Là où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté
La belle bataille du bâtard (second du nom)

C'est loin Courcouronnes (6 mois et 7 jours)

Ce matin, de ma boîte à lettres et livres à la cuisine

 

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Réveillée par un rêve qui déjà travaillait, je me suis jetée sur l'ordinateur sans même prendre le temps d'isoler mon petit-déjeuner.

Une matinée de travail comme peu sont favorables. Reste le doute, toujours solide, d'être sur le bon ou un mauvais chemin. Mais des obstacles se sont calmés dans la direction où j'allais.

Je ne consens à faire une pause qu'à réception d'un message qui me rappelle ainsi qu'il est temps de répondre, à lui ainsi qu'aux autres.

Il ne porte hélas pas de fort bonnes nouvelles, même si aucune catastrophe n'est annoncée là. Je me sens si impuissante, malgré moi trop loin pour être de vrai secours et malheureuse de l'être. Sans doute que quelque chose m'indique au fond de moi, qu'il s'en faudrait de peu pour que ça ne soit pas le cas.

L'impuissance, celle-là sans espoir, se combine à une forme de colère (1), à la lecture des billets de Pierre Assouline (Toute une vie à l'encan) et de François Bon (Le gâchis Gracq). Seulement simple lectrice, je ne sais pas dire mieux qu'eux combien ça me fait mal, cette dispersion qui semble inéluctable et dont on suit mois après mois la progression avec l'envie de hurler Arrêtez ça, mais arrêtez. Logique folle du monde marchand et d'une absence de descendants.

Je ne suis ni mystique, ni adepte d'aucun rite, mais quelque chose de très profond m'appelle au respect de nos frères humains morts et qu'il porte pour nous autres la sauvegarde de la suite (2). D'un type qui étalerait sa vie pour gagner en notoriété, je ne me soucierai guère, mais comment peut-on à ce point violer, même à titre posthume, l'intimité d'un des plus grands discrets ? Et l'offrir aux plus riches qui pourront s'en vanter ?

Puisse parmi eux exister de vrais admirateurs de celui qui est mort. Puisse la BNF se montrer à la hauteur du leg des manuscrits.

 

(1) (pour Hélène) : comme quoi j'en éprouve parfois
(2) Pour l'instant c'est mal barré.

 

Vite, quelques tâches concrètes, il ne faut pas sombrer. Depuis trois ans, je n'ai que trop pleuré. S'apitoyer ne sert pas.

Je m'en vais chercher le courrier, celui de sur la terre, de la vieille poste de papier. Une invitation aux lundi modernité ON/OFF du Rond Point m'y attend. J'ai rarement le temps de m'y rendre mais leur existence même n'est pas sans réconfort. Je lis aussitôt l'intitulé et qui concerne mai 68.

Ah tiens, curieux de prolonger le thème jusqu'en octobre, belle originalité.  Et puis je vois la date concernée : lundi 2 juin 2008.

Je n'irai donc pas ; mais regarde la date d'envoi : 23 avril 2008. Et le lieu : Courcouronnes (Essonne). J'ignorais que la banlieue sud fût si loin de la mienne.

Quel étape de l'acheminement a bien pu donc coincer ? A quel petit miracle dois-je cependant cette réception ?

Et le chagrin que j'avais ces jours-ci, à force de travail structuré, tenu à bonne distance en profite pour s'insinuer, se glisser dans la faille à nouveau mouvante. Qui sait si avant de d'écarter ses jours des miens, Wytejczk ne m'avait pas écrit ? Qui sait si son refus de me parler ensuite ne venait pas d'une explication déjà fournie ? Et jamais reçue.

J'avale au plus vite un poème d'Hélène Dorion d'un recueil qu'un libraire efficace de Grenoble m'a fait parvenir, livre  qui accompagnait le courrier délayé, complète la médication par une citation fraîche cueillie dont la V.O. me verrait ravie, et décide d'aller sans plus tarder danser.

   


[photo : le courrier réel si tardivement reçu]

merci à Pascale Arguedas (pour Hélène Dorion), Pierre Assouline, François Bon et Francis Dannemark, ainsi qu'au facteur scrupuleux qui s'est appliqué sans honte à rattraper le retard cumulé.

Petit addenda du samedi 1er novembre milieu de matinée : Il s'agit sans doute encore d'un sortilège ; voilà qu'à présent c'est la messagerie qui me délivre avec application quelques mots qui me furent envoyés ... mercredi dernier. Je suis, je le confesse, une répondeuse au rythme aléatoire, mais si l'opérateur lui-même y ajoute son délai, me voici mal barrée. Se demander du coup si une ou deux réponses attendues et non reçues sont ou non volontaires. Devrais-je téléphoner ?


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