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Avant qu'il ne soit trop tard

Tout à l'heure, à Montmartre

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Une maison de Montmartre m'a semblé être moi, en tout cas dans le même sale état. Et qui me souffle, contrairement à ce qui m'a plus ou moins tenue jusque-là que qui s'est enfui en partant a arraché un pan trop grand, endommagé trop violemment les murs porteurs pour que je puisse me reconstruire seule.

Il est grand temps aussi que je cesse de peser sur mes amis. D'ailleurs je le ressens qui n'ai rien pu dire de ma deshérence intime à qui m'accompagnait. Et c'était mieux ainsi. Je n'en peux plus de plomber ceux qui ont eu l'inouï mérite de rester.

Grand temps que je trouve une solution.
Avant qu'il ne soit trop tard, et que je ne m'effondre au prix d'autres victimes et qui n'y sont pour rien.

[photo : près du restaurant "Il fratello" dans un coin calme de Montmartre]



Page cent vingt-trois lignes six à dix

Au normal de moi, je n'aime pas trop les chaînes, à moins toutefois qu'elles ne soient l'occasion d'une bonne pinte de rire, où que quelque chose de particulier fasse qu'on s'y trouve émus.

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Mais celle-là parle de livres, je la lis chez un ami 

et qui a le bon goût de la laisser en liberté "à qui veut",

et puis j'ai peur que mes billets à venir (les suites des Tornades) soient si plombants que par égard pour ceux qui viennent lire, je ne les écrirai qu'au compte-goutte, entre d'autres sujets moins durs,

peur que celui qui me venait après avoir en vélib joué les matadors esquiveurs de voitures, soit trop flippant pour qui lirait si toutefois je détaillais, non pas tant les faits en eux même (une voiture quelques mètres devant moi en vélo sur la part descendante de l'avenue de Clichy et dont le conducteur décide soudain que ça serait si bien de faire un demi-tour sans prévenir personne), que mon absence de toute frayeur comme si je n'attendais que la première occasion extérieure pour rejoindre le spectre qui depuis le 17 février 2006 me fait office d'ombre. Les gens ont crié, mais mon coeur trop calme n'a pas battu plus fort. J'ai fait ce qu'il fallait pour qu'on ne puisse pas me reprocher de ne pas m'en tirer. Cette fois-ci ça a marché.

peur si je me laisse aller à écrire ce qui vient, variations pour un chagrin, d'être profondément injuste avec un doux et bon début de soirée pendant lequel grâce à quelqu'un que j'aime et dont j'admire le travail je n'ai pas vu le temps passer ni subi les pensées sombres.

peur, enfin, de manquer une occasion rêvée de rendre hommage à un livre  (1) qui, reçu ce matin, me tient avec bonheur.

La sixième ligne de la page 123, chapite XIV "Vestiaires", s'y ouvre sur la citation d'un bulletin d'information RNUR n°67 :

" [...] douches :
"On peut dire que cette politique a porté ses fruits (...)
Cet ensemble forme un total de :
Vestiaires : 27 677 places
Douches :  1 406 cabines

[...]" "

Je comptais expliquer un peu mieux mais finalement cette présentation purement numérotée présente un petit caractère de mystère qui peut donner envie.

En plus de tout le reste, du style au sujet, au récit lui-même, j'aime l'alternance des chapitres personnels et de ceux qui documentent. Le travail d'écriture ainsi prend tout son sens, quand il serait si facile de racoler avec une scène de séparation du lundi au quai d'une gare (ou bien du dimanche soir).

(1) Martine Sonnet, "Atelier 62"
(ed. Le temps qu'il fait)

[photo : ma table de cuisine et de travail il y a un instant, dont le livre que j'ai ensuite ouvert]


Retour à la case départ sans passer par la prison et sans toucher 20000 (ou le contraire)

ici et tout à l'heure

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Comment savoir ce qui m'aura le plus minée, entre l'absence persistante de Wytejczk, et de n'en point trouver de nouvelles en rentrant, même indirectes et par nos amis communs, le léger détour par une maison-témoin, l'électricité coupée comme suite à une manip foireuse et secrète de l'époux, le frigo consécutivement moisi (1), et l'eau chaude absente, le gaz coupé aussi, mais cette fois suite à des travaux dans l'immeuble, l'un dans l'autre pas de dîner, ce que Stéphanot, stoïque, a bravement encaissé, l'internet un temps mis en danger (suite de la suite de la coupure intempestive d'électricité), ou la confirmation par son absence que j'avais bel et bien égaré un bouquin dans le train du trajet aller (2) ou enfin une douleur irréductible au côté droit dont je vais bien finir par croire qu'elle est liée au chagrin, mais j'ai un moment regretté le point final peu ou trop glorieux auquel j'avais échappé plus de deux ans plus tôt.
J'en aurais presque maudit Philippe Besson à qui je dois pourtant ce jour-là  d'avoir eu la vie sauve.
   

