Une sorte de pause qui n'en est pas
O ma ligne 13, ô ma bien aimée

Monsieur Hulot manquait

       

Samedi dernier, entre Paris et Angers

 

Le train qui jusque-là filait à vive allure a ralenti. Il devait marquer un arrêt à Angers. Mais je sens bien qu'il est encore trop tôt pour y être arrivé.
Quelque chose s'est passé.

PC270259

La voix un peu pâle le commandant de bord nous annonce que l'avion a été détourné le communiquant de  service nous annonce que le train précédant a fait l'objet d'une collision. Avec une voiture. Vide de tout occupant. On soupçonne un acte de sabotage ajoute-t-il en signe d'allégeance à l'air du temps.
Nous allons nous arrêter au Mans et serons sans doute détournés sur Rennes. Le retard à prévoir pour Nantes sera d'une heure et demie. Les personnes qui devaient aller à Angers sont invitée au Mans à prendre la correspondance avec le TER numéro xxxx. Nous vous tiendrons au courant dés que nous aurons de nouvelles informations.

Je dégaine comme presque chacun mon téléfonino. Me contenterai d'un ou deux brefs textos, personne à l'arrivée ne nous attendait, le retard ne nous privera s'il ne se prolonge pas que d'une demi-matinée de tourisme. J'appréhende un peu une éventuelle correspondance forcée : j'ai prévu de travailler, pris mon ordinateur, et du coup suis un peu encombrée.

Le train s'arrête au Mans. Je pense à l'ami Marc dont la chaleureuse présence depuis quelques temps s'est faite plus distante. J'espère qu'il n'est pas atteint à son tour par de lourds soucis. Je sais combien il peut devenir difficile par période de maintenir un lien avec nos bons amis, accaparés comme adulte on peut l'être entre travail densifié, famille, difficultés surgies, et éventuel changement de vie.

Pendant que je pense nos hôtes ne chôment pas. Une puis une autre annonce pour les passagers à destination d'Angers. Correspondance mise en place TER numéro xxxx quai X. Quelques personnes prennent leurs bagages et filent sans tarder.

D'autres (r)appellent leur parentèle. Aux premiers efforts de téléphoner des plateformes ont déjà succédé la lassitude et de le faire sans bouger. Il est amusant de constater combien certains avaient mis en place des organisations élaborées afin de venir les chercher. Enfin, amusant pour qui n'est pas concerné.

Et combien les parents qu'on devine un peu vieux, l'appelant n'est pas si jeune, il parle en criant de peur qu'on l'entende mal, "C'est pas la peine de partir maintenant, non c'est pas la peine, non je sais pas quand j'arriverai mais toi, là, reste à la maison", et d'une incompréhension, et insiste "Tu laisses ton portable allumé, hein, je risque de te rappeler.", demandent du ménagement. On voit un paquet cadeau dépasser de son sac.

Une dizaine de minutes passent que j'écoule à songer. Jadis j'eusse appelé Wytejczk, nous eussions plaisanté, il m'aurait dit ce qu'aux infos sur l'incident on racontait.

Je me contente d'un mot à Stéphanot, de peur qu'il ne s'inquiète s'il capte une info parlant d'un train accidenté dans la direction où l'on allait. Et d'un texto à un ami qui a subi récemment semblable mésaventure - un cerf leur avait-on dit avant d'envoyer en prisons quelques êtres humains -.

Soudain, nouvelle annonce, hésitante et qui tente maladroitement de le masquer. Finalement nous irons jusqu'à Angers où nous marquerons l'arrêt. Mais pour la suite, c'est incertain. On sent celui qui parle agacé de recevoir des instructions contradictoires, mais sommé de coûte que coûte communiquer.

Je regarde par la vitre. Je m'attends à voir des personnes arriver remontant du quai où l'on vient de les envoyer. Mais le TER est sans doute parti et eux avec, ignorant qu'ils auraient finalement pu rester.

Je souris en songeant à celui des films de Jacques Tati dont un semblable mouvement forme une scène d'ouverture. Le train repart. Je reçois d'un ami un message sympathique et me rendors en partielle vigilance afin de ne pas manquer les prochaines instructions.

Plus tard des contrôleurs, visiblement soucieux de ne pas mécontenter, viendront nous délivrer un cours express sur la circulation en voie unique qui sera notre lot jusqu'à destination. Les gens somnolent, s'occupent et s'accommodent. Un homme jeune deux rangs non loin, dissimule mal son amusement d'échapper au déjeuner prévu avec belle-maman. Son allégresse me divertit qui exaspère sa femme.

De l'accident préalable il ne sera plus question. On peut juste espérer que personne ne fut blessé.

[photo : in situ ou peu après de l'arrêt à Angers]

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