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Princesse 13, chien palmé et un petit coup de Zahir par après

Un soir, puis tout à l'heure, l'ensemble sur la ligne 13 qui ce matin ne marchait pas (bien) et puis après si


Son grand imper noir essuie les marches qu'elle descend chargée d'un sac de commissions dans chaque main. La personne qui la suit plus légèrement équipée se révèle être une soeur, cousine, ou amie qui ainsi l'interpelle :

- Ça traîne par terre ton machin !

Mais l'autre alourdie qu'elle est et bien décidé à en voir le bout de ce foutu escalier, ne réagit guère et poursuit son chemin rendu à son insu dangereux par son étrange traîne sombre. Alors la seconde insiste :

- Ça fait princesse mais quand même.

Je m'essaie à imaginer la dame pourvue d'une vraie robe de princesse, et l'effet que sur cette ligne ça ferait, un soulier de verre qui forcément tomberait à la fermeture des portes, ce train se dirige vers Asnières-Gennevilliers,  et la suite trop prévisible.

C'est à une autre sortie en reprenant la même ligne, que je croise l'homme au chien. Il ne le tient pas en laisse, mais voudrait bien le rattraper quoique l'animal ait plutôt l'air calme. A plusieurs reprises l'humain lui répète :

- Donne-moi la main !

comme s'il s'étonnait de n'être pas obéi. Et si le chien lui avait demandé en échange de remuer la queue ?

C'est un peu avant de voir l'homme au chien à mains, je manque de danser au café où j'avais lu Proust (enfin deux pages de). Il faut dire que c'était l'heure calme, et que la musique datait du meilleur des années 80, Sade Adu  qui  berça mes 20 ans et  mes premiers  pas (de danse). Seulement la lecture sied mieux à mon âge, du coup nous causons de Proust.
Effet Zahir garanti, dans mon métro du retour, la page que j'ouvre croyais-je au hasard :
"En relevant la tête, je croise mon reflet dans le miroir au dessus de la console. J'ai envie de secouer ce type, de lui dire : Mais qu'est-ce que tu essayais de nous enfumer avec ton Proust et toutes ses conneries-là ... ? Alors que tu savais ..."
(1)
Il n'est bien entendu question du bon Marcel ni avant ni après, uniquement là (ou bien plus tard).
Sinon ce ne serait-pas drôle, serait-ce ?



(1) Je ne précise par le titre, j'en ai déjà parlé et ces jours-ci il est tellement galvadé galvaudé.






Quand le marketing fait un plat (pas tout un plat mais un plat comme quand on loupe son plongeon dans la piscine)

à l'instant, juste ici

Depuis des lustres je fonctionne ainsi : quand un livre fait mon bonheur, je m'en procure plusieurs exemplaires :

- il y a le mien, celui de ma première lecture, souvent dédicacé, parfois gribouillé (je m'efforce de procéder par post-its mais de plus en plus souvent je déborde) et, si j'ai eu du mal à m'en séparer, légèrement abîmé à force de traîner dans mon sac à main à dos ; Pict0004

- il y a ceux que je prête à tout va, j'en vois qui sourient des passants qui me connaissent et savent combien je suis casse-pieds quand je juge un bouquin indispensable, limite totalitaire (C'est un des très rares cas où je donne des ordres "Lis-le !").

D'un livre dont j'attendais la sortie avec impatience, tout en me doutant un peu que d'une façon ou d'une autre je pourrais disposer légèrement à l'avance, j'avais donc fait, une fois n'est pas coutume, une préréservation dans une usine à expéditions (1), histoire de recevoir au plus vite une sorte de back-up pour le cas où un événement serait survenu, un gel amical (2), un empêchement de lire en rond et si tout allait bien et que j'avais été par ailleurs pourvue, de pouvoir vite, très vite le prêter.

Alors chapeau bas à l'usine à vente ainsi qu'à la vieille poste qui parfois se souvient que son rôle avant d'être banquier était d'acheminer colis et courrier, le livre à peine sorti, je suis dans ma cuisine et je l'ai.

Sauf que :

me voilà l'heureuse gagnante d'une sorte de loterie involontaire.

Un courrier glissé dans le volume attendu m'informe que comme j'ai fait partie des 300 premiers réservataires, j'ai droit à un exemplaire signé par l'auteur.

Je comprends fort bien l'effort de marketing, dans cette optique, l'idée est bonne, le client censé être ravi s'empressera désormais de précommander chez eux tous les livres de ses auteurs préférés.