Et puis il y avait du courrier postal, dont la petite Fifi (son nom en français), le programme (alléchant) du Méliès de Montreuil, un CD de Lilium commandé grâce à KMS (3), du courrier électronique dont trois messages de Belgique qui me laissent espérer une douce fin du mois, une amie à présente à Paris, le livre retrouvé sur le net à pas cher, deux autres qui m'attendent à la poste (on dirait) et les Misérables qu'avec Stéphanot soirs après soirs on se lit (4).

Alors une fois de plus la vie a repris. Mais combien de temps vais-je encore tenir si je ne parviens ni à obtenir le fin mot de l'énigme qui a dévasté ma vie quand j'étais déjà mal d'autres difficultés, ni à tourner la page en m'en passant ?
Où trouver la force de continuer durablement quand on a été considérée par  quatre des cinq personnes  qu'on croyait les plus  proches comme une poupée de chiffon  jetable et remplaçable  au premier signe d'usure ?
Au nom de quoi continuer à lutter quand on est celle de trop ?
Alors qu'avec le travail qui m'attend si je dois m'en sortir, il me faudrait au contraire une foi à soulever des montagnes un cheval.

Quelle force ? Et comment ?   


[photo personnelle extraite de la carte postale reçue - incapable de lire la V.O. des petits caractères imprimés, je ne sais pas créditer l'auteur du dessin original, mais je peux dire au moins que le personnage suédois en Italie s'appelait Pippi Calzelunghe -]


(1) Je tiens à préciser qu'il l'a nettoyé lui-même sans que j'aie à le lui demander.
(2) Ce qui chez moi est signe que ça ne va vraiment, mais alors vraiment pas.
(3) Je suis vieux jeu sur peu de choses mais les CD si, et c'est entre autre parce qu'élevée au temps des 33 tours, j'aime les pochettes et les livrets.
(4) Apparemment, ce Victor Hugo-là est la lecture formidable de l'été.


Vive les vacances

Ces jours-ci, connectés, mais à mon goût trop peu

   

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On aura connu mieux comme vacances ou congés, et pire aussi, quand diverses maladies frappaient.

Nous maîtrisons à fond l'art de la baignade par temps tourbillonnant, celui de l'internet et ses secours possibles (1), j'ai du travail, du bon.
Mais les nuits en dortoir sous un toit venteux, sur des matelas de 40 ans d'âge, et l'occupation à 4 d'un une-pièce cuisine, même grande, ont épuisé leurs charmes. 

La radio, ça ne date pas d'hier, est même difficile à capter. Ce papier retrouvé en rangeant et datant du temps où j'écoutais Inter, l'atteste.

Nous boycottons activement les J.O. (facile : pas de télé).

Pourvue aujourd'hui d'un temps de connexion un peu plus confortable, je m'aperçois que quelque chose (2) a dû se produire en Géorgie, ou s'y produit encore. Pour quelqu'un comme moi, amarinée aux infos en flux dans ma vie quotidienne fors aux jours d'usine, il est difficile de se sentir à ce point en dehors du temps, du monde et des miens, voire en dehors de la vie-même

 

Je suis quelqu'un que désormais trop de calme gêne pour travailler. J'avance quand même, mais si lentement.

Loin de la ville où la multitude noie le possible erratique de nos comportements, la volatilisation de Wytejczk paraît plus insensée qu'elle ne le fut sans doute.

Il me faudrait pour oublier, enfin ("," optionnelle à placer où bon vous semble) un voyage d'aventure, ou de (re)découverte, pas un arrêt aux stands, garage de charme dans un lieu calme, connu par coeur (3), où seul le vent survient.

La cité me manque, multicolore, polluée, violente mais qui tient chaud et vit si fort qu'elle entraîne qui s'y sent délaissé.

