Qu'elle était verte ma banlieue
Une sorte de pause qui n'en est pas

"Si j’ai depuis perdu tout espoir (mais non mes convictions) [...]"

       


Alors que je me souciais de son auteur, voilà que je tombe ce matin sur un texte datant d'octobre, pour quelqu'un comme moi un splendide cadeau de Noël, je me sens moins seule après l'avoir lu (1), alors je partage, sait-on jamais :

Mai 68 et après  (Dominique Manotti)

Ce qui est amusant c'est qu'il n'est pas totalement sans rapport avec les photos publiées ici hier. Ces petites cités de pavillons tous identiques selon deux ou trois modèles étaient en effet typiques de quelque chose de ces années-là, même si le type qui les avaient conçues, l'idée étant que les gens pas riches puissent quand même accéder à la petite maison (2), se révéla un peu d'un escroc (3). Les barrières étaient basses, il existait des lieux communs, une réelle convivialité que la configuration des lieux favorisait.
Ces quartiers sont mornes à présent : vieillissement des habitants, le renouvellement étant relativement faible, haussement des clôtures, abandon des équipements collectifs, plus de gamins dans les rues, seulement quelques personnes et qui promènent leur chien.


(1) et ça me confirme plus que jamais ce sentiment d'appartenance permanent à la génération de mes légers aînés (5 à 10 ans de plus que mon âge calendaire) et qui participe de ma solitude - car cependant je ne peux partager de souvenirs concrets, et auprès de ceux de mon âge je n'apparais que comme une soixante-huitarde attardée -. Je mourrai décalée. 

(2) Les normes de construction n'étaient pas ce qu'elles sont, et d'ailleurs les habitants d'HLM anciens peuvent encore en témoigner, les murs mitoyens étaient en carton et l'insonorisation quasi inexistante. Les gens rêvèrent donc très vite d'une maison à soi.

(3) Je n'en trouve que très peu de traces à présent (cet extrait d'un livre dont ce n'est pas le principal sujet), mais pour résumer ce que j'en ai retenu, mais que j'aurais bien voulu pouvoir consolider (ou infirmer) : pour accéder à ces petits pavillons il fallait adhérer à une association, l'ACGIS, dont Marcel Barbu était le dirigeant. Or il semblerait et à l'époque il en fut question dans les médias nationaux, que d'une part le pourcentage qu'il s'octroyait était un peu plus que confortable et d'autre part que des fonds propre de l'association avait servi à financer sa campagne électorale pour les présidentielles de 1965.

Cela dit, l'idée était belle, de permettre ce type d'accession au logement (4) et je crois me rappeler, du moins où l'on habitait, que les gens quand ça s'est su, ne lui en tenaient pas (trop) rigueur, un peu comme pour les dirigeants d'équipe de foot qui magouillent et permettent à l'équipe de gagner. Alors ils disaient, il a abusé mais n'empêche grâce à lui on a pu se loger.

(4) Je pense que la plupart des familles n'aurait pas obtenu de crédits bancaires immobiliers classiques, pas assez d'apport personnel, revenus pas assez élevés. Les familles étaient pourvues d'enfants, certaines nombreuses, les femmes travaillaient peu à l'extérieur et les messieurs tenaient souvent des emplois entre ouvrier qualifié et cadre inférieur. En seconds achetants, une dizaine d'années plus tard sont apparus des jeunes couples d'enseignants.

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