un regard (1), impériale et gracieuse, parce que voyez-vous, monsieur, moi du vélib, je sais en faire (2).

J'avais cessé de rire ou de m'en retenir lorsque j'arrivai à l'appartement pour y trouver l'homme de la maison hilare alors qu'il raccrochait le téléphone. Or il est rare qu'il le soit un soir de début de semaine après le travail : le stress induit est là.

Entre deux rires qu'il avait dû retenir le temps de la conversation, il m'avoua que son interlocuteur s'était froissé un muscle en faisant un bain de soleil. Apparemment l'instant délicat durant lequel après avoir rissolé d'un côté on souhaite se placer de l'autre s'était fort mal passé.

Je crois bien que ce fut notre soir sans compassion.

Mais non sans rires.

 

(1) Ce n'était pas pour faire ma crâneuse c'est simplement que l'éclat de rire démangeait trop. Il me fallait donc à tout prix éviter de croiser à nouveau du regard le comique de la situation. Et puis j'avais bien vu que ça n'était pas grave.

(2) Le genre de truc qu'il faut se hâter de penser avant notre propre prochain gadin.


Quel chauffe-eau !

Il y a moins d'une heure, le temps de chauffer un thé (et de finir mon chapitre)

 

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Je suis en fin de sieste, à défaut d'être crapuleuse un rêve (au moins) fut érotique : je faisais en bonne consolante l'amour avec David K., lequel se révélait effectivement un remarquable amant, et m'étais réveillée en pensant qu'il faudrait que je m'excuse auprès d'Éric R. pour avoir mis en doute les mérites qu'il lui attribuait.

Le livre que je lis me va exactement, je ne sais pas comment dire autrement. J'attends un instant entre le retour à l'éveil et celui de le reprendre, savourant la brève anticipation du plaisir de la lecture. 

Stéphanot peste dans son casque où il échange ordres et insultes avec ses partenaires de jeux, parfois avec un zeste d'humour, souvent hélas avec une vulgarité qui me fait réagir.

Les nouveaux voisins de palier écoutent leur musique un peu fort. J'en perçois la rythmique malgré le mur épais.

Il y a du soleil, l'après-midi du bon côté. Des enfants, deux ou trois jouent dans la rue. S'interpellent et j'aime ça. Ces bruits de ville vivante. 

Notre rue possède une caractéristique phonique particulière un peu comme certaines stations de métro : placés à un endroit précis du trottoir ou du quai, des paroles mêmes chuchotées se répercutent en face très distinctement.

Je crois donc entendre l'un des enfants dire à l'autre, entre admiration et légère moquerie :

- Quel chauffe-eau !

(un peu comme il aurait dit C'est malin ! en découvrant que l'autre avait trouvé pour jouer à cache-cache une planque astucieuse (on ne pouvait pas l'y trouver) mais un peu bête (il en sort couvert de cambouis)).

J'ai vraiment cru entendre "chauffe-eau", me doute qu'il s'agissait d'un autre mot, mais ne parviens pas à deviner lequel.

Je ris et reprends mon livre.

[photo : un autre jour, le même endroit, où je crois que les enfants jouaient - il n'y a pas de chauffe-eau on peut le constater] 

 

PS : Pendant ce temps à Linkebeek en Belgique, une manif d'ultra-nationalistes. Notre vieille Europe est très mal barrée si la seule réponse attractive pour le peuple devient face au capitalisme foireux et débridé, la haine de l'autre, parfois même du voisin. Tout le monde n'a pas eu un dimanche après-midi calme. Toute mon admiration au photographe courageux.

Addenda du 19/09/11 au matin : manifestation à Linkebeek (nationalisme ordinaire)  sur son blog. Finalement certains traits que je trouvais caricaturaux dans la pièce musicale "René l'énervé", je retire ce que j'ai dit, c'était juste réaliste - les nationalistes étant peu ou prou du même tonneau partout, la différence avec les Flamands Belges étant qu'ils haïssent leurs tout proches compatriotes quand en France on va chercher le haïssable un tantinet (parti de) plus loin -.

 



Serais-je devenue trop âgée ?

Depuis un moment déjà, mais flagrant hier soir

 

Depuis un moment déjà, lorsque je vais voir expositions, films courants, lorsque je le lis certains romans qui ont un large succès (pas tous), ou comme hier au théâtre, j'ai l'impression d'accompagner mes enfants encore petits ou pré-ados à un spectacle pour eux, sauf que les enfants n'y sont pas.