Mes amis sont trop loin. Tous.

Stéphanot souffre aussi de l'absence des siens.


Sans confiance, plus de repos réparateur possible. Alors autant bouger. Sans trop (s'at)tarder.



(1) billlet ultérieur si ça peut, il m'est en effet difficile de le rédiger là où j'ai trouvé finalement refuge efficace.

(2) de grave

(3) La région, entre Coutances, Carentan et Carteret, est fort belle, accueillante, on y fait bonne chère, et je la conseillerai à qui ne connaît pas. J'ai hélas à présent le sentiment d'en connaître chaque brindille, et toutes les vaches par leur prénom. Quand en plus la mer se refuse ou se fait compliquée ...

[photo : petit papier retrouvé, loin de France Inter même]


En léger différé (comme pour les J.O.)

La nuit dernière, en plein Paris

Cimg9548 suite du billet dés que possible

Il est plus tard que minuit mais pas encore une heure, j’ai enfourché un solide vélib en sortant du Paris Carnet


Enfin, solide, je croyais, parce que vers Répu, la selle qui semblait parfaitement réglée et fixe se met à ne plus l’être autant, ce qui n’est pas trop dangereux mais fort désagréable.

Je récapitule les bornes 25 (1) où je pourrais éventuellement poser l’engin voire changer de monture, choisis ma station fétiche, celle où il m’est parfois arrivé de trouver un vélib et un seul et juste à bonne hauteur, celle où prenant un vélo j’ai croisé un soir et échangé quelques mots avec un certain Robert que j’aime beaucoup (mais n’ai plus revu depuis, comme si cette fois-là comptait double) et y file en danseuse.

Le souci technique n’est que secondaire, j’ajuste le serrement d’écrou, tire la bobinette et la chevillette se replie avec une force parfaite, ne m’aperçois qu’après qu’il fait étrangement sombre et que la seule lumière provient des Grands Boulevards et non pas de la rue perpendiculaire où la station se trouve.

J’y vois bien assez pour trouver mon chemin, celui de remonter vers ma petite banlieue, mais c’est bizarre tout ce noir. Préfiguration de ce qui m’attend chez moi le lendemain (2) ?

Un camion imposant barre pour partie la rue. Des hommes en sortent des câbles, il y a un ronronnement, quelques passants peu nombreux à cette heure s’attardent, des silhouettes à leur fenêtre. Mon habitude citadine des aléas, accidents et encombrements, m’a conditionnée à deux choses en pareille circonstance : ne pas s’attarder sauf à pouvoir être utile, à la fois pour ne pas gêner et sait-on jamais, pour éviter la proximité directe avec un inutile danger ; je passe donc rapidement, et mon rapidement d’après Stéphanot serait assez rapide.

Persiste cependant l’impression d’oublier quelque chose. Il m’est déjà arrivé de semer un vêtement qui était déposé sans précautions suffisantes dans le panier. Alors je stoppe et regarde en arrière, pourtant persuadée qu’au départ je n’y avais cette fois rien laissé.

Le camion et quelques véhicules dont sa masse empêche un passage fluide, me bouchent la vue vers le bas de la rue, mais le fait même de regarder organise un « Replay » de mes récents instants.

A une fenêtre, vers l’amont, n’aurais-je pas entrevu Wyjteczk ?

Me revient très précisément, une silhouette appuyée sur la rambarde et qui se penchait vers l’emplacement de l’engin présent pour dépannage, comme pour tenter de comprendre, voir ce qu’il en était. Mais elle avait un catogan, et m’a-t-il semblé les cheveux grisonnants. A moins que mon ami n’ait pris un coup-de-vieux ou ne se soit laissé pousser les cheveux (ça ferait donc si longtemps sans s’être vraiment revus ?), quelque chose ne colle pas. La silhouette pourtant ...

L’immeuble était bien le sien, je n’y pensais plus guère mais mon « film » est précis. Il l’est aussi pour l’altitude, 3ème, mais c’est là ma mémoire qui défaille : j’ai si souvent montée ces marches (3) le coeur léger à la perspective de bons moments partagés que j’en ai effacé le nombre d’étages ; j’allais au bon endroit en pilote automatique et comme guidée par qui m’attendait. Je sais désormais juste que c’était moins de 6 sinon m’accompagneraient probablement des réminiscences d’essoufflements.

