Ceux qui ont compté
Maman et les multinationales

Comment je ne me suis pas fait inviter à prendre le thé avec Jean-Pierre (le pauvre s'il savait)

Cet après-midi, là où je ne sais pas flâner

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Je reviens d'un des lieux amis où j'aime à trouver refuge. Il fait beau, c'est pour moi jour de congé, j'ai déjeuné en fort bonne compagnie, me suis d'ailleurs attardée et une combinaison de circonstances m'a pourvue d'un gâteau 1/2 que je transporte allègrement dans un petit carton de pâtissier. Ils  sont succulents, j'en sais quelque chose, la demi manquante c'est moi qui l'ai mangée.

Le moment partagé m'a offert bon moral, le soleil de mai complète le travail, je me surprends à rêver qu'il fait un temps parfait pour rencontrer Wytejczk, qu'il serait surpris mais pas mécontent, aurait deux courses urgentes à boucler mais me donnerait ultérieurement rendez-vous à l'Imprévu qui porte bien son nom. Qu'on reprendrait notre relation là où nous l'avions laissée, qu'il ne me parlerait de sa disparition que quelques années plus tard, mais qu'en attendant nous serions tout entiers au bonheur de nous retrouver.

Ce rêve éveillé n'est pas obsessionnel (1), il provient juste de la conversation qui précédait et évoquait un certain Robert que j'aime beaucoup lire, croisais régulièrement à l'automne dernier dans ce même quartier et n'ai plus revu depuis, ce qui semble à mon grand regret constituer un solide début d'éternité.

J'ai juste opéré un tendre glissement sur l'identité du croisé espéré.

Je n'ai d'ailleurs pas le loisir d'en profiter : j'aborde un kiosque qui aux jours de cours de danse me voit parfois cliente et manque alors de foncer dans Jean-Pierre B. qui s'en extirpait (2). Il  semble en mode "On m'a invité pour le thé mais je suis trop d'avance et j'ai peur d'importuner si j'arrive avant l'heure, alors tiens si j'achetais le journal et en prenant mon temps et puis fumer une cigarette maintenant qu'on ne fume plus dedans (3)" à moins que ça ne soit la variante "J'habite le quartier et le plombier est enfin passé, mais bon sang que c'est bruyant, je n'en peux plus, pas moyen de se concentrer, je sors prendre l'air".

La conversation qui précédait m'envoie en zone éclat de rire, que je retiens, qui se mue en sourire mais dont je crains qu'il ne puisse être interprété comme moqueur (ce qu'il n'est pas du tout, ce n'est pas celui que je croise qui me fait rire, mais l'enchaînement entre la coïncidence et sa presque prophétie), j'éprouve le besoin de dire quelque chose,

stoppe in-extremis un :

- Ah ben vous tombez mal c'est Robert que j'attendais.

réprime un facétieux, mais qui au fond est sans doute juste :

- Vous pouvez y aller, François s'impatiente.

 

évite un tentant mais en raison du demi peu hygiénique :

- Tenez, voilà les gâteaux, et mon bonjour à Mélanie.

et ne trouve la bonne réplique :

- Parlez-moi de la pluie, je vous en prie.

qu'au moment où après avoir répondu par une esquisse polie à mon sourire incontrôlé il m'a depuis plusieurs pas dépassée et tourne le coin de la rue que je viens de quitter.

Par crainte de déranger et manque de répartie acceptable voilà perdue une occasion rêvée de prendre le thé avec lui.

Ma foi tant pis (et tant mieux pour ceux qui m'auraient subie).


(1) En plus que rien n'interdit de bloguer en méthode Coué.

(2) C'est l'un de ces kiosques en décor de "typiquement parisien" auxquels les annexes (présentoirs de cartes postales, de quotidiens et légère extension) rendent l'accès peu aisé dés lors que les clients sont plus de un ou deux.

(3) Le dernier point est une extrapolation absolue, j'ignore en fait s'il fume.

 

[photo : sur zone mais en février]

 

Rappels et précisions :
 

Wytejczk est un être de fiction. Il représente la quintessence de mes chers disparus, dont deux passablement mystérieux (pas eux ou elles mais leur évanescence - ils ou elles sont en vie, n'en donnent plus signe, j'ignore pourquoi -). Au départ il n'était pas venu pour ça, et je rêve que ma vraie vie retrouvant du soleil lui offre par ricochet un rôle plus favorable. Plusieurs fois j'ai tenté d'écrire son retour peut-être dans l'idée folle de forcer un peu la main au "destin", mais les mots pour le dire venaient plats et moches comme si le courant du réel gauchissait mon espoir jusque dans sa fiction.

Pour le reste, l'anecdote est réelle, et ses préalables à un emballage près, ainsi que certain(s) prénom(s) mais pas tous, un embarrassant précédent avec Brad et Angelina m'ayant enseigné la plus grande prudence.
   

A part ça :

Recherche riche et généreux (4) et un peu fou mécène pour financer l'ouverture d'une librairie française à Brooklyn.
(Avoue, Samantdi, que mes lubies causalisées (5) elles non plus ne manquent pas d'allure :-) )

(4) Je ne suis ni jeune, ni jolie et n'ai aucune fortune. Le retour sur investissement du projet est de plus très aléatoire même si j'ai bon espoir d'avoir Paul (et Siri ?) pour clients.

(5) Celle-ci vient d'avoir appris que LA librairie française de New-York allait fermer.

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