J'ai le sentiment que les concepteurs de l'œuvre ou, pour les musées, installateurs de leur présentation, s'adressent à des collégiens à qui il faut tout expliquer tout bien afin qu'ils comprennent, et insister encore en revenant sur certains points. Au lieu que les choses soient subtiles, on s'attache à ce qu'elles aient l'air marrant (1) ou bien tragique mais grossièrement. Quand est prévu un suspens je le devine bêtement 6 km avant la fin et me sens dès lors comme quelqu'un à qui on raconte une blague mais qui la connaissait déjà et donc ne rit pas.


Parfois je suis accompagnée par quelqu'un qui pense comme moi, concède que c'était un peu lourd, mais se sera néanmoins plutôt amusé(e). Souvent, j'ai le sentiment d'être la seule à réagir ainsi, déçue dans une exigence de subtilité et de qualité ; alors je pense que je suis tout simplement devenue vieille, trop exigeante, et encombrée de mes quelques zones de non ignorance, fatiguée qu'on me prenne pour une bille, pour un bébé.


Je ne sais pas quoi penser. Est-ce le niveau culturel qui s'est à ce point effondré qu'il faille désormais tout souligner (2) ou moi qui suis tombée snob en devenant plus âgée ? 


 

(1)Le côté "apprendre en s'amusant" m'exaspère particulièrement. Et le plaisir d'apprendre en faisant un (petit) effort et d'être ensuite content d'en avoir été capables, où est-il passé ?


(2) Un peu comme dans un billet de blog où l'on mettrait un lien pour expliquer chaque terme un peu hors du commun (ce que je fais quand je suppose que j'emploie une référence particulièrement générationnelle et que les moins de vingt ans ne peu-vent pas connaî-treuh ; mais sinon j'évite sauf demande de quelques-un(e)s)


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La petite chanson de deux gags tristes

Ce qui suit est presque une fiction, condensée de deux micro-mésaventures similaires dont une seulement frôlée.


Tu habites une grande ville.

Moi aussi (une autre).

La crise économique étrangle les fins de mois. Je m'en sors tout juste, reliquats de droits des dures années d'usine.

Pas toi.

Ne m'envie pas, elles ont failli avoir ma peau.

Ce livre te manquait.

Je viens de lire ce livre. Il m'a ému. J'en ai recopié des passages entiers.

Ai-je besoin de le conserver ?

Ce livre est rare. Est-il si rare ?

Dans ma mémoire il est vivant.

Je te le donne. Je le rends.

Je te le rendrai. Mais non, c'est pas la peine, garde-le. Fais-en ce que tu veux.

Il te sera plus utile qu'à moi. Il m'a tant émue, tu sais, j'en ai recopié des passages entiers.

Écoute, fais-en ce que tu veux.

(chez moi je ne sais plus où les mettre, ça en devient dangereux).

Parfois la nuit ils tombent, ils choient.

Ne cesse pas d'écrire, je t'en prie.

(un autre jour) Quand même j'aimerais bien l'avoir sous la main. Si j'en recherchais un exemplaire sur l'internet.

Je dépose une douce alerte. Assez vite je l'oublie.

Écoute, ce livre il est à toi. C'est tellement plus légitime.

(plus tard, presque longtemps plus tard) Tiens une librairie d'occasion le vend.

Les fins de mois sont sèches. On verra plus tard s'il est encore là.

J'en avais recopié des passages entiers - le sais-tu ? des poèmes -. Ce soir je les relirai.

Manque-t-il des éléments importants de compréhension ?

C'est étonnant, ce résumé. On dirait qu'il est triste.

Cette librairie est dans une grande ville, elle est sans doute dotée de très nombreux clients. Il ne devrait pas rester en vente longtemps.

Je suis déjà allée dans cette ville, peut-être que je la connais.

Parfois on ne sait pas comment payer son loyer.

Mais, voyons, cette description du lieu, mais voyons. Bon sang, je sais.

On dirait la presque histoire d'une fille qui aurait racheté un livre qu'elle avait donné. Écoute, fais-en ce que tu veux.

Aurais-tu avoué ? À quel surprenant embarras avons-nous (de peu) échappé ?

Ce monde fait de nous d'étranges miséreux. J'espère que le volume trouvera preneur.

À chaque chose un peu de bon : mon petit système d'alerte en zones insoupçonnées est vraiment performant.

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