 

Je suis tentée de revenir sur mes roues afin d’en avoir le coeur net, mais ma capacité de fonctionner à retardement tel le petit personnage de dessins animés qui passé la falaise continue à marcher avant plus tard de se rendre compte qu’il n’a plus rien sous ses pieds et irrémédiablement tomber, jointe à celle de pédaler avec énergie, font que je suis déjà loin. La rue est à sens unique ; et la personne, qui qu’elle soit, sortie pour voir ce qui survenait où si le courant (le camion, bleu sombre, portait une estampille EDF) est sans doute déjà retournée à l’intérieur. Elle ne comptait sans doute pas passer la nuit sur son balcon dans l’attente improbable du passage de quelqu’un qu’elle ne souhaitait pas voir ; qui plus est dans le noir le plus absolu qu’on puisse imaginer pour une rue parisienne (4).

 

Encore indécise, un peu floue, je reprends mon chemin, rapidement occupée par un itinéraire que des travaux détournent. Les rares voitures mais qui se croient seules, requièrent toute mon attention.

 

C’est en imprimant mon ticket d’après trajet, histoire de vérifier sa durée et comme pour en marquer la tangibilité – j’ai peut-être eu une imagination, mais le chemin j’aurais ainsi une preuve de l’avoir fait -, que m’assaille la pensée

Mais alors il serait donc à Paris ? Et en ce moment-même ?

Ce pourrait-il qu’enfin on se parle ?

Redevenue réaliste, je rentre coucher mon impuissance et ma perplexité. A se rediffuser, le film de cet instant où j’ai cru l’entrevoir perd de sa précision.

N’en reste plus qu’une question d’étage, un camion bleu sombre et ce curieux catogan, qu’il me paraît désormais étrange d’avoir vu si avec tant de précision.

 
La Guinness était (trop) bonne. Peut-être. Effectivement.

 

(1) Encore un billet vaguement ébauché et non écrit : par force de l’habitude je connais désormais de façon assez précise les bornes et stations vélib situées à 25 minutes de celles qui voisinent chez moi et m’assurent ainsi un retour gratuit, sauf en cas de méforme marquée.

(2) une coupure générale de courant, celle-là dûment prévue, qui fait que ce billet sera lui aussi en léger différé

(3) Il existait un ascenseur mais par un de ses mystères copropriétal dont Paris a le secret, l’accès en était protégé et privé. Du coup j’ai toujours préféré monter à pieds.

(4) C’est-à-dire quand même bien un peu orangé.

 

[photo : in Paris by night, august, rues désertes et en travaux]


Tornades intérieures (mais pas que ça) - partie 2 - Eugène

SUITE DU BILLET PRECEDENT


Pour rentrer chez soi, il faut ce lieu-là. Sinon ça complique. Eugène était bien parti pour le faire, mais voilà, il a beau être arrivé au bon endroit, finissant à pied car le quartier, ce qu'il en reste était bouclé, il ne trouve plus "chez soi". Là où était la maison, s'aplatit un fatras. 
Il est dans un cauchemar, je fais un cauchemar, là, tente-t-il encore de penser.
Il trouve quand même qu'il y a beaucoup de figurants (pompiers, gendarmes ou policiers, quelques photographes aussi ...) pour un cauchemar. Je fais un cauchemar à gros budget.
Il profite d'un affairement soudain vers le bout de la rue, on aurait sous des décombre retrouvé quelqu'un, pour se glisser dans, dans le quelque chose qui hier encore répondait au sens du mot "jardin". De la maison des voisins ne reste plus qu'un mur, où sont intactes chaque chose qui y étaient fixées, ici une applique, à côté une photo de mariage, d'un aïeul, d'un bébé, là quelques étagères, 3 CD, deux modèles réduits d'Antoine à hauteur de chambre. Antoine, bon sang, le petit.

- Ils sont tous morts cherchez pas.

C'est une des voisines de la rue d'en face. Elle vient tout juste de se matérialiser à ses côtés. Bel et bien un cauchemar donc. Dans la vie, la vraie, la téléportation ça n'existe pas.

La voisine du cauchemar parle. Et parle. Elle n'arrête pas, elle ne peut plus. Un ouragan, une tornade, 3 minutes pas plus, et puis tout est détruit (c'est ce qu'elle dit).

