Ce décembre à franchir
Et heureusement un seul vieux con

Autruches

aujourd'hui, non loin de Fontainebleau

Le wi-fi des champs étant indéniablement plus lent que le wi-fi des villes, photo et billet ultérieurement.

Comme un pense-bête, en somme.

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J'aurais tant aimé te l'écrire, directement adressé et que tu le lises, même sans nécessairement prendre le temps de répondre. Tu serais sans doute en partance. Je le sens comme ça. 

Mais ça t'aurait fait plaisir de me lire (je sais ce n'est plus le cas, voilà pourquoi j'écris ici et non pas chez toi).

Pour le ciné-club tu es au courant. J'avais même proposé à ton homme une intervention, il y a un paquet d'années de cela. La technicité de son métier aurait intéressé les passionnés que nous sommes. Ç'aurait de plus été l'occasion de passer tous ensemble un week-end formidable. Ton plus jeune fils et le mien se seraient bien marrés. Nous leur savons des points communs.

Ça ne s'était pas fait. C'est à présent doublement inenvisageable. Tu as disparu et le ciné-club ne va pas tarder à en faire autant.

Pour le reste, je ne crois pas t'avoir déjà parlé de Montmachoux. Je suis sensible au magnétisme des lieux comme à celui des gens. Aux dimensions cachées derrières les apparences de notre bon vieux 3D + instants t défilants toujours en sens unique. A tout ce qui voisine la quanticité.

Alors c'était comme ça, depuis 22 ans que je connais le coin sous prétexte de ciné qui sert de prétexte à de jolies balades, le village voisin but parfait de nos promenades.

Jadis j'y entraînais facilement mes amis : des vélos étaient en libre-service sur notre lieu de villégiature et Montmachoux à 5 km pour une balade à bicyclette, offrait une distance parfaite. Il y eu ensuite le temps des bébés : difficile en poussettes de pousser jusque-là.

Les vélos disparurent au gré des réorganisations successives.

Il fallut aller à pied. Ce fut fait souvent seule. Parfois en embarquant sauvagement qui aurait souhaité moins longtemps cheminer.

Une fois sous la pluie en pensant à Florence Aubenas et son compagnon d'infortune (mars 2005). Une fois en connaissant le bonheur de voir enfin l'église ouverte.P6020087 

(juin 2007).

C'était pour une noce. Entre la sortie de celle-ci et la fermeture des lieux, brièvement je m'étais glissée, navrée de n'être pas capable de la moindre prière (ou plutôt : de la moindre croyance en la moindre prière puisque je connais par coeur quoiqu'en néerlandais le Notre Père des catholiques).

Rare fois de ma vie, avec celles des morts où j'en eus le regret. Au petit miracle de cet accès enfin offert, comme une récompense à tant de pélerinages, aurait peut-être répondu celui de ta réapparition.

J'étais attirée par ce gros bourg étrange, comme vide d'habitants (se réfugiaient-ils chez eux à notre approche ?) et totalement dépourvu de commerce (pas même la traditionnelle épicerie-bar-tabac ; ni non plus de boulangerie ni trace qu'autrefois il y en eût), d'école active, de lieu de vie commune.

Non, seulement une mairie aux heures parcimonieuses. Des ânes, quelques chevaux et ... les fameuses autruches.

Alors once in a while, des touristes pour les voir. Et le chemin qu'on expliquait.

Ce ne fut que longtemps après mes premières visites, à ce village fantôme au demeurant si pimpant, après notre rencontre mais avant l'écriture, te l'avais-je avoué, que regardant par hasard un soir tard Arte, j'étais tombée sur un documentaire biographique concernant Patricia Highsmith, dont un des livres "People who knock on the door" m'a sauvée en 1983 du chagrin de premier amour, qu'une image avait appelé mon attention.

Montmachoux ?

Et la voix off qui annonçait qu'elle y avait habité.

Depuis je rends encore plus fidèlement visite aux autruches.

C'est que la Suisse est un peu loin.

[photo 1 : les autruches, samedi 6 décembre 2008 ; photo 2 : l'église, 2 juin 2007]


billet écrit le 7 décembre 2008, vers 22 heures et peu à peu.

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