J'imagine aussi, pour avoir vu traîner sur l'internet des exemplaires d'Harry Potter dûment signés et qui valaient plusieurs mois (années peut-être si j'avais cherché) de mon salaire, que c'est probablement un joli cadeau financier (!) qu'ils me font.
(note à moi-même : si je tombe malade dire avant trop tard à mes enfants que l'assurance-obsèque est ma bibliothèque, afin qu'ils n'en viennent pas à s'endetter pour rien)


Seulement voilà : dans mon cas, ce souci de flattage du commandant tombe complètement à plat.

- Me voilà avec un exemplaire que je ne pourrai pas prêter ; je ne prête jamais les exemplaires signés ou dédicacés, l'ai fait une fois à ma meilleure amie, pour un livre qu'il était difficile de se procurer et qu'il était intéressant qu'elle puisse le lire sans attendre. Je n'ai pratiquement plus revue l'une et plus jamais l'autre. J'aime prêter les livres sans trop compter qu'on me les rende. S'ils sont particuliers ça met comme une pression. Je vais donc être obligée d'en acheter un autre (3) ... mais certainement pas chez eux des fois que ça recommence.

- Je me vois bien dire à l'auteur, Hé tu sais pas, tu m'en as signé un deuxième à l'insu de ton plein gré.
(Konsumgesellschaft quand tu nous tiens) ;

- Et puis un livre signé par rapport à un livre dédicacé, c'est d'une froideur déchirante. Je le savais, il m'est un jour arrivé d'acquérir par mégarde un exemplaire signé d'un livre auquel j'avais participé, et c'était exactement le même effet qu'un des narrateurs de Serge Joncour dans "Combien de fois je t'aime" qui désespérant un soir tard de trouver quelqu'un à qui téléphoner sans trop déranger fini par s'appeler lui-même. Et reçoit 5 minutes après la notification de son propre appel.


Bon, c'est pas tout mais pendant ce temps je n'ai toujours pas fait le chèque de complément au libraire consciencieux et trop honnête de l'autre bout de la France qui m'a envoyé d'un petit livre qui ne se préréservait pas mais qui mérite qu'on ne le manque pas, deux exemplaires pour le prix d'un au prétexte qu'il avait mal lu ou trop vite ma commande.




(1) Je n'achète chez eux habituellement que les livres d'occasions et ceux en langues étrangères. Pour les livres neufs en français (et en italien) j'habite à Paris ou tout comme, il y a tant de bonnes et vraies librairies, et le plaisir de m'y rendre, même si le port est plus ou moins gratuit je préfère mes pieds.
Par ailleurs je n'aime pas le principe des pré-réservations - et pourtant parfois j'y cède -.

(2) et ça fait si mal de le comprendre ainsi, s'en rappeler pour plus tard si plus tard est possible.

(3) ah quel drâââââme !

[photo : le sac à main, le vrai]

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Mourir seul c'est tellement mieux (surtout pour un enfant)

En rentrant tout à l'heure de l'usine, et pas des plus vaillantes, j'avais prévu d'écrire cependant un peu ici. J'hésitais entre une anecdote amusante datant du midi même, ma participation sans arrêt différée à un deux questionnaires légers pour lesquels on m'a depuis longtemps "taggée", et un billet "à présent je range la chambre" que j'hésite beaucoup à libérer car il ne concerne pas que moi, mais peut-être qu'il faudrait, comme une dernière chance.

Avant de m'y mettre, j'ai fait le tour des blogs informatifs et de ceux des amis.
Et après avoir chez Maître Eolas lu ceci :

Pas indispensable

j'ai perdu toute nécessité d'écrire sur autre chose et capacité d'insouciance. Le fait lui-même est triste, très. Mais la teneur de certains commentaires dépasse mon entendement, qu'il s'agisse de trolls ou non.

Je mesure désormais non sans terreur rétroactive, le privilège que nous avons eus ma fille, son père et moi de pouvoir rester réunis il y a deux ans quand elle était au plus mal, à son chevet dés qu'on le pouvait, parce que tout bonnement nous étions français.
(et ma fille n'était plus une toute petite enfant).


Consolée

Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain

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Pour la première fois depuis bientôt deux ans, je suis rentrée chez moi après un jour d'usine sans pleurer ni de chagrin ni de rage ni d'épuisement ni des trois combinés.

J'avais en mon sac de quoi passer une bonne soirée.

"Bonne soirée" : ces mots pendant de longs mois n'avaient plus aucun sens. La vie sans amour ni grande amitié quand on s'est bêtement cru aimé est un truc gris et sans autres saveur que celles de moments où c'est insupportable.

Et puis il y a eu l'opéra, rien de tel qu'un bon opéra de Verdi bien mis en scène, ou la magie d'un Villazon voire même d'un flamboyant Wagner au soir d'un Noël dont on n'attendait rien, des instants d'oubli et de trêve.