- Ils étaient dans leur cave, qu'elle précise sans qu'il n'ait rien demandé, c'est pas des caves solides, c'est pas comme autrefois que ça f'sait des abris, là ils se sont tout pris en dessus, j'ai vu les pompiers quand ils les ont retirés.


Elle parle de sa maison à elle qui n'a même plus de toit mais où le reste est resté, mais qu'elle n'a pas le droit d'y entrer.
Ce cauchemar est vraiment parfait, il pense à tout. Eugène se demande s'il n'est pas encore à la pêche, tombé du bateau, en train de se noyer, et qu'au lieu de revoir sa vie comme il paraît qu'on fait quand la mort vient, il serait en train de voir sa propre fin ; l'effacement de sa maison ne serait que le sien.
La voix voisine se fait diffuse, elle ne se rend pas compte qu'il ne l'écoute plus. Il se rapproche de là où il croyait habiter.

C'était bien là que j'habitais ?
L'accordéon. Son accordéon, celui des bals d'antan, et qu'il accompagnait. Celui du temps de sa chère Josette. Il reste le clavier, une bretelle, et puis le reste, tout le reste, à partir du soufflet a été arraché.
Il attrape l'objet, très consistant pour une chose de songe, et cherche le bout manquant.
Il reconnaît ici où là des éclats de "chez-soi". C'était bien la peine que je garde ça, s'avoue-t-il devant quelques reliques de Josette ou de leur fils Philippe, mort vers sa cinquantaine, c'était pas dans l'ordre ça.

- Ne restez pas là, la zone est dangereuse. Vous reviendrez si vous voulez dés qu'elle sera sécurisée. C'était chez vous ?

 

Le gendarme n'est pas rude, même poli malgré que son visage est crayeux d'épuisement.
Eugène marmonne oui puis s'éloigne à grand pas. Si ce cauchemar est cohérent il devrait retrouver sa voiture avant la fin de sa noyade. Pourquoi Marcel ne le ratrappe-t-il pas ?

- Marcel !
- Vous cherchez quelqu'un ?
demande un jeune secouriste en levant les yeux de là où avec d'autres il fouillait.
- Non, pardon, je ... pardon ...
et Eugène ne dit plus rien, de toutes façons l'autre a repris ses fouilles et puis il vient de repérer sa voiture, exactement là où il l'avait posée. Le cauchemar a bonne mémoire.

 

Il balance l'extrait d'accordéon qu'il s'aperçoit avoir gardé, sur le siège avant, côté passager et démarre droit vers le bois.
En fait le bois n'y est pas.
N'y est plus. Des brisures d'arbres. Un épouvantable enchevêtrement. Mais il est un peu à l'écart. Et il n'y a personne. Vite, sortir de là puisque Marcel ne le fait pas.
Si je suis bien en train de me noyer, pourquoi je ne ressens pas l'eau ? Pourquoi j'ai l'impression de respirer ?
Dans son coffre Eugène attrape le fusil, dans la boîte à gant les cartouches, de toutes façons s'il est bien en train de mourir, la prochaine saison de chasse, il ne la fera pas. Et si c'est juste un vrai cauchemar, en sortir au plus vite. On se réveille en sursaut à l'instant où le choc survient.

Au moment d'enfoncer le canon dans sa bouche, Eugène regarde une dernière fois vers la petite ville quand elle se tenait. Mais elle n'y est pas, ou plus vraiment. Davantage de girophares, presque, que de maisons. Même les immeubles ne sont plus qu'en vagues pans, ou rapetissés.

 

C'est le pire cauchemar que j'aie jamais fait.

En sortir, vite.






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Tornades intérieures (mais pas que ça) - partie 1

Comme ce qui suit n'est pas de la réalité sauf une bribe, issue de ma propre expérience, c'est sans date ni lieu précis.

 

Eugène revient de la côte. Une belle partie de pêche qu'il s'est faite avec Marcel, mais bon une très sale météo était annoncée il valait mieux rentrer. Bizarre quand même que les Lefèvre  n'aient pas répondu quand il a téléphoné. Il a croisé Félicia juste quand il s'en allait et elle lui a dit qu'ils ne bougeaient pas ces jours-ci, qu'ils réaménageaient leur cave. Encore des qui vont en profiter pour faire une pièce en bas. Mais bon, ça, Eugène ça le regarde pas. Quand même le gamin, le petit Antoine, il aurait dû répondre, lui, toujours scotché à sa télé ou aux jeux vidéo, c'est certain qu'il aura pas bougé, encore plus s'il fait pas beau. Bizarre aussi ce message quand il a réessayé "Par suite d'encombrements, nous ne pouvons ...". Encombrements du téléphone, en plein mois d'août ?

