Faible femme
J'avais un frère, je l'ignorais

Comme si exprimer nos craintes les faisaient arriver

hier matin, ligne 13

non relu

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Je n'aurais sans doute pas dû écrire notre soulagement collectif du mardi, le jeudi s'ouvrait à peine que ce qu'on avait craint survint.


L'ironie du sort si cruelle parfois, le sort l'étant lui-même souvent, et d'ailleurs plus particulièrement ce matin-là pour la principale victime de son accident, voulut que je partisse plus tôt qu'à l'ordinaire dans l'idée de n'arriver pas trop tard à l'usine.

De leur côté les trains, aux renseignements qu'on avait, continuaient à circuler en sous-nombre. Et la température extérieure rendait le vélib dissuasif.

Plusieurs rames passèrent sans que je pusse monter, peut-être faudrait-il écrire "on" car je n'étais pas seule, qui dépourvue d'un physique de 3/4 aile comme de la moindre envie de tuer un innocent prochain, étions restés à quai au sens littéral.

Notre nombre  grossissait. 

Arriva une rame qui longtemps stationna. En désespoir de cause je prévins une collègue par téléfonino que mon trajet pour arriver était mal enmanché.

Ensuite ce fut l'annonce redoutée, tant par ce qu'elle ne dissimule pas, que par la désorganisation induite qu'on lui connaît en tant d'habitués.

"Par suite d'un accident voyageur à Pernety (1), le trafic est interrompu entre Montparnasse et Châtillon Montrouge, fortement perturbé sur le reste de la ligne".

A la rame suivante, surfant sur le mécontement d'un de mes voisins de quai qui tint à tout prix à monter, je parvins à me glisser parmi les sardines du wagon.

Au moins là je n'avais pas froid.

Le métro avança pas à pas. Trois stations plus tard, alors que ce compte-goutte puis une station prolongée me faisaient prendre conscience que le vélib serait une froide mais raisonnable solution, j'étais déjà compressée trop loin de la porte pour pouvoir sortir. Un homme cependant sur ma gauche s'y risqua, de type trapu et qui parvint en force à se faufiler. Seulement le temps que je parvienne à retrouver mon sac, confié comme il se doit à la capacité de portance par compression de l'entassement, la foule sur lui s'était refermée ; d'autant plus compacte qu'il avait forcé.

Pu cependant mettre à profit le faible espace que sur mon côté gauche il avait très temporairement dégagé afin de saisir mon téléfonino et appeler une seconde fois mon lieu de travail pour un message qui put paraître étrange, et fit sourire mes voisins.  Je sentis qu'une  femme à ma droite m'aurait bien imitée. Seulement la façon dont elle était placée rendait impossible tout  accès à ses  poches ou son sac à main.

- Je suis à La Fourche, cette fois, mais nous sommes coincés  et sortir, je ne peux pas.

On m'assura de la plus grande compréhension. J'appris plus tard qu'un autre de mes collègues mais qui venait du sud et avait pu changer à Montparnasse avant la fin des haricots et du traffic, avait rencontré le même problème. Je ne pus pas ranger mon téléphone et dus rester un temps le bras un peu levé avant de parvenir par contorsions serpentines à le faire redescendre collé contre mon corps. Mon sac était quelque part en bas et mes pieds auraient pu très bien ne plus toucher terre. J'étais portée.

Je crois que nous restâmes 15 minutes ainsi, aucune annonce fort celle de la station. On entendit des cris. Une dispute avait éclatée vers la tête de la rame. J'espérais qu'il s'agissait seulement de personnes qui craquaient et que personne n'était en train de s'en prendre au conducteur, malheureux représentant sur place d'un service rendu défaillant.

Les cris s'apaisèrent. Il y eut une attente vide puis la rame démarra.

A Place Clichy je parvins cette fois à suivre un mouvement vers le quai et par la 2 puis la 3 pus effectuer sans encombre le reste de mon trajet.

J'arrivais à 10 heures 10 (2). J'avais mis une heure trente environ à effectuer un trajet qui prend théoriquement 40  minutes  au plus.

Record de tous mes temps battu (3). Et collègues  goguenards venus sans bus  intermédiaires de banlieues  très lointaines et arrivés avant. Je me mis au travail la tête tournante et solidement équipée dés le restant de matinée que l'effort physique de l'entière journée avait été fourni et s'encaissait. Consciente une fois de plus d'être de ceux qui survivaient.


[photo : in situ mais incomplète ; on n'y voit pas à quel point les rames sont surpeuplées, ni que les personnes qui attendent sur le quai ne sont qu'un premier lot de celles qui n'ont pas pu monter]


(1) En l'écrivant j'ai un doute quant à l'annonce exacte car il me semble soudain que c'était "entre Pernety et  (Plaisance ?)", ce qui serait quand même étrange puisqu'à l'ordinaire c'est d'un quai que l'humain choit.


(2) Véronique si tu me lis je t'assure que c'est vrai.

(3) Il y a eu des précédents non moins glorieux (!) mais dont je m'étais mieux sortie à tous les sens du terme : parvenant à m'extraire au plus tôt et terminant à pied. Le trajet total d'un bon pas me prend 50 à 55  minutes. Ce qui me laisse penser que si j'écris moins bien, je marche plus vite qu'Henry Miller (cf. un passage Place Clichy / Clichy dans notre rue, avec mention du temps de parcours dans "Jours tranquilles à Clichy"). On a les satisfactions qu'on peut.

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