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De prosopagnosie et pompiers (accès, présence)

aujourd'hui (quelle journée !)

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Je non-fume en compagnie d'un collègue survivant que soumet la nicotine. S'approche une personne qui s'abrite sous l'auvent. Et me salue chaleureusement.
Bien sûr nous ne nous étions pas vues depuis fort longtemps (peut-être 5 ans), bien sûr elle est enmitoufflée (mais je le suis aussi et de bien pire façon) ; n'empêche elle n'a pas changé et j'ai pourtant un temps blanc avant de l'identifier et de me réjouir.
D'ailleurs nous n'allons pas tarder à nous revoir, exprès.
J'en suis heureuse.

Mon vide n'était pas lié à la personne mais au lieu. Il m'empêchait - cerveau et souvenirs personnels abandonnés à l'entrée, méthode Levi (Primo) pour tenir quand c'est nécessité -.
Deux fois en à peine plus d'un mois que l'effacement est (trop) efficace et qu'il concerne qui ça ne devrait pas. Veiller à ne pas perdre toute humanité à force d'encaisser.


Retour maison. Le bord du soir est dépassé depuis longtemps, j'ai tardé sur un travail - souci technique subi, pas de mon fait - et aussi la nuit tombe à l'heure du goûter. Alors forcément, passé 19 heures ...
Devant chez moi, une voiture de pompiers, "intervention sur risques chimiques et radiologiques". Les lettres peintes sur un véhicule de taille ordinaire sont plus flippantes que la grande échelle si elle était dressée.
Je me précipite dans le hall. Aucune odeur, pas d'incendie. Faire comme à l'ordinaire, mais sans s'attarder. Où sont les enfants ?
Trois étages plus tard, je suis rassurée.
Dans l'immeuble pourtant sonore, aucun bruit particulier.
Que faisait-donc là ce véhicule ? Il est en double file. Une autre adresse eût-elle été concernée, il aurait double-filé à côté.

La soirée très vite me happe par ses nécessité. Le seul avantage d'être coupée du monde de l'internet aux heures usinées, c'est l'appétence qu'en rentrant ça crée. Que sont devenus les amis ? Vont-ils bien ? Qu'ont-ils écrit ?

Plus tard, je prends une douche. Crois sous l'eau qui coule entendre sonner à l'entrée. Devine la voix de Stéphanot et le bruit de la porte. Sans doute un voisin. Nous nous entendons bien et l'entraide est courante. Pas un des moindres charmes de cette habitation. Comme ce fut le cas avec la plupart de ses vagues successifs d'habitants (1), je pourrais presque croire à un sympathique sortilège dû à la construction.
Fatiguée, je suis lente. Mais finalement lavée. Détendue. Un peu triste : c'est l'heure où la pensée des ami(e)s éloigné(e)s tenue tout le jour en respect revient s'infiltrer. D'autant plus qu'aujourd'hui, pas le moindre courrier. J'ai toujours un vague espoir que la période des voeux aux signes de vie soit favorable.
Stéphanot me confirme que ça a sonné. Il dit sans émotion, C'était les pompiers.
Devant ma question muette, teintée d'inquiétude, s'empresse de complèter, Pour les calendriers.

Raté pour cette année - il a peut-être ouvert mais n'avait pas d'argent et personne d'autre que nous n'était dans la maison -. N'empêche, ce ne serait pas plus mal que la tournée ait lieu en décembre et sur un véhicule un peu moins inquiétant, ni traineaux, ni rennes, mais juste un camion rouge et sans trop d'inscriptions. 
 



(1) A notre arrivée, il y a plus loin que 17 ans, beaucoup de personnes d'un grand âge, et nous les benjamins, en plus pourvu d'enfant. Puis peu à peu les remplacements par des jeunes couples. Compte tenu de la taille des appartements, ils s'attardent rarement au delà de deux descendants en bas âge. Puis s'envolent vers des mètres carrés plus abondants et arrivent les suivants.


[photo : les traces qui peuvent rester - ou pas -]


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What have you done on Obama's day ?

mercredi 5 novembre 2008, Clichy et Paris
billet à retardement oui je sais.

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Stéphanot la veille au soir était bien embêté : il devait préparer, je crois pour son cours d'anglais, une biographie rapide du (nouveau) président des Etats-Unis.

