Le pire jeu de mots que j'aie jamais fait (à ce jour)
G a

La montre est un téléphone

[billet non relu]

hier soir, puis aujourd'hui, juste au bord de Paris

Enfant du siècle passé, j'ai grandi précisément au moment où certains repères s'estompaient. Dans mon milieu d'origine, la religion disparaissait, on persistait encore à marquer quelques étapes mais plus personne n'y croyait.
Je parle de la religion catholique, les autres n'avaient pas droit de cité où tellement à la marge qu'elles étaient assimilées au Rien des athées.
Pourtant la mixité d'origine existait mais les plus récents arrivants se faisaient des plus discrets, aux cantines scolaires ou d'entreprise les menus étaient uniques et vendredi jour de poisson.
Peut-être parce qu'il était encore trop frais et que nos parents l'avaient vécu de près, de voir que pour une origine ou une religion on pouvait être persécutés en masse. Alors c'était profil bas. La messe traditionnelle le dimanche ou pas, binaire.

La plupart de mes camarades effectuaient encore leur communion.  Il était de bon ton, entre gosses, de présenter le tout comme une suprême corvée, à part quelques bigots extrêmes dont la chasteté supposée tenait lieu de stratégie séductive, l'attitude générale était - Tu crois quand même pas que j'y crois, non mais.


Nous qui en étions exemptés regrettions quelques jours de cours manqués avec la bénédiction générale du monde des adultes, ainsi que les mirifiques cadeaux que les communionnés (1) de retour du jour glorieux affichaient.

Les mécréants calquaient les offrandes pour enfants grandissants sur des dates d'anniversaire ou des examens. Ainsi le brevet marquait pour qui la première mobylette, pour qui la première montre, la première vraie. Ou bien c'était pour les 12 ou les 13 ans. Happy birthday.

Davantage pour les garçons que pour les filles, mais cependant, la possession d'une montre, si possible "héritée" plutôt qu'achetée (la bascule a eu lieu dans ces années là du transmis avec soin l'objet de longue histoire vers le tout commercial et qui tiendra ce que pourra) marquait le passage dans le monde des grands.

On était fini d'être un petit dés lors qu'on pouvait indiquer l'heure à qui la demandait.
Plus aucunes excuses aux retours tardifs. Le temps personnel de l'illimité d'enfant (en gros : école ou pas école) devenait minuté.

- Va donc acheter le pain, y en a pour un quart d'heure.

Je supposais jusqu'à récemment que plus rien n'avait remplacé du moins dans les classes moyennes où l'argent est compté sans faire gravement défaut, cette étape marquée.

Et puis voilà qu'en vue de nos vacances Stéphanot qui réclame si peu d'équipements dés lors qu'il a l'ordinateur, une console (pas nécessairement récente) et quelques jeux, s'est trouvé pourvu d'un téléphone portable.

A le voir l'adopter. En faire le tour, déjà l'utiliser pour rendre des services (2), je me dis que les téléfonini d'aujourd'hui sont peut-être les montres d'hier.

Avec la carte bancaire, celle qui permet les retraits plutôt que l'argent de poche qui dans le temps était (directement) confié.

Alors si tu lis par ici, bienvenu mon garçon dans le monde des plus grands. Il n'est pas merveilleux, et si souvent très rude, dangereux ; mais on peut par moment y être un peu livres libres. Et parfois amoureux, voyageur ou juste doucement heureux. Profite du bon, dés que ça peut.



(1) Je sais que ça n'est pas les communards, mais je ne sais plus le nom et je n'ai pas le temps.

(2) Il m'a un instant mais sans l'avoir fait ni rien qui précisément y ressemble, brièvement rappelé un copain de ma rue d'antan qui dans les jours qui avaient suivi son équipement horloger arrêtait les passants pour leur indiquer l'heure, tant il était heureux de pouvoir la donner.

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