Le cumul des perplexités
Rencontre du troisième type (il manque un féminin à ce mot)

Ces anciens pas qu'on ne regrette pas

hier, dirait-on, dans Paris, assurément


 

Je fus prise lundi d'un mauvais coup de blues. Poussée par des vents contraires, j'aurais sans doute été jusqu'à faire un tour du côté de mes balades de jeunesse. Mais elles concernaient la banlieue et c'était jour d'usine. Autrement dit, temps contraint et plein Paris.
Alors entre midi et deux, profitant du redoux, je suis allée errer là où logeait Wytejczk, du moins vers sa dernière adresse connue de moi, avant qu'il ne sorte de ma vie, en silence, comme ça.

Longtemps que je n'avais pas mis les pieds par là ;  depuis ce qui s'est passé, ce qui ne se passe plus, ce qui (pour moi) ne passe pas, je me suis fixée comme ligne de conduite d'éviter d'aller là sans raison mais d'éviter tout aussi bien d'éviter d'y passer si j'en ai.
L'idée est de rendre cette rue aussi banale que possible, qu'elle ne devienne ni lieu de pèlerinage ni endroit d'évitement. Qu'elle redevienne aussi neutre pour moi que tant d'autres de la capitale où logent ou logeaient des amis. L'occasion certes de songer à eux en passant sous leurs fenêtres, mais pas d'un chagrin ni même d'un tracas. 

L'idée de le croiser ne m'effraie pas. Au contraire, j'aimerais que l'existence m'offre enfin l'opportunité de lever le mystère ou d'en stopper la portée. Aucune idée de ce que je dirais ou ferais, même si je sais au fond de moi que le serrer dans mes bras est la seule chose qui compterait : n'explique pas, si tu as mal, mais au moins reviens, un peu, plus loin de moi sans doute, mais sans rejet. Et pardon si j'ai fait quoi que ce soit qui t'a blessé ou importuné. Je peux très bien vivre sans toi, je ne veux pas peser, mais tu me manques, tu sais.

L'inverse est peut-être faux. De la période où je croyais sans arrêt le voir, dés qu'une silhouette, une allure évoquait la sienne, je retiens le doute solide qu'une fois il s'est réellement agi de lui et que me voyant de loin il avait esquivé et que voyant le mouvement contournant qu'il entreprenait, j'avais respecté son choix en passant à l'arrière d'un kiosque à journaux. De toutes façons j'étais pressée, et à l'époque une revoyure n'aurait pas été sans explications requises ou hasardées, ni émotions qui peut-être à nouveau m'auraient fracassée.

A présent je suis calme. Rescapée de la collection de malheurs subie, calme comme qui revient de loin et a décidé d'attendre la suite sans passer au mot fin en mode anticipé. Calme comme quelqu'un qui devine que quelque chose s'est produit qui nous a dépassés. Calme comme un frère rendu ennemi qui est un frère quand même. Ou une soeur plus jeune et que le monde des grands laisse désemparée, mais qui les suit cependant entre atavisme et affinités.

Seulement ce lundi-là rien ne s'était passé. Perdue dans mes pensées, j'avais failli oublier de lever le nez vers les fenêtres du logis qu'à une époque je fréquentais. In extremis je l'avais fait.
Pour seulement m'apercevoir que ma stratégie d'accoutumance aux lieux neutralisés n'était pas dépourvue d'efficacité. Si j'avais toujours le code dans les doigts - après, était-il encore valable qu'est-ce que j'en savais - et l'agencement précis des pièces, des meubles, du frigo et des livres, j'étais en train d'oublier l'étage et les fenêtres appariées.
Un peu de flou, enfin. 

Il était grand temps de retourner marner, même si aucune urgence véritable ne m'attendait. J'ai repris le travail un brin rassérénée persuadée d'enfin guérir mais qu'on se retrouverait. 




Cela était ma participation un peu pas très très au grain 2 des sabliers givrés de chez Kozlika.

La vraie amorce que je n'ai pas su respecter était fournie par Malgven. J'ai juste pas pu, ça ne collait pas.

A propos du livre "Des vents contraires" d'Olivier Adam, une belle interview par là :

père fragile héros

propos recueillis par Marie Chaudey

  

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