Désentélévisée
Insoupçonnable

Disparue sur place

Ce soir, à la maison

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Il avait dû faire un cauchemar, se lever précipitamment. Le sac posé depuis des lustres le long de la penderie et non loin du lit, sac en papier kraft comme on propose quand ça peut pour ne pas polluer, s'était trouvé éventré.

J'ai décidé d'utiliser un bref regain d'énergie en cette fin de dimanche pour enfin ranger ce qu'il contenait.

Cet effort m'a permis de remettre la main sur 8 livres (1), dont deux que j'avais prévus d'offrir, l'un étant dédicacé ce qui date cette retrouvaille, 4 cartes postales vierges assorties, un peu d'argent en menue monnaie, un cahier fantaisie curieusement du même modèle que ceux que je côtoie régulièrement en ce moment et un crayon à papier.

2006 dit la dédicace du cadeau abandonné. C'est l'année où les mauvaises circonstances réunies et deux des plus proches personnes dans ma vie à force d'insister que je n'étais pas ou plus ou n'avais jamais été en fait celle qu'il leur fallait, ont failli me tuer. Cet achat, ou ces achats (on dirait plusieurs lots regroupés, contrairement à une cruelle légende familiale, j'ai toujours tenté pour cause de budget limité de me rationner, alors 8 livres ça doit correspondre à 2 au moins, sinon 3 moments d'achats), viennent de cette période-là, sans doute quand après avoir frôlé l'hospitalisation, j'ai tenté de reprendre le cours normal du quotidien.

En ce moment où ma vie commence enfin à ressembler à une existence normale, j'ai parfois la sensation de revenir d'une longue captivité précédée par une arrestation soudaine et insensée. Il devient donc cohérent de retrouver de temps à autre des choses laissées en l'état du jour où l'on m'aurait arrachée à l'affection des miens.

Dois-je tenter de retrouver la mémoire ou est-il préférable de laisser dans l'oubli ce dont j'ai perdu l'accès ? Est-on condamnée à être perpétuellement celle de trop lorsqu'on est rescapée d'un accident de la vie ? Redeviendrai-je une femme, au lieu d'une forme de fantôme, avant qu'il ne soit trop tard ?

 

(1) Estelle Montbrun "Meurtre chez Tante Léonie", Dominika Dery "Saucisses et petits gâteaux", Cesare Battisti "Jamais plus sans fusil" vieille édition du masque (il y a des titres qu'on doit regretter parfois par après), Gabriel Garcia Marquez "Cent ans de solitude", Agota Kristof "La trilogie des jumeaux", les deux derniers dans une édition particulière chez Points, un manga pour mon fils qui en a bien ri (5 ans après ses goûts ont changés), une belle BD "Les sous-sols du révolu", et le cadeau manqué (impossible à offrir désormais, il n'est plus adapté).


Spéciale dédicace à celui qui peut comprendre, hélas, j'en ai peur. Au moins à cause du mot "Saucisse" ;-) :-(

Quand je vois ce que j'étais capable d'écrire avant, non pas en qualité mais en sujet affronté, pour un peu je commencerai à ressentir un début de quelque chose comme ce que pour son propre compte évoque un ami déjà cité ici.

 

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