"Du vernis et un peu de chance"
Le Zahir Virginia

Quand peinent les bons petits riens

Par ici, lately

 

PICT0027

 

Malgré que d'avoir été moralement flinguée par qui j'aimais et que je vis depuis comme ça avec quelques balles fichées dans le corps qu'un déplacement interne pourrait rendre fatal, j'étais ce mercredi parvenue sans difficulté à me dire que le message effrayant de type "votre inscription ne vous rend pas habilité à ", ne s'adressait pas qu'à moi, la fille de trop, en particulier mais bien au monde entier des abonnés. À l'accueil, aux différents comptoirs et guichets, j'avais été traitée fort bien, Grand Bug Informatique on fait les choses à la main, votre place n'est plus réservée mais prenez-la quand même. (Et là, du côté où l'une des balles fait facilement saigner, ça a cessé de suinter)

C'était à la Grande Bibliothèque et pour y travailler en attendant l'heure d'aller rejoindre un autre type de travail, bien obligée. Cette place que j'occupais je l'avais donc réservée pour la seule matinée.

Et donc malgré le Grand Bug Informatique, j'y étais. Et j'ai (d'ailleurs) bien bossé.

Mais il a bien fallu que je m'absente un peu, ce corps si négligé a quand même ses droits.

Au retour à ma place, un mot manuscrit "Votre place XXX est bien réservée pour vous jusqu'à 20 h". C'était l'Informatique qui était revenue et une personne en ces lieux qui avait bien fait son travail.

Sauf que la réparation de l'anomalie m'a fait ressentir plus durement sa portée - j'aurais donc pu en fait ne pas avoir de place ? - et que cette attention délicate de me la réserver pour le temps le plus long, a réveillé la douleur que c'était pour moi, de devoir partir tôt, et, depuis plusieurs mois, ne plus pouvoir venir à ma guise.

J'en aurais presque pleuré, de rage un peu aussi, j'étais si près du but lorsqu'il m'a fallu tenir compte des dures économiques réalités, de ma situation de famille, de mes responsabilités.

*    *    *

Plus tard au soir :

C'est le marché de Noël sur le bas des Champs Elysées. Déjà que cette mode m'agace, encore et toujours cette injonction de consommer, ensuite que les badauds correspondants me ralentissent dans un trajet que j'accomplis par nécessité et non par goût touristique. Nous (1) croisons un jeune couple main dans la main en pleine extase Mon-beau-sapin, leurrés par les lumières et cette artificielle pseudo-ambiance festive et le gars dit à la fille, soudain :

- Tu veux un bijou ?

Bien sûr il ne s'agit ici que de ces colifichets de pacotille, peu fortunée il m'arrive d'en arborer (2), pas de mépris, mais pour cet homme-là jeune et d'allure simple, ça doit représenter beaucoup. Et sa gentillesse dans la façon de proposer.

Seulement voilà cet instant qu'il y a 5 ans encore j'aurais savouré sans arrière-pensée, toute au bonheur d'une grâce entrevue, j'y ai lu cette année par écart le délaissement persistant qui me concernait et qui à mon âge peut être définitif.

 

Un cadeau comestible reçu le lendemain m'a mis un peu de baume au cœur, mais néanmoins (3).

 

 

(1) En fait à ce moment je suis fort élégamment accompagnée mais hélas par quelqu'un qui le fait plus par comodité citadine - un service que dans 2 minutes je lui rendrai - que pour l'agrément de ma compagnie.

(2) Depuis plusieurs années il me manque un bracelet alors j'achète des breloques bon marché qui cassent et que je remplace.

(3) Et puis c'était pour service rendu, ce qui n'est pas pareil et, ironie du sort, une des rares choses que je ne sais pas apprécier. Il doit y avoir un sortilège, ce n'est pas possible autrement.

[photo : non loin de l'Opéra (Garnier)]

Commentaires