Des âges de la vie (billet bref)
Singin' seventies

Où il se confirme que les beaux quartiers sont les plus mal famés (mystère postérieur)

Dans le XVIme, quai du RER C, au bord d'une fin d'aprs-midi de juillet

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Le coup n'tait pas port pour faire mal (ou alors c'est rat) ni pour dsquilibrer. J'ai d'ailleurs mis 2 secondes au moins me rendre compte qu'on m'avait envoy ce qu'il convient d'appeler un coup de pied aux fesses. Par dfinition je tournais le dos. Comme j'attendais paisiblement mon tour de monter dans le RER j'tais simplement attentive ceux qui descendaient afin de prendre place ds qu'ils auraient fini.


 

 

ma droite deux touristes asiatiques qui furent aussi sinon plus berlues que moi. Nous avons chang un regard de parfaite incomprhension, la mimique signifiant "Mais qu'est-ce qui lui prend ce type ?" tant internationale. Le type venait de la gauche, probablement qu'il descendait de la rame la porte suivante et son forfait accompli il s'tait loign grande enjambes, hors de ma porte. Il s'tait nanmoins retourn, index en l'air comme quand on met un mme ou un chaton en garde d'une btise ne pas faire

"Attention, attention" a-t-il avertit ou menac (je ne sais), puis il a fil sans rpondre mon geste de perplexit ; j'espre vers la sortie plutt que vers la victime d'aprs. J'espre que ce n'tait pas le dbut d'une phase dlirante chez un grave dsquilibr. J'espre qu'il n'tait pas arm d'autres choses que ses chaussures (propres, en rentrant j'ai vrifi, mon pantalon n'tait pas marqu par son forfait).

Il ne paraissait ni ivre ni sous l'emprise d'un produit aux effets redoutables. Ne semblait pas non plus de ces fous furieux comme on en croise parfois et qui expriment une haine de l'univers entier. Soit il m'avertissait d'un danger, mais sur un mode fort trange (et de quel danger ? Aurais-je mcontent un dieu inconnu ?), soit il tenait marquer que quelque chose que j'avais fait lui dplaisait.

Il tait plutt grand, moyen de corpulence, rien dans son allure ne signalait quoique ce soit de particulier, pantalon sombre, veste claire d't. Il ne ressemblait pas aux strotypes qu'on attribue aux "Roms" (comme ils disent) (je prcise pour calmer les ardeurs lgifratroces de certains). Pas de signes religieux ostenstatoires. On pourrait presque dire qu'il avait l'air calme.

De mon ct, je rentrais d'un rendez-vous li potentiellement un futur travail, j'tais donc habille sans aucune provocation, ni bustier (1), ni jupe courte,  rien de ni trs large, ni chancr, ni trs moulant. Rien de griff, que du discret.

Mon vieux sac main dos ; un sac plastique de magasin avec dedans une bote de rangement et trois bouquins ou plutt deux et un la main (2).
 

Je ne suis ni jeune ni le moins du monde sexy, il ne peut donc pas s'agir d'une technique de drague muscle.

Il tait seul et sans appareil d'enregistrement, il ne s'agissait donc pas d'un plan la je tape, je filme et je diffuse.

Rien ne m'a t vol, il ne s'agissait pas d'une forme brutale (mais efficace) de diversion.

Je ne crois pas avoir rencontr cet homme avant (5). Suis certaine de ne pas l'avoir bouscul : au moment de l'arrive du RER ma hauteur de quai j'tais seule avec les deux touristes. Puis j'attendais donc sur le ct des portes et immobile que les gens descendent.

Je ne me connais pas d'ennemi suffisant pour qu'on me mette un contrat d'intimideur gages. Je ne me connais mme pas d'ennemis du tout ce qui est sans doute signe d'une belle insignifiance : ni en travail ni en amour il ne m'est arriv de prendre la place de quelqu'un d'autre. Des personnes se lassent, s'agacent, malentendent et me quittent parfois, mais rien de plus. Et je peux supposer que s'en aller rsout le problme que je leur posais.