Les cours reprenaient le jeudi 6 novembre.

Il était donc contraint à travailler le 5, ne pouvant s'avancer.
Je lui avais suggéré : prends donc Obama.

Et lui se demandant si j'étais en mode prédiction ou dans le module Maman-qui-se-croît-drôle-et-veut-faire-une-sale-blague-au-fiston,
- Mais si c'est pas lui ?

- Ben tu auras au moins appris quelques choses sur la vie de quelqu'un d'intéressant.

Il n'en avait rien dit mais m'avait écoutée. Et je préférais ne pas y croire mais au fond j'y croyais.

Pendant ce temps j'étais partie à l'Attrape-Coeur passer la soirée à discuter en groupe animé et joyeux, d'un livre qui ne m'avait pas passionnée même s'il n'était pas inintéressant (1).
Rentrée tard, car les afters de la librairie ne s'abandonnent pas sans peine (2), je m'étais branchée sur le flux Twitter spécial USA, élections.
C'était hypnotique. Toutes ces personnes inconnues qui égrenaient les résultats de leurs circonscriptions avec parfois des commentaires.La victoire d'Obama, de façon impalpable mais certaine se dessinait. C'était la première élection que je voyais sur l'internet.

J'ai dû aller dormir à mon grand regret.

Nous étions au matin heureux de la nouvelle à présent confirmée, et Stéphanot à qui pourtant je n'avais rien confié de mes craintes calmement avait déclaré :

- Il va se faire assassiner le pauvre garçon mais entre temps il aura quand même le temps de faire changer les choses.

Puis l'enfant s'était félicité du bon choix que la veille je lui avais fait effectuer. Et nous étions partis lui et moi chez le coiffeur, pour lui car les temps étaient rudes et les finances familiales basses. Il avait plu très fort au matin ; on croit moins aux lendemains qui chantent lorsqu'ils s'annoncent sous une forte pluie. A l'heure où nous étions sortis il faisait juste gris.

Et c'était bien.

On sentait depuis déjà la veille dans Paris une ambiance attentive et presque un peu allègre. Mais tous n'étaient pas dans ce cas. Une fois les cheveux de Stéphanot dûment raccourcis, nous avions voulu nous offrir qui un crème qui un chocolat chaud, à ce café voisin dont l'enseigne nous intriguait. Un parc inexistant y était mentionné.

Hélas l'établissement qui de l'extérieur semblait accueillant et l'est sans doute l'été à l'heure des terrasses, était déjà avant 11 heures configuré repas complets. On nous fit l'aumône d'un coin de table, personne d'autre ou presque, pas un seul habitué et pour tenir l'établissement un couple de Thénardier qui donna son meilleur lorsque mon fiston posa sa question, pourquoi un parc dans leur nom et que la tenancière brailla à son homme, Tu sais toi, pourquoi un parc ? C'est le gosse y veut savoir.

 

Ils ne savaient pas. Peu leur en chalait. Leur établissement portait un joli nom mais qui leur était semblait-il indifférent.

Nous n'avons pas traînés, redevenus Français, pays d'élection des râleurs et bougons. Le gosse appréciait moyennement d'être ainsi qualifié et qui par égard pour sa mère qui payait l'addition retint une répartie. Je la lus dans ses yeux.

Je pensais à ce qu'en d'autres temps j'aurais écrit du vote puis de la scène, pour la faire rire, à ma meilleure amie. Fus tenté, en rentrant. Puis m'abstins , sans doute sagement.

L'après-midi j'avais écrit, sans doute un peu dormi aussi, en prévision du soir. Concordance de calendrier, jour mensuel où l'on se réunissait, entre blogueurs, entre amis. J'étais épuisée mais tenais à y aller.

L'ambiance était festive comme toujours à l'Assassin. Mais plus particulièrement. Pourtant les discussions portèrent sur autre chose que ce nouveau président qui n'était pas le nôtre. On aurait dit que l'événement était déjà digéré, acquis, débattu par blogs interposés, et nous tellement conscients de n'être que d'Europe et pour beaucoup minoritaires dans notre propre pays. Un peu fatigués d'avoir trop veillé en quête du résultat - certains d'entre nous partirent sans payer -.