   


Laurence est heureuse que Denis l'ait invitée chez eux juste pour ce week-end. Elle va enfin pouvoir revoir Pascale qui travaille dans sa région en ce moment. Ça fait plus d'un mois qu'elles ne se sont pas vues, et encore, la dernière fois c'était lors d'une soirée entre amis, elles n'ont pas trop pu parler. Bizarre quand même que Pascale n'ait pas répondu à ses derniers messages. Quand à l'automne François avait failli quitter Laurence, c'était déjà un peu étrange que Pascale n'ait pas réagi. Bon d'accord, elle était pendant deux semaines en déplacement en Russie, mais quand même c'était étrange, pas un seul mot, pas même un texto, rien. Et quand Violette leur fille était tombée malade, alors que la petite, elle l'aimait bien, rien non plus. Bizarre aussi. D'accord, Pascale travaille tout le temps trop. Mais n'empêche, ça l'aurait fait changer à ce point-là, d'arrêter de fumer ?

   

Marine se sent un peu nerveuse. Elle a beau habiter depuis si longtemps l'Italie, elle ne comprend pas tout de certains tracas administratifs. Et puis être convoquée chez les carabinieri, elle n'aime pas ça. En France dans sa vie d'avant, elle avait fait pas mal de prison, une erreur de jeunesse, des amis qu'elle avait aidés. Il parait qu'elle aurait dû les dénoncer.  Elle ne regrette pas  de ne l'avoir pas fait.  Elle l'a payé cher, et puis oui, bon, là, elle n'aime pas ça, bizarre quand même cette convocation des carabiniers. Sa voiture est vieille, elle le sait, mais elle a passé tous les contrôles techniques. Que veulent-ils vérifier ? Bizarre aussi qu'au téléphone à ce point on ne lui ait rien dit. Pourvu que ça ne traîne pas trop, elle doit aller chercher Sarah à l'école. Et la petite qui avant-hier a pris froid et semblait bien enrhumée ce matin. Elle n'avait pas de fièvre, mais si jamais elle doit poireauter dehors, en plus qu'elle va s'inquiéter. Même si elle lui a dit qu'elle avait une démarche à faire, bon, ce serait bien quand même qu'à 4 heures elle soit là. Ils ont dit quoi au téléphone quand ils ont expliqué hier qu'il fallait qu'elle passe aujourd'hui à 15 heures, que ça n'attendrait pas ?

      


Anders est inquiet. Il voit bien malgré la brume que l'aspect du goulet qui les attend plus bas a changé. Il ne voit plus non plus les cordes qu'ils avaient soigneusement laissées. Une autre expédition aura pu les utiliser mais pas les emporter. Bizarre qu'elles aient disparu. Le chef d'équipe des sherpas est bien silencieux aussi, lui qui était si volubile en montée quand les conditions le permettaient. On dirait qu'il est inquiet. La conversation avec l'expédition Coréenne a semblée un peu brêve à Anders, quand ils se sont mis d'accord avec eux pour sécuriser le passage et faciliter leur descente à tous. Est-ce qu'il ne lui aurait pas tout transmis ? Il semblait pourtant franc-jeu comme gars. Sur quoi auraient-ils divergé qu'il n'a pas osé lui confier ? Bizarre aussi, l'étranglement en bas, il lui manque un des surplombs on dirait. Le froid est pire que les autres fois, il faudrait passer avant la nuit.  Quand même, qu'est-ce qu'ils ont bien pu dire ces types de Corée ?

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Cyrano a de l'avenir (Ma clétroigé - mésaventures induites - 2)

série : On n'arrête pas le progrès.

tout à l'heure, dans ma cuisine

M'étant donc malgré les sages conseils de Nicolas Vanbremeersch équipée d'une clétroigé en vue de vacances probablement peu connectées, mais que je ne souhaite pas pour autant vivre coupée du monde, d'autant plus que j'appelle toujours de mes voeux certaines réapparitions, j'ai décidé de ne pas pour autant plomber les finances familiales, incurablement faibles (1). Il me faut donc m'organiser pour n'utiliser l'internet qu'aux moments optimaux, sans non plus risquer de passer à côté d'une (bonne) nouvelle cruciale par trop d'attente entre deux connections.