Il n'avait pas l'air de tirer une satisfaction particulire de ce qu'il avait fait, ni moquerie ni fiert, ni soulagement. Plutt un sens du devoir, prvenir, se faire respecter.

Rien de ce que je portais sur et avec moi n'exprimait d'engagement politique ou de socit. Rien qui puisse tre, je crois, pris pour une mauvaise dclaration.

Je n'tais ni en train de tlphoner (ce qui peut exasprer certaines personnes autour) ni de chanter ou fredonner.

Je ne venais pas de prendre une photo (3). a faisait mme un moment que l'appareil tait rang : en attendant le RER, je lisais.

La seule explication que j'ai pu trouver est qu'il m'aurait prise pour quelqu'un d'autre avec qui il avait un vieux compte rgler.

Ce n'est pas trs rassurant : a signifierait que je ressemble fort quelqu'un envers qui d'autres personnes n'prouvent pas un solide amour.
 

 Ou bien : l'une des touristes aura pris une photo et lui se croyant dessus et nous croyant ensemble aura manifest sur moi sa violente dsapprobation. Ce n'est pas exclu : j'avais un peu leur gabarit, mes cheveux, encore noirs d'impression gnrale taient attachs en queue de cheval pour une fois plutt disciplins et nous tions trs proches elles et moi cet instant l, du fait de s'tre mises d'un mme mouvement sur le ct afin de laisser les voyageurs descendre. Comme je lui tournait le dos, il ne pouvait rien deviner de mon type normand (!).

a expliquerait aussi qu'il n'ait pas jug utile de parler part les deux mots prononcs et eu recours un geste qui se voulait loquent.

L'ultime hypothse serait que ma chaise prcdente, mortifie d'avoir t mise (temporairement ?) de ct pour cause de fessier et coxxys douloureux, se soit ainsi fait venger par un fauteuil de ses anciens amants rincarns. L'avertissement serait alors pour me dire de ne surtout pas la laisser tomber (4).

En attendant je constate une fois de plus que les anicroches dsagrables et qui pourraient dgnrer surviennent presque toujours dans les beaux quartiers et des heures sages. Ma vie doit faire mentir beaucoup de statistiques.


 

(1) dont je dcouvre ce soir qu'il peut tre dommageable d'en porter.

(2) "Les derniers amants de Bombay" de Siddharth Dhanvant Shanghvi ; qui dmarre de faon ma foi sympathique et bien rythme.

(3) Les ractions sont de plus en plus hostiles. En deux mois, je me suis fait reprocher trois fois d'en prendre par des personnes qui n'y figuraient pas, sur le mode Ici c'est interdit. Dans un cas, un lieu priv mais ouvert au public, dans les deux autres de simples rues mais o (trafics ?) un(e) photographe gnait - quand bien mme je ne prenais pas en photo les personnes mais un objet urbain -, "le guetteur" intervient, relativement poliment. Et sans doute relativement moins si l'on obtempre pas.

(4) Je vous laisse en guise d'exercice d'atelier d'criture inventer la suite de cette petite (science-)fiction.

(5) Non, non, il ne s'agissait pas de celui de la dernire fois que mon refus d'alors aurait vex.

[photo : en arrivant la station, tout juste auparavant]

addenda du 30/07/10 0h48 : En fait il m'a probablement prise pour un fantme et aura ainsi voulu tester de mon existence relle. a expliquerait les grands pas pour s'loigner, l'air peu flambard, les "Attentions" prononcs tout en reculant et en y rflchissant plus apeurs que menaants. Et qu'il n'ait pas frapp fort mais seulement "pour voir". Je dois ressembler quelqu'un qu'il connaissait et qui est mort. Peut-tre Hati pendant le tremblement de terre (?)

 


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