In excelsis deo (1)
Là où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté

Esquisse de tentative d'épuisement d'un lieu inexistant : la motivation

A la mi-matinée, sans quitter ma cuisine, ni même ma chaise sauf pour prendre un café

 

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Depuis le temps que je m'y refusais, j'ai fini par céder.

      


Il aura fallu pour ça plusieurs échanges de mails avec un ami qui le découvrait mais dont la vie professionnelle y justifie la présence, un billet chez François Bon (et un second (re)découvert par ricochet), et que je sois à la fois en double deuil (2) et en congés.

Un immense besoin de me changer les idées.

Et du temps un peu mou puisque je m'étais prescrit pour reprendre des forces, et comme personne ne m'a invitée à aucun bref séjour romantique à Lisbonne, Venise, Florence, Londres ou Berlin (3), une petite journée Finzi-Contini urgente et nécessaire.

C'était donc le moment idéal pour craquer et cesser de répondre à qui me sollicitait, que Non, pas facebook, non, et que j'avais déjà un myspace, un fotolog, deux flickr, une collection de blogs thématisés, un twitter, et des participations dans un blog touristique en anglais, les petits cailloux et ricochets de Kozlika, et le petit journal du tiers-livre.

Sans parler d'une inscription sur copains d'avant (qui m'a permis, je dois l'avouer, de belles retrouvailles).

 


Pour vivre heureux vivons cachés démultipliés, mais n'empêche il y a des limites. Surtout pour quelqu'un dont certaines journées se déroulent hors de toute connexion et qui ne parvient plus à faire le tri en rentrant parmi les vrais messages, les pénibles publicités et les sollicitations bienvenues ou non.

S'ajoute à mes réticences que le monde des réseaux à l'anglo-saxone m'est profondément étranger. J'ai des amis, des vrais, dans la vie concrète et déplore le peu de temps à leur consacrer (4). Ce n'est donc pas pour leur en voler encore davantage, ni non plus à ma (petite) famille.

Ceux qui me manquent ou m'ont manqué, sont des bien-aimés, morts, disparus ou perdus de vue et les personnes ne sont en rien interchangeables. Des nouveaux venus sont venus et viendront, que j'espère être encore capable d'aimer aussi fort, mais jamais ils ne remplaceront ; il s'agit d'affection, pas d'organisation.

La rudesse des rapports humains sur les lieux de travail, m'a appris à disjoindre autant que possible liens affectifs et professionnels. La confusion entretenue dans le monde entrepreneurial entre "amis", clients, connaissances, hiérarchiques et grouillots égaux, tourne toujours à l'avantage des mêmes.

L'amour et l'amitié m'ont mise en danger. Je sais pourtant que j'y repiquerai, que c'est dans ma nature même, je ne sais pas (sur) vivre sans aimer.

En revanche, pour la part laborieuse, sauf cas de force majeure, on ne m'y reprendra pas. J'ai fait tant et tant et tant d'heures supplémentaires gratuites, non compensées après, et par ailleurs de secrets bénévolats, heureux et volontaires, mais pour me retrouver ensuite seule face à mes fins de mois, que la leçon finalement s'est inscrite en moi.

Ces réseaux sociaux virtuels propagent la confusion avec application. Je m'en méfie donc.

Seulement tout le monde s'y rend. Chacun pour l'une ou l'autre raison. Et si l'on ne veut pas se couper de qui l'on fréquentait, on finit bien par suivre.

C'est le syndrome du troquet vidé que renforce l'attraction de l'humain pour la nouveauté : vous avez vos habitudes dans un café charmant, pas nécessairement beau, ni fort achalandé. Mais vous tissez des liens à force avec vos commensaux et les uns et les autres vous devenez réguliers.

Puis ouvre à peine plus loin un bel établissement, spacieux, reluisant, la musique à fond, un prix plus élevé, mais admirez le confort. Et un ou deux commensent à y aller. Et qui en entraînent d'autres.

Vous les aimiez bien les copains. N'avez pas envie de ne plus les voir. Leurs rires, surtout, viennent à vous manquer. Et cette solidarité qu'entre vous il y avait. Alors un jour vous franchissez aussi le seuil du lieu à la mode, mal à l'aise à cause du bruit et d'un vague sentiment d'avoir lâché les siens, ceux qui tenaient le vieux troquet, mais soulagés des retrouvailles. Et déjà d'elles joyeux.

N'empêche je vous préviens, si la musique me casse les oreilles et que le Picon Bière est au prix du bourbon, je ne viendrai pas si souvent.

   


(1) Oui, bon, je sais le titre, mais c'était plus fort que moi.

(2) On peut être chagrinés même quand les personnes concernées n'étaient pas de nos proches.

(3) Remarquez, Sienne, je dirais pas non.

(4) Depuis quelle sombre éternité n'ai-je plus invité personne le samedi à dîner, moi qui aimais tant cuisiner pour la fête.

 


[photo : cette idée, sans arrêt, du monde entier à portée sans même bouger]

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