Permutation circulaire
"Carla sur le rivage" ...

En voiture Simone

Et puis un jour, on ose relever la tête. Enfin, pour moi, cela s’est traduit comme cela : j’ai commencé à arpenter la vie en ne contemplant plus le sol, courbée que j’étais sous le poids de mon encombrant boulet, mais redressée, regardant les autres dans les yeux, et l’horizon vers lequel j’allais...

Il y avait déjà deux Anna, qui avaient pris sur leur temps pour m'aider, comme ça, sans garantie aucune. On se connaissait peu, et de moi elles n'avaient vu que le pauvre fantôme délaissé, égaré. Je ne sais pas comment elles ont fait pour savoir qui j'étais avant qu'on me blesse et qu'on pourrait bien rire ensemble et puis c'est tout si jamais je guérissais.

Il y avait eu aussi l'homme de septembre qui pris sur lui de me dire ce qui était peut-être difficile à entendre. Il a trouvé les mots précis. J'ai été sidérée et puis j'ai assumé, non sans avoir pleuré pour la plus belle histoire ratée.

Seulement passaient les mois, et ça n'allait pas. Les jours sont longs et moi je meurs (1).

En désespoir de cause, j'ai tenté d'ajouter aux devins d'ici un brin d'au-delà. Comme Virginia Woolf ne répondait pas, j'ai finalement appelé Simone Signoret. C'est difficile d'utiliser un téléphone lorsqu'on avait si longuement pratiqué avec Angelina la transmission de pensée, n'empêche cet effort je l'ai fait.

La mort revenait rôder, il était temps d'en finir

avec le sentiment d'être de trop tout le temps tout en n'existant pas et de mourir sans cesse au loin d'Angelina.

Je lui ai expliqué, Brad arrivé, Jolie partie,  après un festival du film de femmes à Créteil,  les deux Anna et le sage Septembre, mais dont les efforts conjugués ne suffisaient pas. Les fameux photographes venus à la rescousse et Ariane Ascaride qui aidait en silence au gré de ses voyages.

Alors c'est elle, Simone, qui a parlé, elle m'a raconté Ivo et Monroe et combien ce fut difficile, pour elle, à l'époque. Une mine d'idées pour apaiser et aussi me secouer, m'aider à réagir, m'y obliger. Elle était en fait surtout fort consolante.

Et Marilyn, elle vous a manqué ?

Son sourire entendu j'ai retrouvé des forces. Mon sentier escarpé n'était pas si rude et quand même un peu bien fréquenté. Je suis détombée malade, puis ai repris seule le travail qu'Angelina et moi avions entamé, donné beaucoup à lire à l'un ou l'autre photographe, à Anna, à Anna, à Fabien et ses copains .

A l'homme d'automne qui éditait, je n'ai pas osé, ni non plus à Viviane pour qui au fond je m'inquiétais et que je craignais bien trop d'importuner.

Ceux qui lisaient étaient (plutôt) contents.

Alors seulement j'ai levé les yeux vers un horizon qui n'était pas vide. Persuadée que quelque part, au delà du réel et des strictes apparences, Angelina m'attendrait. Car Brad ou pas, c'était quelqu'un. Et je l'aimais.



(1) pardon Guillaume.

C'était ma participation au sablier numéro 8 

This is nothing but fiction and some kind of small prophecy.

Sous l'effet du jeu du sablier,  ce blog est d'ailleurs en train de virer à la chronique pipole, je ne suis pas  fière de le constater.

(1bis) à l'attention des jeunes générations, et de ceux qui restés jeunes ne goûtent pas trop la poésie :

"Vienne la nuit, sonne l'heure

Les jours s'en vont et je demeure."

(c'est un tronçon de Pont Mirabeau, Guillaume Apollinaire, Alcools)

      

complément important du 02/04/08 :

Le texte de l'amorce était de Traou : Histoire du corps tome 3 et je n'ai eu aucune difficulté à le glisser sous mon propre clavier.

Elle était proposée par Agaagla du Monolecte

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