Complices au grand jour
Cancans français (mais un peu belges aussi, et italiens)

Le jardin des voisins

Il y a quelques temps, mais c'est (hélas) encore vrai maintenant, en France.

 

Une fois de plus je me sens en phase avec un billet publié par Matoo. Moi vieille hétérote, lui jeune homo, on voit les choses de la même façon ce qui en soit est déjà un pied de nez aux idées reçues. La seule différence est qu'on ne prendra pas tout à fait les mêmes exemples, pour illustrer les mêmes idées (sourire).

Ainsi celui-ci de ses billets m'a fait irrésistiblement penser au jardin des voisins.

Ils habitaient un appartement de centre ville, un ensemble de peu d'étages, au rez-de-chaussée des maisons avec un jardinet et au-dessus d'autres logement. Par une bizarrerie architecturale leur appartement, plat mais long, surplombait deux logis avec chacun son petit terrain. L'un d'eux était assez sauvage quoique sans mauvaises herbes ni de trop hautes, un peu de fleurs un peu sauvages dans un coin et parsemés de jouets d'enfants. L'autre était pour partie recouvert de gravillons, tiré au cordeau, un massif de telle couleur ici, l'autre là, le gazon ras comme la chevelure d'un soldat, les 4 chaises réglementaires en plastique autour d'une table de jardin moulée et d'un blanc éclatant, malgré une pluie récente.

Nous étions elle et moi à la fenêtre ; pensives.

Elle rompit le silence :

- Quel dommage qu'il y en ait un si moche !

Elle parlait des jardins.

Je regardais celui tout militaire, celui qui ressemblait à une photo de magazine plutôt qu'à un jardin où passaient des humains et j'acquiescai :

- Oui, c'est un peu déprimant. Mais l'autre est joli au moins.

Et je tournais la tête vers celui habité, naturel, épanoui, quoiqu'un brin désordonné.

Alors, elle comprit :

- Mais non, je voulais dire l'autre, c'est celui-là qui est moche avec tout ce fouilli. Rien n'est soigné.

Nous avions pourtant été élevées ensemble mais nos référentiels étaient devenus à ce point disjoints.

(depuis, on se voit moins).

Moins personnel, plus récemment :

C'est une réunion mensuelle entre lecteurs passionnés dans une librairie amie. Nous lisons tous le même livre puis en discutons. Comme ça se passe le soir à l'heure du dîner, chacun s'efforce d'apporter un truc à boire ou grignoter, ou bien les libraires. Chips, rondelles de saucissons, gâteaux secs, vin de pays, rouge le plus souvent, de l'eau. Passe un soir un journaliste pour voir comment ça se déroule et faire de nos réunions un exemple dans un article. Afin d'illustrer que ces réunions quoique littéraires sont tout sauf guindées, il intitule le paragraphe nous concernant, Textes, vin rouge et saucisson, ou quelque chose de cet ordre. Certains d'entre nous y ont vu une sinistre allusion, un étiquetage xénophobe, quelque chose de dépréciatif. Moi qui suis assez susceptible sur tout ce qui ressemble à une exclusion et qui sais pertinemment que qui aime les livres d'où qu'il vienne est le ou la bienvenue, je n'y avais vu qu'un côté "Bonne franquette". Mais il est vrai qu'avec le sale climat qui règne en France (et pas seulement) en ce moment, cet angle des choses prête désormais à interprétations. Ce bon vieux saucisson ayant été instrumentalisé par les tenants de la discrimination, y faire référence devient connoté.

(zut alors, moi j'aime bien ça - et le picrate aussi - ; pour autant je ne ferme pas ma porte)

 

 

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