quantique de précision
L'ubiquité ne suffit plus

Coin coin (Hi hi hi)

hier et ce midi, dans Paris

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Les téléphones portables, s'ils pèsent aux fictions, sont pour moi le plus souvent source de petites joies mesquines (einige Schadenfreuden (?)).

Peut-être parce qu'ils datent d'après ma désolante pseudo bonne éducation, je n'ai aucun scrupule à écouter la demi-conversation qu'on me sert ainsi parfois, puisqu'on me l'impose, ni à en rire ouvertement (un jour, je le sens j'aurais quelques ennuis), ni à certaines situations d'anthologie comme celle de la rupture (lien à retrouver sur le site VDM) que la personne apprend parce que son vis-à-vis annonce tout de go qu'elle est en cours à qui vient de l'appeler, ou du type qui en pleine rue dans Paris crie à son telefonino (et sans doute par ce biais à sa femme fort justement méfiante) "Mais puisque je te dis que j'chuis à Angoulême"), d'être très cocasses pour le ou la non-concerné(e).

En revanche leurs sonneries m'exaspèrent plus qu'elles ne me font rire.

Ainsi cette mode dont j'ai croisé un spécimen ce midi encore de la sonnerie en rires d'enfants. Il y a là pour moi quelque chose de cauchemardesque.  Je les imagine prisonniers et contraints de rire dés que se présente un appel, je ne sais pas, mais pour c'est terrifiant au lieu d'être amusant ou émouvant. Et peu importe que le gosse dont on a enregistré le rire soit ou non le bébé du propriétaire (du téléphone, j'entends).


Ou cette sonnerie en son de Donald Duck, si peu discrète et puis finalement drôle car elle émanait de la petite machine d'une dame très chic en tailleur pastel et qui s'est empressée de répondre sur un ton très professionnel.

Peut-être qu'elle travaille à Marne-la-Vallée ? (ça expliquerait le décalage).

Elle m'a soudain rappelé un Coin coin familier mais qui ne l'est plus depuis si longtemps qu'il a peut-être changé (1) et qui me plaisait bien, même si je préférais les cloches d'église qui l'avaient précédé, et une époque intermédiaire tellement chargée que la sonnerie était celle, standard, de l'opérateur.

J'ai opté de mon côté pour un truc parfaitement atonal et discret (un peu trop même : il m'arrive de ne pas l'entendre) et dont je n'ai eu conscience que plus tard qu'il ressemblait au son du petit appareil qu'avaient les parachutistes du débarquement pour tenter de se manifester à leurs collègues sans pour autant se faire repérer. Dans le fond ne suis-je pas comme eux, tombée loin de ma base et cherchant désespérément à rejoindre mes compagnons de combat sans pour autant me faire prendre par une patrouille ennemie ?

Celui de ma voisine de métro se met alors à sonner. Un dring à l'ancienne, il y a deux ans déjà repéré et qui depuis de délicieusement rétro et presque innovant est à passé à ringard (2).

Mais s'il vous plaît ne lui dites pas, c'était la plus supportable des trois.

 

(1) Songer un jour d'humour à écrire un billet sur A quoi on reconnaît de nos jours qu'on perd de vue quelqu'un (on ne sait plus s'il circule en vélib ou possède encore son propre biclou, on n'a plus le bon numéro pour son digicode, si son numéro de téléfonino n'a pas changé, on ignore comment il le fait sonner, le super restau qu'il nous avait fait connaître est désormais fermé ou a changé de cuisinier  ...).

(2) Si tant est qu'on présuppose que le but d'une sonnerie de téléfonino est d'être originale. Ce n'est pas nécessairement le cas.

[photo : chérubin du Bon Marché dont j'ai cru, lundi matin, un instant que lui aussi appelait ...]

 

billet écrit en dormant, relu ce matin vers 9 heures pardon à ceux qui auront lu la version somnambule.

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