Où étais-je donc pendant tout ce temps ?
La voix (ferroviaire) de Guy Carlier

Partielle amnésie

dans Paris, vite fait, d'un cyber-endroit

Je l'avais déjà constaté pour des choses plus légères : les coups "mentaux" successifs encaissés entre le 29 septembre 2005 et le 17 février 2006 ont en moi laissé des traces, ou plutôt des creux, de même que la dizaine de jours euphorique d'après le 12 juin 2005.

Je retrouve ainsi des vêtements que j'avais en ce début d'été achetés, moi qui à part des pulls pour cause de trop froid en acquière plutôt peu ; des chaussures aussi. Et dont il ne me reste plus aucun souvenir de l'avoir fait. Juste celui de la période. Je ne marchais plus j'avançais au dessus du sol, dans une apesanteur nano-locale issue de l'intense soulagement de deux libérations espérées si fort.

Ces trous ont sans doute contribué à mon sentiment de culpabilité après quelque disparition pour moi si mystérieuse. Mais une panne finalement providentielle de l'ordinateur que j'avais jusqu'à fin 2006 et la récupération miraculeuse de données que j'avais pour certaines effacées (1), le fait que l'on communiquait essentiellement par mail et que des moments de présence physique et de deux brefs coups de fil je me souviens fort bien (et qu'il n'y en eu pas d'autres que ma mémoire aurait blanchis) m'a permis de vérifier que non, je n'avais à aucun moment commis des mots inacceptables fors la tristesse que fin 2005 j'exprimais.

Mon travail personnel, dieu ou son absence merci, n'a pas morflé. J'ai juste la (bonne) surprise quand je fait du rangement de disques durs ou de feuilles imprimées, de retrouver parfois un texte ou un autre moins mauvais que ce que je ne croyais, ou des traces de mes contributions plus nombreuses que dans l'idée que j'en avais. Mais le souvenir de les avoir émis, lui, était resté.

Des vides plus gênants concernant l'autre travail me font souffrir cruellement, depuis le printemps 2006, je suis obligée de réapprendre ce que pourtant je savais. Comme si les octets de cervelle où ils étaient mémorisés s'étaient trouvés cramés. Je renoue aujourd'hui au gré d'une urgence avec une tâche que je n'avais pas croisée depuis l'automne 2003. J'en retrouve la trace dans différents stockages de systèmes informatiques. Et c'était bien moi qui en fus chargée. Ici et là c'est signé. Et je reconnais même ma manière de programmer.
Mais il n'en reste rien sous mon crâne. Un rien total, un rien tout blanc, pas même une trace brumeuse, il n'y a plus d'informaticien au numéro que vous avez demandé.

Le boulot sera fait, grâce à mes archives correctement tenues je vais pouvoir reconstituer ce qui est demandé. Je mettrais (à peine) plus de temps que si ma mémoire était restée.

Seulement une part de moi est morte, qui ne reviendra plus. Quoi qu'il advienne. Désormais je le sais.
C'est probablement pour ça qu'à ce point je suis perdue et que ça continue.  Par moments du fonctionnement quotidien,  même en n'étant pas  atteinte d'autres choses que la tristesse et  le  chagrin, je tombe dans des vides  que les arrachements combinés  ont laissés.   

Et je reste pour l'instant sans piste de secours ni réelle solution.

Il ne faudrait jamais dire ou agir sans penser aux conséquences de nos paroles ou nos actes sur autrui. Certaines sont irréversibles et sans proportion avec le bref confort, le soulagement temporaire,  l'allègement,  visé  ou ressenti par ceux qui les ont provoquées. Et quand quelque chose ne va pas, il faudrait le dire à mesure, sans attendre un moment où le cumul d'un ensemble de griefs ou déceptions ou que sait-on, nous fera manger le mur des adieux que l'une des personnes n'aura pas même eu le temps d'entrevoir, qui du KO subi ne reviendra jamais, vraiment ou tout à fait.


(1) parce que je ne peux pas tout garder et qu'aussi quand tout va bien, un message anodin, pour confirmer un rendez-vous déjà établi, ou souhaiter en deux mots brefs car on est tous pressés un bon courage pour une semaine qui se confirme chargée, je ne les gardais pas ou pas exprès. Seulement quand l'expéditeur par la suite disparaît par décès réel ou sentiments assassinés, ils prennent une tout autre importance.

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