Et une de plus (petite indignation quotidienne)
Boire ou conduire

Un vendredi, 6 ans après

Ici et maintenant

 

La vie parfois ressemble à un film ou bien un roman, c'est banal de le dire, mais quand on le vit souvent secouant. Car sauf coup de foudre amoureux réciproque c'est rarement pour du bon. Et pour du bien rude, généralement.

C'est une narration classique : le petit personnage vit sa petite vie, plus ou moins chouette mais très quotidienne (1). Survient un truc et le voilà qui bascule dans une tout autre dimension et rien pour elle ou lui ne sera plus comme avant.

J'ai vécu ça il y a 6 ans. Comment ça, 6 ans, où est donc passé tout ce temps ? Oui, six, exactement. Dont deux de brouillard, mais c'est déjà une autre histoire.

C'était un vendredi aussi, d'où cette année mon trouble particulier. Je prenais le métro pour aller à "l'Usine". À l'époque ma hiérarchie directe s'incarnait dans une personne normale et plutôt sympathique, malgré que ma demande de passage à mi-temps l'embarrassait, et mes collègues quotidiens étaient des personnes agréables et censées. Le boulot n'avait déjà plus grand intérêt, un rachat d'entreprises était passé par là pour le vider de sa substance. De toutes façons et depuis novembre 2003, autre chose m'appelait.

Le trajet en métro était mon dernier moment de penser à mes propres affaires avant plusieurs heures où je me retrouvais confisquée à moi-même : plus le travail était fastidieux plus il me demandait d'efforts de concentration.

Généralement je préférais consacrer ce dernier répit à un livre d'autant que la première partie du trajet s'effectuant souvent en ligne 13 par heure de pointe m'en privait.

Mais ce matin-là, j'ignore pourquoi, ce fut le "20 minutes", un gratuit distribué. Et il y avait cet entrefilet, là, qui signalait, accompagné d'une photo d'elle, que le journal Libé était depuis mercredi après-midi sans nouvelle de son envoyée spéciale en Irak, Florence Aubenas.

Mon cœur a manqué un battement ou deux, ou les a fait en plus et en a profité pour sauter de sa cage et tomber dans mes pieds - quand une nouvelle (bonne, mauvaise) me touche c'est l'effet que ça me fait -. Il me faut ensuite de longues secondes pour me et le recueillir.

Et je ne l'ai bien sûr su qu'après, mais j'étais la boule de flipper que le ressort vient de propulser.

There has been no way back.

 

(1) Bel exemple paroxysmique de ça dans le film récent de Fred Cavayé  "À bout portant", vu sans réel déplaisir au festival d'Arras

Spéciale dédicace à celle qui a changé ma vie et dont c'est l'anniversaire aujourd'hui. 52, tu le crois, toi ?

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