Mon sang fait la différence, oui mais justement (billet ambivalent)
En un labyrinthe au dimanche matin semer ses chagrins

Tous ces gens, toutes ces peines

Le titre vient de ce billet chez "Détails et dédales" dont j'ai aujourd'hui retrouvé trace plusieurs années après l'avoir malencontreusement semé (changement de vie et d'ordinateurs agrégateurs inclus). Je constate que ses thèmes me lancent toujours autant : j'ai à peine le temps de me dire, pas maintenant, je ne l'écris pas maintenant, NON, je n'ai pas le temps que le 1er § est déjà là, suffit de laisser obéir au cerveau les doigts. Impossible de résister et le reste attendra.

 

Ce vendredi, vers quai de la gare

CIMG2045 Ce sont des cris qui m'ont alertée. Des cris constants et inarticulés. Sous le pont du métro aérien, une petite voiture était garée, sur le trottoir un peu devant, un enfant assis en tailleur, qui se mordait les mains et émettait les sons, tout en se balançant d'arrière en avant. Le tenant par les jambes, immobile, semblant silencieuse, une femme dont j'étais trop loin pour voir si elle lui ressemblait, ou lui à elle, mais qui pouvait être sa mère. Elle paraissait attendre, fataliste et patiente, la fin de la crise.

 

Des cris comme parfois je poussais avant qu'on consente à m'apprendre à lire, le cerveau était trop vide et trop plein, il grésillait d'impuissance, c'était à en hurler, et puisque petite, trop petite pour contenir, parfois je le faisais. Pas assez futée pour piger toute seule comment on devait associer les lettres pour pouvoir décrypter mais ne supportant pas non plus l'inactivité forcée. Quand j'ai pu enfin sauter seule sur les histoires qui vivaient dans les pages imprimées, tout est redevenu fluide et les seuls à crier dans la maison ne furent plus, fors quelques bêtises réprimandées, que mes parents lorsqu'ils se disputaient.

J'ai donc pensé à un enfant autiste, lorsque l'orage intérieur éclate vers le dehors. Mais je peux me tromper. Il restait très constant dans les cris et ses mouvements. Leur situation semblait à la fois sous contrôle mais potentiellement éternelle.

La voiture avait toutes portes fermées, était bien garée le long du trottoir ; si l'arrêt avait été précipité la manœuvre n'en avait pas moins été maîtrisée. La dame semblait très calme. Ferme. Je l'ai imaginée habituée. Là aussi, je peux me tromper.

J'avais un rendez-vous médical courant, mais néanmoins fixé et je sais qu'un retard peut décaler les autres patients. Je n'ai pas conduit depuis 7 ans (je crois) et mon permis vit un doux délaissement dans un lieu secret de mon appartement. Tellement secret que j'ignore où. Je ne passais pas tout près, signe d'ailleurs que les cris étaient forts.

Le feu piéton d'où j'étais est passé au vert à l'instant même où j'hésitais, j'ai donc poursuivi mon chemin en me persuadant que mon aide éventuelle, maladroitement proposée, venant d'une inconnue aux faibles compétences, aurait été refusée et peut-être pesante - Ça lui arrive souvent, ça va passer (laissez-nous en paix) -, qu'ajouter de la gêne à une situation pénible n'est pas toujours une bonne idée, et qu'aussi j'ai pour quelques années encore l'air du sud ce qui rend certains méfiants. Mais je ne sais toujours pas si j'ai ou non bien ou mal fait.

Il n'empêche que peut-être la femme qui tenait l'enfant en l'attendant plus calme, ça l'aurait dépannée que quelqu'un propose de prendre le volant pendant qu'elle restait aux places arrières à ses côtés, que sans doute ils étaient attendus quelque part où ils n'arriveraient que trop tard (ou pas).

Je ne le saurai jamais.

 [photo : non loin de là, en temps comme en distance]

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