Rencontre du troisième type (il manque un féminin à ce mot)
Bach in ourselves

Depuis Yves

Certains vendredi, à Paris

La tripoteuse de tête est rentrée de vacances. On se revoit donc, dans le moelleux de son cabinet. Tout est doux chez elle, les tapis, le fauteuil, son sourire, ses yeux. Pas sa voix. Elle a le phrasé râpeux. Toujours au bord de la quinte de toux ; comme si elle avait tant et tant fumé.

Ce qu'au fond j'ignore. Elle sait beaucoup plus de moi que moi d'elle, même si elle parle aussi parfois pour tenter d'éclairer mon chemin fracassé.  On n'y peut pas grand chose, ce qui est advenu est pour une part irréversible : des morts et des maladies, un enchaînement de circonstances qui a fait comme un piège.

Mais je vois grâce à elle où je pose mes pieds. J'évite moins mal les ornières depuis que je fais l'effort d'aller lui parler,  meurs moins souvent.  Sais qui appeler quand  je retombe  au fond. A l'usine, ils font tout pour, moins zéro cinq ça leur ferait. Ceux qui me fournissaient jadis de quoi résister ont tous disparu, ou presque, sauf un. Effrayés, happés ailleurs, inconscients ou indifférents. C'est comme devoir se battre en état de famine.

 

Elle a su deviner ce que je ne sais pas dire, parce que j'ai peur de tuer. Respecter mon absence de colère. Cette incapacité que j'ai d'attaquer - comme un gène prédateur manquant -. Comprendre la malédiction d'écrire quand on est né(e)s loin du point d'encre. La violence des vannes trop tard levées. Le barrage, submergé.


Je pense qu'on fera route au moins jusqu'au livre achevé hélas nécessaire ou au prochain miracle, il y en aura sans doute si je passe cet hiver, ma vie en est tissée  et de malédictions (ça manque un peu d'éléments calmes). Le doux devient vital après la sale saison des catastrophes et des cauchemars. Et ce doux ferme qu'elle a, en vue de relevailles.


Merci à qui m'a indiqué le chemin de ce refuge et qui m'autorise enfin à parler de cinéma, de Marilyn et d'Ariane, d'Yves, Agnès, Orson et Arnaud.

Merci à Simone qui travaille si bien.



participation complètement en retard pour sabliers givrés grain 5
on fait ce qu'on peut quand ça va pas.

L'amorce vient de chez David de chez Tangible à l'époque, billet : La femme Espadon.

PS pour le vrai Yves que je connais : surtout ne te sens pas concerné

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