Le lendemain matin, très tôt j'allais nager. Je profitais de derniers jours de congés.

Leur fin a refermé ma brève bouffée d'espoir, comme s'il existait un lien entre le particulier et l'international. Je sais bien que non.

Et je n'ai pas reçu les nouvelles attendues, espérance collatérale. Contre un silence obstiné, l'homme providentiel ne pouvait lutter. Pourtant sa victoire, au moins, on aurait pu ensemble la fêter ?



(1) "Les deux testaments" de Serge Filippini
(2) du moins du temps de Chez Eliette.



[photo : rue de l'Abbé de l'Epée (ou pas loin), Paris, mercredi 5 novembre 2008, 10 heures 53]


Comme les autres années

Ces jours derniers par ici

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Il fait trop froid pour moi et le manque d'énergie induit me met en retard dans tout ce que je fais.

Je suis donc comme à l'ordinaire en train de copieusement décevoir pour les voeux, tendant comme ça peut de répondre aux amis, aux cousins qui m'en envoient mais déjà en retard pour la plupart d'entre eux. Pardon par avance à ceux qui pourraient se sentir négligés. Je manque de force et d'organisation. Ce dernier point devrait s'arranger quand je serai libérée d'une de mes contraintes que l'excès de celle-ci a garni d'absurdité.

Je fonctionne en années scolaires ou saisons de théâtre, en années civiles pas tant que ça. Cependant partout, l'heure est aux bilans. Que retiendrais-je de 2008 à titre privé ? Des rencontres formidables, la chaleur de l'amitié, que ni elle ni l'amour ne sont  dépourvus de sens (1), de l'art, des beautés, des opéras, l'éveil de mon fiston au vrai cinéma, de bonnes nouvelles de ma santé malgré une sérieuse alerte en février et des veilles désormais nécessaires, et celle des miens qui va bien - si seulement on pouvait ainsi continuer -.

Un nouveau chantier d'écriture, dont je me serais bien passé mais que ce qui ne va pas, ce qui est resté incompris et irrésolu rend hélas incontournable. Le retard, dans les autres, accru.

Toutes sortes de tentatives pour tenter de sortir du chagrin, pour l'instant en vain. Un film qui m'a aidée tout en me donnant la nausée.

Et c'est pour ça sans doute que l'écriture est inévitable : la situation subie, de mon point de vue, probablement trop partiel (2), n'a pas de sens. A tel point que tout le reste s'en trouve contaminé. Par le doute, la confiance ruinée.

Des livres lus, ils tissent ma vie qu'elle soit en phase active ou bien de perdition.

Des récompenses pour ceux que j'aime : je pense en particulier à un film de Pierre Trividic et Patrick Mario Bernard (dont l'actrice principale Dominique Blanc a reçu una coppa volpi à la Mostra di Venezia), je pense aux "Mains gamines" d'Emmanuelle Pagano. Si je suis peu sensible aux distinctions mêmes (en raison de mon passé professionnel) je le suis au fait qu'ils pourront les uns et les autres travailler sans doute ensuite un temps au moins dans de meilleures conditions et que ces deux cas précis sont porteurs d'espoir : on peut donc créer sans se soucier de formatage, sans concéder au "bien penser", et que la qualité soit quand même reconnue. J'étais tout près de croire que ça ne se pouvait plus. J'ai été heureuse aussi cette année que les prix SCNF du polar aillent aux bonnes personnes.

De belles retrouvailles - merci l'internet -.

D'avoir lu Proust et Cécile Wajsbrot à voix haute et d'avoir aimé.

En revanche de s'être fait voler un violon et d'en éprouver plus de peine que pour tout autre objet (4).

Pour ceux qui ont accès, l'année 2008 de Pierre Ménard publiée en "diapoésie" (terme d'une des commentatrices) sur facebook me semble infiniment plus intéressante que la mienne.

Si j'en ai le courage et le temps, je répondrai peut-être au questionnaire listé trouvé chez Elise Titane ; tenter un bilan à l'aide de critères simples et univoques peut parfois aider à se remettre en place les idées.

