Joyeux Noël
Un petit parfum d'antan

Petite collection de coïncidences

à Noël

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J'avais croisé Philippe Caubère plusieurs fois au cours des dernières semaines.

Auparavant, j'avais de lui un souvenir cinématographique impressionné - j'étais allée en 1978 avec ma classe voir son Molière et pour la première fois ce jour-là étais entrée dans une cabine de projectioniste -, un souvenir de théâtre en 2006 mitigé - invitée à une soirée où j'espérais pouvoir revoir Wytejczk, j'avais cependant privilégié une réservation au Rond-Point préalable et n'avais pas su apprécier le spectacle de ce soir-là, trop de "moi je", trop d'attaques envers Ariane Mnouchkine qui n'étaient pas même spirituelles, une partie du public qui riait et moi qui ne comprenais guère pourquoi, un autre moins mauvais - toujours au Rond-Point, l'année d'après -. J'ai découvert un gars qui aime les livres aussi et pas que ça.

C'est tombé comme ça que j'avais en poche quelques sous imprévus (et bienvenus), un brin de temps inattendu aussi.

Je savais qu'il jouait non loin d'où j'étais et suis donc allée voir. L'horaire, ô miracle, coïncidait à l'instant près.

La solitude à Paris n'est pas sans quelque avantage : on peut au débotté assister à ce qui nous plaît, il est rare qu'une entrée et une seule ne se trouve pas.

Je me suis donc trouvée à assister à une courte pièce ou longue lecture dont en entrant j'ignorais le sujet, "Jules et Marcel", ça s'appelait.

Galabru jouait donc Raimu et Philippe, Pagnol. Ils interprétaient leur correspondance, houleuse comme le sont parfois celles des plus belles amitiées. Un troisième larron intervenait parfois pour ressituer, hé oui, en 2010, ce qui était évident pour un public populaire du temps de mon enfance, car alors Raimu et Pagnol étaient des personnes de grande notoriété, longtemps plus tard nécessite des explications envers un public de privilégiés et qu'on peut pré-supposer cultivé. Ça cabotinait d'un peu partout dans les écrits comme leur dire, mais c'était assorti. Et puis il est toujours plaisant pour un public de voir des artistes suffisamment en phase et amusés pour se livrer à de petites improvisations, c'est le bonheur du théâtre, comme de la musique "en vrai".

J'étais émue du sujet. La veille j'avais écrit quelques mots dont certains au sujet du même Marcel, alors que j'ignorais encore et que j'irai au théâtre et quel serait le thème abordé.

Au fond la meilleure façon de lutter contre les chagrins, surtout ceux que nous infligent ceux qu'on aime (1), c'est de mener une vie si belle que leur absence s'éteint.

Je me souviendrai donc du petit bond de bonheur qu'aura fait le cœur en comprenant de qui il s'agissait, de cette émotion particulière qu'il y a à retrouver sur scène celui avec lequel une heure plus tôt on causait surtout pour quelqu'un comme moi qui ne sait pas vivre dans un seul monde à la fois, alors ces changements de dimensions j'aime profondément ça, et de saluer la gosse que j'étais et qui n'aurait jamais pu s'imaginer 32 ans après que le Molière de l'écran en descendrait tout près.

La femme adulte est triste de d'abandons et d'un corps délaissé. La gamine persistante est ébahie de ce qui en grandissant lui est arrivé. C'est au delà de tout ce qu'elle aurait pu imaginer. Et pas trace de trahison : la seule concession, un job alimentaire pendant plus de 20 ans.

Comme dirait un grand ami du (trop) lointain sud (2) : on n'est pas rendu. Mais néanmoins : On en est là.

(et c'est fichtre pas si mal que ça).

[photo : marché de Noël sur les Champs Elysées, cette année]

(1) À la relecture, cette phrase me paraît bête : qui d'autre pourrait nous en infliger ? Mais c'est venu comme ça, je laisse le premier jet. Je suis trop sentimentale, autant assumer.

(2) En même temps comme je trouve que la Belgique aussi est trop loin, et que Paris est limite déjà trop petite, mes désirs géographiques semblent inconciliables.

PS : Pour infos pratiques, c'est par ici ou par et attention seulement jusqu'au 31 décembre.


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