Interlude
A votre place j'hésiterai

Un spectateur attentif

lundi soir, Bastille, opéra

Pict0002billet écrit en dormant et non relu


C'est parce qu'il avait une voix très grave et qui vibrait même en chuchotement, parce qu'il a parlé en italien, ce qui inévitablement me fait dresser l'oreille,

que j'ai entendu ce commentaire d'un spectateur qui devait être deux ou trois rangs derrière moi, et qui en gratifiait son voisin peu avant la fin de la première partie (soit après presque 1 h 20 de spectacle)

- Ma e una donna quel' Roméo li. (1)

Ça va que je venais pas trop longtemps auparavant d'être émue aux larmes par l'air des lampions [à remplacer par le vrai nom lorsqu'il fera jour], et que je craignais d'indisposer ceux qui m'accompagnaient et de leur faire honte, parce que le fou rire n'est pas passé loin.

Il faut dire que la Roméotte, si on ne pouvait rien reprocher à sa voix, montrait autant de tendresse physique envers sa Juliette qu'une poule l'aurait fait d'un dentier.
Au point plusieurs fois de me donner envie d'en rire alors que la scène jouée aurait dû m'émouvoir. Limite "style genre" (2) j'ai peur de passer pour une gouine si je le fais trop bien.
(Hé, m'dame, t'étais payée pour ça !)

Perplexité également en entendant ce couple âgé et qui devisait en s'en retournant une fois finie la représentation :
- Ça fait du bien d'entendre un ténor à l'ancienne.
La perplexité portant et sur le rôle et sur l'expression (que peut bien être un "ténor à l'ancienne" ? Il émet des crachotements comme sur les vieux disques noirs ?).

Et pour une fois (pour la première fois) une mise en scène de Robert Carsen ne m'a pas conquise.
Elle manquait d'allant, de capes et d'épées agitées plus précisément qu'en ralentis laborieux dans un décor rouge sombre et minimaliste.

Bref, ç'eût pu être torride, émouvant, sensuel, un tantinet subversif, ce fut scolaire et appliqué, rien à dire, rien. ( Ah si : belles voix (c'est quand même important, à l'opéra)).

Ou bien était-ce moi qui n'y étais trop pas ?

Restera le souvenir des mains du chef d'orchestre. Un bonheur de ballet et de suggestions effleurées à en rêver d'être au choix dans l'orchestre ou (plus tard) dans ses bras.




(1) traduc approx : Mais c'est une femme, ce Roméo là !
(2) ça se dit plus, je sais (note à l'attention de mes enfants)

[photo : pas terrible oui je sais]

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