De l'état du monde, et pour ne pas désespérer tant je me sens impuissante devant la paix en recul, la planète par notre faute d'humains en train de s'épuiser, les éléments de justice sociale et humanisme aux siècles précédents si durement gagnés en train d'être anéanti par certains pour leurs profits (3), je voudrais ne garder qu'une victoire électorale dont, rendue sceptique et craintive par l'expérience, je n'attends pas plus que ça mais dont la réalité même est porteuse d'espoir au moins contre les ségrégations qui régnaient encore si fort lorsque j'étais enfant.

  

(1) contrairement à ce que j'en étais venue à croire à force d'encaisser.

(2) ce sentiment persistant que comme dans les meilleurs whodunit il me manque un élément, une clef, que quelque chose que j'ignore engendre mon incompréhension et de la mon désarroi.

(3) où limiter les pertes que leur avidité a provoquées.

(4) en plus qu'aucun remboursement en vue pour l'instant et pas les moyens d'en racheter un. De toutes façons ça ne sera pas Lui, son son personnel, son toucher.

[photo : Clichy La Garenne, patinoire annuelle autour du kiosque à musique, hier soir]


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"Ce qu'offre le bain de mer quand [enfin] il fait beau ..."

 

Tout à l'heure au cinéma


P1020406 Je passe ma vie à manquer d'excellents films, le temps depuis l'écriture file entre mes doigts, les oeuvres les plus intéressantes souvent ne passent pas ou si peu, il est toujours trop tard.

Mais Agnès Varda pour rien au monde je ne l'aurais manquée.
Elle fait partie des personnes dont l'existence même et que malgré ce monde elles aient pu faire ce qu'elles devaient, reste un solide secours.


Grand merci madame Varda.



[photo : aujourd'hui à Montreuil, l'entrée du Méliès]


A Paris cette fois-ci et pour nous douce fin d'année civile

     

Hier au soir ou bien cette nuit, entre banlieue et Paris même


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Je suis un poète du bitume proclame le garçon, un tantinet présomptueux, à ses camarades auxquels il vient de faire une lecture commentée du journal qui sur la banquette du métro traînait.

Ils chahutent, oscillent entre respect et irrévérence, frontière de la provoc.
Débarqués parmi un lot de bienveillants, ils offriront le versant joyeux.

Plus tard dans la soirée, sans doute ça va dégénérer. Trop d'énergie, l'envie d'en découdre, de rappeler qu'ils existent qu'on le veuille ou non. Je viens d'où ils sont et si ma propre place au monde, quoique calme est incertaine, je ne l'oublie jamais.

Nous étions tous au summum de notre plénitude, dit-il après avoir (un peu) (trop) bu d'excellents grands crus avec bulles et aussi sans.

Alors voilà 2009 c'est ça, des collants par terre dans la rue, mais c'est n'importe quoi, clame au bord d'une larme la très jeune femme pourtant bien accompagnée, à la vue de cette pauvre pièce d'habillement abandonnée au pied d'un arrêt de bus.Je me demande quelle peine ce collant catalyse et comment cet objet noir a pu atterrir là.

Le clochard s'est installé sur le large trottoir tout près des voies glacées. Son campement contrairement à d'autres dont on sent que de quelques détails ils sont restés soigneux, comme un zeste de conscience préservée, montre qu'il a entièrement renoncé. On dirait qu'il attend que le froid le délivre. Je me souviens de mon enfance, quand n'étaient à la rue que ceux qui d'une façon ou d'une autre pour partie le choisissait. A présent il est si rapide, si aisé de dégringoler.

Nous croisons quelques personnes, naïfs dans notre genre qui ont cru que le métro plus tard se prolongerait. Bonne Année, bonne année dit l'un des hommes. A la réponse émise, il explique à l'enfant qui auprès de lui vaillamment avance malgré l'heure si tardive, Tu vois, ce soir, les gens sont gentils, c'est un jour de fête.

Est-ce qu'aux autres on ne peut pas ?

Le périphérique marque la frontière entre plusieurs mondes. J'aime toujours autant jouer la contrebandière et faire circuler liens, langages et denrées. Aux bons moments, aux bonnes années être de nulle part et l'éternel transfuge offre des havres partout et les meilleurs partages de chaque humanité.

Aux temps sombres qui s'annoncent, il faudra s'en rappeler.

[photo : rue de Rome, la nuit dernière]

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