Et les mains, du mohair de Roumanie ?
Où étais-je donc pendant tout ce temps ?

Pour le cas où j'oublierais

Il y a un quart d'heure, en rentrant

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Depuis plus de deux ans que mon pas est défaillant, parce que le sol n'y est plus vraiment, que j'ai appris à ne plus compter sur les gens, et vis en me posant perpétuellement la question de mon utilité, j'ai pu néanmoins conserver une conscience de mes grands privilèges.


J'ai à boire (et même parfois quelques breuvages à faire pâlir d'envie jusqu'aux dieux de l'Olympe), à manger.

Quand je tombe malade, je peux me faire soigner.

Si j'ai froid c'est que mon thermostat intime est assez détraqué : car je vis en ville et peu dehors l'hiver, dans une contrée que le gulf stream (mais pour combien de temps encore ?) tempère, dispose du chauffage central, suis très rarement contrainte de me tenir dehors quand il gèle. De plus je possède à force d'achats erratiques sous le coup de nécessités d'affaiblissement en déplacements, d'une collection de pull-overs et cache-nez à faire pâlir d'envie un top modèle du pôle (nord ou sud, au chaud choix) ou un policier suédois (1).

Je dors dans un lit confortable. Quand je n'y suis pas c'est par choix.

Enfin, et j'en suis fière car venant d'où ça ne se fait pas j'ai bataillé pour celui-là : je mène une vie culturelle de rêve à tous points de vue ; ainsi, grâce aux ami(e)s qu'une vie sociale qui, fors l'absence de Wyjteczk, me va.

Je sais que je ne suis pas la seule qui morfle dans sa part affective et pas la seule à demeurer consciente des chances qu'on a.
L'année 2008 est impitoyable, j'ignore pourquoi, mais parmi les personnes que j'aime pas moins de cinq sont dans le dur en ce moment de ce point de vue-là (2). Que ceux qui nous lisent ne s'y méprennent pas : ce n'est pas parce qu'on pleure qu'on perd notion de ça.

Le chagrin de ces deuils étranges (3) et qui font qu'on vacille, ne nous égare pas.

Seulement voilà, tout à l'heure en rentrant de la bibliothèque (fermée pour cause d'horaire estival : il fait tellement un temps (météo) de plus tard dans l'année que je n'avais pas pensé aux spécificités de la période d'été), et alors que depuis une semaine je me fatigue d'un internet intermittent et que nous subissons dans l'immeuble des pannes de courant à répétition (4), devant une porte voisine, une camionnette
"urgence oxygène médical".

Que le courant, chez moi, soit absent m'a soudain semblé de très peu d'importance. Je n'ai pas besoin pour ma respiration d'un appareil qui en utilise. Je peux marcher à ma guise (et me cogner à volonté) dans notre couloir devenu sombre (5). J'ai cette chance inouïe d'être entière et autonome. Mon ordinateur est dépendant. Pas moi.

Je peux même, avant la nuit, lire un livre. Ou le lire à la bougie (où les ai-je mises ?).

Soudain soulagée de la tension morose et matérielle qui m'habitait (que vais-je faire ce soir, à dîner, ou faire tout court, si le courant repart ou ne revient pas, quand pourrais-je lancer une lessive et qu'elle passe en entier) je suis remontée d'un élan grave, mais plus léger.

Par l'escalier.


(1) Je ne m'en vante pas, et tente d'être prévoyante, mais encore tout récemment, après une matinée normande de pluie et de vent, et bien que pourvue d'un équipement qui pour du mauvais août aurait dû suffire, je me suis trouvée à faire l'acquisition d'une deuxième épaisseur censément plus chaude.
On a cru l'hiver dernier trouver une cause physiologique à ce dysfonctionnement, mais le traitement entrepris n'a rien donné, rien.
Il serait urgent que je tombe amoureuse et de quelqu'un qui m'aimerait et ne se contente pas de m'utiliser en attendant Brad Pitt ou entre deux plus jolies dulcinées.

(2) Inutile de chercher qui, certains bloguent d'autres pas ; chaque histoire possède sa particularité. Mon cas personnel n'est pas dramatique, j'en suis le seul enjeu. Et quelques travails (potentiels) qui n'auront pas lieu.

(3) car on le sait, ils n'en sont pas (si personne n'a perdu la vie).

(4) Un lien de cause à effet n'est pas à exclure.

(5) car sans fenêtre.

[photo : in situ]

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