Afin d'optimiser mon coefficient interêt d'établir une connexion / fréquence de celles-ci 
(zut il manque un mot en faux-anglais pour faire vraiment task force dans cette phrase), j'ai consenti à remettre en service une option qui me fut d'un grand secours lors de ma période militante (2) et qui m'alerte d'un texto quand certains mails me parviennent. 

Par exemple de mon banquier ou de mon banquier (3).

Pour la période militante, j'avais ainsi donné toutes priorités aux mails dont l'intitulé serait "libérés" ou "enfin libres" ou expédiés par Wytejczk que son métier de coursier rendait susceptible d'être averti parmi les premiers.

Charge à moi par la suite de filer vers le cybercafé le plus proche, ou d'allumer mon ordinateur afin de pouvoir prendre connaissance de l'entière communication. Non sans parfois d'amères déceptions, parce que si c'est pour lire "enfin libres les prix des livres", ça ne serait pas vraiment l'occasion d'éprouver un bonheur sauvage.

Je cherche donc à reprogrammer cette fort utile option fournie par mon opérateur de téléphonie et d'internet, et m'en vais crapahuter vers les zones rarement explorées SMS, offres MMS, ou alertes SMS de son portail d'accès, à la recherche du mot "gérez vos" qu'à l'ordinaire je déteste mais que je serais ravie pour une fois de dénicher dans un maquis d'offres clignotantes.

Je tombe soudain sur une option "SMS d'amour". Je n'en ai hélas plus l'usage et quand bien même je n'ai pas besoin d'un radioguidage pour en composer, je suis encore capable d'écrire sinon d'éprouver, mais il faut croire que je suis restée curieuse de ceux qu'on ne m'envoie pas, alors j'y clique voir. On me propose délicieusement d'envoyer des textos exclusifs et originaux (sic), que je pourrais choisir parmi des contenus (sic) rédigés par "les meilleurs écrivains contemporains" (je n'invente rien).

On peut alors choisir la situation (de "comme je t'aime" à "tu sais quoi, c'est fini") et ce qu'on veut entre "flatter son orgueil", "rattraper une panne" (4), "dire je t'aime" (ah, quand même), et un énigmatique "donner des souvenirs".

Cette étape franchie on peut accéder à une page de chiffrage de notre état d'esprit,

de "Un peu" pour le radin qui ne voudra y laisser que 0,60 euros et n'enverra qu'un seul SMS industriel.

à un très beaucoup (ce n'est pas le terme réel employé) probablement destiné à lasser entièrement l'objet de nos désirs qui recevra 10 SMS éventuellement "tous le même jour". L'option "très beaucoup" n'est pas pour Harpagon ni les amoureux miséreux, elle va quand même chercher dans les 25 anciennes balles.

Enfin, on accède au saint-graal des messages. Je me sens soulagée de constater qu'aucune de mes mauvaises fréquentations ne participe à ce complot, tout en me disant que j'ignore totalement si ces Cyranos ultra-modernes touchent des dividendes sur les amours à la rescousse desquelles leurs citations seront allées.

Je me demande aussi si la signature est ou non amovible, mais n'ayant personne avec qui tester le procédé sans me fourrer dans une situation potentiellement et doublement compromettante, je ne saurais jamais si les cupidonnés matois pourront ou non aller jusqu'à tricher et emprunter sans vergogne les mots de David, Benjamin ou Tatiana.

En attendant, tenez-le vous pour dit, il y a bien un avantage à tomber amoureux de quelqu'un qui fait métier d'écrivain, s'il vous envoie un texto, ça sera peut-être un vrai, ou bien une citation honnêtement sortie de sa propre cervelle. L'époque n'est certes pas à l'authenticité, mais quelque chose me dit que la durée et la qualité de la relation pourraient n'être pas tout à fait étrangères à l'absence de recours à de mécaniques subterfuges.

Un détail cependant m'a un peu consolée, c'est que les cases "vous êtes" [choisissez] et "vous vous adressez à" [choisissez"], permettent toutes les combinaisons possibles sans la moindre discrimination, sauf si vous êtes un poisson rouge, un éléphant ou une vache à moutarde.   

