Ma vie parallèle
Le coiffeur de ma mère

Le peintre heureux du mois d'avant

Au soir du 19 avril, à Bagnolet

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Elle m'avait conviée à venir l'écouter mais l'ignorait peut-être. Celle qui fut Holmes avant d'incarner l'énigme même. En Watson très fidèle, malgré tout j'avais obtempéré.

C'était en une de ces banlieues que j'ignore un peu, j'avais donc décidé de venir en avance afin de m'y exercer à photographier. J'avais pris soin d'arriver par le terminus de Pousse-Manette, peut-être dans l'espoir de la croiser, ou bien pour commencer par des lieux familiers.

Beaucoup de bâtiments, voués semble-t-il au remembrement, sont graphés en beauté. J'ai déjà sorti mon appareil mais ne souhaite pas me disperser. Alors je ne prends en image que ceux qui me semblent vraiment dignes d'être remarqués.

C'est alors que je m'applique sur une fresque particulièrement réussie qu'un homme que je viens de croiser s'arrête derrière moi. Concentrée sur mon travail, je n'en ai pas conscience, jusqu'au moment où retentit un petit rire léger.

Je me retourne.

Il me dit alors en anglais

- I've done this work.

Je n'ai que le temps de répondre quelque chose comme

- It's a great one et joindre à mes mots un geste admiratif international, déjà il a esquissé un élégant salut, une forme de "de rien" ou de "c'était la moindre des choses" et puis d'allégresse que je perçois dans ces pas qui l'éloignent.

La soirée me fut douce par qui m'accompagnait, mais terriblement secouante par ce que j'y entendais, je parle du spectacle, de l'un des deux qui l'ont occupée.

Quand je me sentais flancher, je repensais au peintre que ma brève attention avait rendu heureux, et que la persistance pour moi si douloureuse de ma propre existence valait au moins la peine pour eux, ceux que je croise et en sont  contents. Généralement hélas si ponctuellement.

Du peintre de Bagnolet, j'ignore encore le nom.


[photo : in situ ]

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