"Peuplée de lumière, et peuplée de fous "
Colette et Didier

L'être humain ne serait donc pas si irrationnel que j'avais fini par me l'imaginer

Ces jours-ci, où ça peut


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Alors bien sûr il y a tous ceux, et sur une planète ils sont nombreux, qui sont murky (1) dans leur tête. Ils peuvent par exemple et soudain prendre un malin plaisir à exterminer leur prochain, croire qu'un dieu leur enjoint d'entamer une guerre sainte, décider d'éradiquer toutes les blondes aux yeux bleus et jambes interminables sur talons hauts perchés, ou de jouer au foot avec une bombinette nucléaire et qu'en cas de buts le stade entier se trouve contaminé. Si la partie se joue aux penalties, personne ne pourra en réchapper.

Ceux-là, d'accord, on ne comprendra jamais tout à fait de quel bois ils sont nés et c'est sans doute bon signe pour notre propre santé.

Et puis il y a des gens qu'on aime et qu'on connaît, qui sont des chics types ou des femmes remarquables, ou de bons voisins ou des parents attentifs voire des collègues avec lesquels on apprécie de bosser.

On se côtoie. On partage de longs moments. Parfois si bons. La confiance naît.

Seulement voilà, un beau jour très laid, les voilà qui nous infligent un sale coup, une traîtrise, un abandon, un déni, un rejet ou un refus brutal et inexpliqué. Bref, un truc qui nous laisse atterrés et stupéfaits quand ce n'est pas sur le carreau parce qu'ils nous auront physiquement blessés (2).

Comme un des héros du film "Flandres" qui se fait supplicier par la victime survivante alors que lors d'une exaction guerrière préalable il était le seul à n'avoir pas abusé, on se prend d'envie de hurler "Mais j'avais rien fait !". C'est souvent le cas. L'autre seul sait que la donne a changé d'un enjeu qui nous reste masqué.

Ils se gardent bien d'expliquer, bredouillent, s'ils font un effort, des trucs insuffisants, des reproches irrecevables (3). Parfois nous crient néanmoins de rester. D'autres fois disparaissent cœurs, corps et âmes et plus moyen de les repêcher alors qu'on les aime si fort qu'on serait prêts à pardonner pourvu qu'ils aillent mieux et ne s'éloignent qu'un peu.

J'ai souffert, comme tant d'entre nous, de ces confiances brisées. D'une rupture sidérante. D'un rejet sauvage après une séduction soignée. D'une trahison professionnelle digne d'un pire collabo (4). Et gamine, de pas mal d'attitudes d'adultes qui ne faisaient pas sens. Comment accepter de leur obéir, après ?

Lors d'un dernier round qui m'a laissée KO, perdue plus que par la douleur par la perplexité et tout ce que l'incompréhension remettait en cause de ma façon de percevoir le monde, que le plancher était en bas et le plafond en haut et que pour survivre il faut respirer, on m'a beaucoup dit, Ne cherche pas à tout comprendre, les humains sont ainsi faits, incohérents et imparfaits.

Je ne suis plus enfant, je le sais.

Mais incohérents au point que je constatais ? J'avais un mal fou à me faire à l'idée.

Les personnes concernées semblaient équilibrées. Je ne parvenais pas à concevoir que j'avais été leur point de folie ponctuel en exclusivité (mondiale).

D'un tel mystère de 2006 j'ai obtenu en 2009 un brin d'explication, puis en 2010 le fin mot de l'histoire. Quel soulagement ! D'un autre de 2009, avant-hier un élément de compréhension décisif et éclairant.

Tout ça ne vaut pas une interdiction que les copains du quartier et moi subissions enfants et dont j'ai eu de la cause la révélation ... près de 40 ans plus tard en revoyant l'un d'eux. Comment mais tu ne savais pas ? Ben non, personne ne m'en avait parlé, je pouvais pas deviner.

Je retiens de mes mésaventures qu'il suffit (qu'il faut) faire preuve d'une infinie patience. Les êtres humains de qualité sont généralement assez bien pourvus en rationnalité. S'ils agissent ou parlent d'une façon qui avec violence surprend, c'est que quelque chose, peut-être de trop intime, sans doute d'inavouable, soutend leurs mots ou leurs actions. Parfois aussi ils se taisent par crainte de nuire à une tierce personne et on est sacrifié sur l'autel du respect d'un autre, d'une parole donnée, d'un danger supérieur (5). D'autres fois ils taisent quelque chose par crainte de nous perdre, sans mesurer que l'incompréhension nous éloignera bien plus efficacement.

Le temps qui passe est le Holmes de nos vies.

L'énigme résolue ne nous tire pas d'affaire, ce qui était caché ou tu est rarement anodin et une peine immense, un chagrin (pour eux) peut naître de ce qu'on aura appris. Surtout s'il s'agit d'incurable et d'irréversible, chienne de vie ! Mais du mystère minant obtenir le soulagement permet de devenir disponibles pour de nouvelles rencontres et nos vies quotidiennes au lieu d'en être absents. Et le deuil douloureux, d'un amour, d'une (grande) amitié, d'une (jadis) heureuse collaboration professionnelle ... , peut se faire calmement.

 

(1) Je ne sais pas bien traduire le mot. Glauques, sombres, tordus, torturés ? Mais je trouve qu'au son il dit bien tout ça.

(2) Demandez au jeune Arthur l'effet que ça lui a fait quand Paul Marie a tiré.

(3) C'est le fameux "Tu pourrais mettre des photos de moi sur internet sans me demander mon avis", dont les amis m'ont déjà entendue parler. Il est si exemplaire.

(4) Ça frise le point Godwin, il n'en demeure pas moins qu'une de mes premières pensées lorsque j'ai repris mes esprits fut celle-ci, que pour la collaboration et les dénonciateurs de la guerre qu'avaient connue petits mes parents, j'avais enfin compris.

(5) Ainsi dans le film "De Aanslag" de Fons Rademakers inspiré du roman écrit par Harry Mulisch, une famille hollandaise se retrouve assassinée fors le plus jeune fils par l'occupant, lorsque pendant la seconde guerre mondiale un soldat allemand est tué dans leur rue. Des voisins qu'ils aimaient et estimaient ont traîné le cadavre devant chez cette famille, d'où leur condamnation sommaire. Très très très longtemps plus tard, le fils devenu adulte apprendra qu'en fait s'ils avaient fait une telle chose, c'est que dans la maison voisine des juifs étaient cachés par les habitants et que l'extermination aurait été dans leur cas certaine, alors que la famille néerlandaise paisible et peu nombreuse avait une (faible) chance de s'en tirer. Tant qu'il n'aura pas la clef de l'histoire, doutant de tous malgré de belles amours, le survivant subira des crises d'angoisses redoutables. 

Spéciale dédicace à une belle personne qui souffre aussi d'une incohérence subie. Puisse-t-elle ne pas trop tarder à en recevoir la clef. C'est souvent quand on a renoncé à comprendre qu'elle nous est remise, incidemment.

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