D'un extrême à l'autre et des bras cassés
Les oignons sont lâchés

Vrai Plantu (le coup du)

Jadis, dans ma vie d'avant, entre Paris et Bruxelles (déjà)

 

Minée par des scandales politico-financiers passés par les brigands d'en haut quand les salariés de base faisaient honnêtement leur boulot, "l'Usine" avait été menacée de faillite, sauvée par des deniers publics (hé, oui, déjà en ce temps là, début des années 90 du siècle dernier), et à nouveau menacée par des règlements européens qui au non de la concurrence "libérale" l'interdisait.

Il avait donc été question que les braves clampins dont j'étais, eux qui payaient trois fois les malversations, comme salariés, comme contribuables et comme clients (captifs) de l'Usine, s'en aillent à Bruxelles manifester. Les aides devaient être avalisées. Sinon nos emplois sautaient.

Je n'ai jamais manqué une opportunité d'aller dans cette cité, même si en ce temps-là je n'y connaissais personne (1). Il était de plus assez jouissif de faire grève et manifestation avec la bénédiction jésuitique de notre hiérarchie ; pour une fois que protester était bien vu (2), il convenait de ne pas s'en priver.

Un de mes bons amis mais qui travaillait dans un autre service s'apprêtait lui aussi à participer. Voilà qu'il me fit parvenir, j'ignore à présent si c'était par messagerie interne après un scan comme ça pouvait, ou par fax (3), toujours est-il qu'on voyait le dessin mais la signature pas très bien, un beau carton humoristique où on le voyait assis à son bureau, tendrement caricaturé mais très reconnaissable, et deux ou trois collègues qui passant la tête par une porte esquissée (4) qui disaient qu'Heureusement qu'il était là pour sauver l'Usine.

J'ignore ce qui dans le message d'accompagnement me l'avait laissé penser mais j'étais persuadée que l'œuvre était le fait d'un des collègues du camarade, j'étais donc d'autant plus bluffée par sa qualité et avais répondu à ce dernier : - Ben au moins un qui n'aura pas de mal à se reconvertir si on ferme.

La réponse à ma réponse me valu un fou-rire aussi mémorable que lorsque j'avais compris qui était Marc Lévy (5) :

- Il a pas à se recycler, c'est le vrai Plantu.

 

Et effectivement si l'on regardait le dessin aucun doute n'était possible. J'avais simplement omis de concevoir que mon pote et Le Vrai Plantu se fussent croisés.

Ce matin, dans un domaine différent, je me suis refait peu ou prou "le coup du vrai Plantu". Je crois que mon cas est irrécupérable.

En attendant je me fais rire.

C'est déjà ça.

J.B. Shaw : "Depuis que j'ai appris à rire de moi-même, je ne m'ennuie plus jamais".

[Source : Citations de George Bernard Shaw - Dicocitations ™ - citation ]

 

(1) Comment était-ce possible ?

(2) Les circonvolutions litotiques de mon N+2 de l'époque pour m'indiquer qu'il approuvait que je m'absente, de la dentelle de Bruges, j'en souris encore.

(3) Oh oui les fax, vous vous souvenez ?

(4) L'art des grands dessinateurs, quelques traits leurs suffisent pour planter le décor.

(5) Celle-là, j'attends d'être pauvre et célèbre pour la raconter, tellement c'est la honte (pour moi).

 

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