J'en ai oublié de poursuivre ma mise au point d'alertes. Je crois que je me contenterai de consulter ma messagerie électronique quand bon me plaira, à l'aide de mes bonnes vieilles artisanales facultés de transmission de pensées ou leur rationnelle absence. Faillibles et si humaines.

Issues du coeur et non du portefeuille. Tendrement foireuses et absolument personnelles.

PS : Hé les copains, si vous avez besoin, je vous secourirai d'une vraie lettre, pour le modeste prix d'un Picon Bière, que tellement elle sera belle à la fois Brad Pitt et Angelina Jolie vous tomberont dans les bras.

Comment ça je casse le marché ?

 

PS' : Pardon pour tous ceux et celles qui auront reçu récemment un inoubliable "Je suis lié à toi comme la neige à l'hiver, comme l'étoile à son soleil" (5) et qui soudain se sentent tout dévalorisés par le moins d'un euro que ça coûtait parce qu'ils ne l'auront reçu qu'une seule fois.



(1) J'en entends qui m'objectent que je n'avais qu'à pas choisir de travailler moins pour gagner moins, mais bon quand je travaillais plus je gagnais pas tripette et des ennuis de santé (aux soins de plus en plus déremboursés) en plus. J'ai donc choisi de travailler moins pour gagner pas tripette divisée par deux et me consacrer à mon vrai travail où je ne gagnerai sans doute jamais rien après avoir fait gagner pas mal à certains, donc finalement je travaille moins pour travailler beaucoup plus et gagner beaucoup moins. Ceux qui ont suivi se disent, mais elle est complètement conne.
Si je ne tombe pas gravement malade, ou cassée par accident, je leur donne rendez-vous au prochain miracle. On boira du Port Ellen ;-) .
Et là ceux qui s'y connaissent en whiskies se disent, mais elle est folle.   
Les uns et les autres non sans raison.

Comment ça, je suis complètement à contre-courant de l'air du temps ?

(2) J'ai une sorte de tendance naturelle à faire partie de comités de défense de causes plus ou moins perdues et de personnes en détresse.

(3) C'est un exemple, hein. De toutes façons personne n'y croyait.

(4) Seule option qui à mes yeux pourrait justifier le recours à ces faux messages, je veux bien croire qu'il y ait des moments où l'on se sent si en dessous qu'on ne se croie même plus capable de composer un court message.

(5) C'est d'Yves Simon, dans une chanson peut-être (?)

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Cruelle et tendre (sélection)

en fin d'après midi, au bord du lit

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Les jours de vacances, du moins d'être ailleurs que chez moi avec mon ordinateur et auprès des miens seront si tout va bien au nombre de 11.

Je dois effectuer dés ce soir ma sélection car mes bagages partent tout à l'heure en voiture et je suivrai en train dans quelques jours, si possible avec bien du boulot de dépoté et l'appart enfin un peu rangé.

Un premier tri rapide quoique crève-coeur m'en jette 26 sur le lit, + "Le club des cinq joue et gagne", l'intégrale de Cortazar en Quarto et "Irina Poignet" de Philippe Blasband au Castor Astral, qui ont sauté trop tard pour être sur la photo. Sans compter la correspondance du Grand-Cousin Arthur, qui est mon De Chevet Principal depuis janvier.

Sur la photo figure aussi un intrus pour faire rire, un livre déjà lu mais repris en main hier pour une vérification et une belle promesse de suite de lecture et qui deviendra un livre quand elle sera grande.

Finalement mon sac comportera 11 livres et une fois sur place je lirai probablement tout autre chose à moins que les deux journaux ou la correspondance emportée et que je savoure jusqu'ici au compte-goutte et en dégustation ne prennent l'ascendant sur tout le reste et que plus rien ne parvienne à m'émouvoir que ceux-là.

Et je pense que le "Journal de Virginia Woolf" je me le gaverai, malgré son poids, à trimballer en train. J'ai mal supporté d'en être séparée à La Rochelle, puis plus récemment lors d'un week-end chez des amis. Ne prenez pas ça pour ce que ça n'est pas, c'est juste de la solitude et que son fantôme est l'un des rares à savoir apaiser.

[photo : in situ lors de la première sélection]

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