Et puis surtout il y a eu les amis avec lesquels on y va, et qui n'ont peur de rien, pas de la poisse contagieuse en tout cas, celle qui fait si bien fuir les bourgeois.

Les livres et leurs serviteurs qui ont toujours été là dont certains   m'ont aidée   à mettre les mots sur ce qui m'arrivait.

L'homme de septembre par une hypothèse que je n'avais pas envisagée mais qui pourrait être la bonne, a rendu pour moi au monde une cohérence dont il manquait. Ne plus rien comprendre à rien, ne plus pouvoir faire confiance à son ombre même, rendent l'existence un rien fragile et incertaine. Grâce à lui j'ai pu reprendre en partie pied, même si me manque toujours l'explication, la vraie, celle que si du temps m'est donné j'irai chercher coûte que coûte.

 

Enfin, il y a eu Anna. Cette phrase cache un beau pluriel.

Anna F. que je ne présenterai pas. Les habitués d'ici la connaissent ; aux autres je demanderai, s'il vous plaît d'aller lire ici au moins pour commencer. Ce n'est pas parce que j'en dis peu qu'elle compte moins, c'est simplement que la seconde comme blogueuse n'est pas très influente (1).

Anna G. , illustre inconnue qui prend la peine quand quelqu'un qu'elle lit va mal et qu'elle le pige et le perçoit sans que grand-chose n'ait été dit, d'écrire et d'écrire encore pour prendre des nouvelles et encourager et réparer le mal qu'une collègue aura fait.

Anna G. qui écrit des livres magiques pour les âmes égarées dans un monde rude qui ne leur va pas, au point qu'un jour où l'autre elles sont tentées de dire aux autres Continuez sans moi, qu'on considère comme stupides parce qu'elles sont trop sensibles et qu'elles ne sont soumises ni aux démons ni aux dragons d'une société qui glorifie les requins forts et admire le mensonge, et qui s'efforce dans la mesure de ses moyens d'appliquer dans la vraie vie ce qu'elle exprime dans ses bouquins.
Anna G. qui écrit des livres mal écrits et le sait, et je vais encore pester pour ces dialogues intempestifs, ces énumérations verbales au sujet déposé  en tête de paragraphe, charge au lecteur de s'en rappeler, aux pensées intimes des personnages qui se mêlent soudain à un "il" souverain, aux points de suspension qui poussent comme chez moi la poussière, bref, un billet de blog formidable libéré sur 637 pages.

Alors pas cette nuit car pour l'instant j'écris ceci, qu'à l'aube j'irai nager  (2) et que dans l'intervalle il me faudra dormir sous peine de couler, mais sans doute la nuit d'après, je passerai un heureux moment dans un ailleurs désordonné d'apparence (mais d'apparence seulement) et réconfortant, et j'en sortirai sauvée encore pour quelques temps avec de nouveaux amis de papiers que j'aurais du mal à quitter mais qui m'accompagneront ensuite longtemps par la pensée et m'aideront à traverser la solitude désormais éprouvée.

Peut-être que même j'essaierai (mais sans y parvenir) de lire lentement pour  rendre la séparation plus tardive.  Peut-être même que j'arriverai en retard à quelques rendez-vous, plongée que je serai dans la vie de ces autres qu'elle m'aura présentés. Pardon par avance à ceux que je ferai involontairement patienter.

Pardon et aussi merci, merci madame Gavalda.

[photo : au moins un 4ème de couv. qui, comme celui des "Adolescents troglodytes" ne mentira ni de décevra quant au contenu du livre ; et ne dites pas que ce n'est pas lisible : ça l'est effectivement, comme un pur défi aux lois d'airain du marketing]

(1) cf. ce billet de Bénédicte qui éclaire le concept d'une belle lumière orangée.

(2) merci Satsuki

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Et si on allait faire un tour au grenier

dimanche soir (en plein blues du), cuisine

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Alors 10, il s'agissait de goût à associer, vu chez Kozlika et puis Samantdi. J'ai pensé tiens, un bon moyen de faire diversion sur un blues du dimanche soir particulièrement carabiné, assez pleuré, allez hop bonne idée.

Et puis chez moi ça a complètement dévié, allez savoir pourquoi (!), le goût a disparu comme chez moi le désir depuis deux longues années, et sont venus des lieux et des gens (ou leurs travails), sur le mode "je ne peux pas passer à ou devant sans penser à"  :


- la station service sur la nationale qui va vers Sens, peu après Fontainebleau et à hauteur de Montereau, et "Passer l'hiver" d'Olivier Adam ;

- la forêt de Fontainebleau, un panneau routier Avon et Katherine Mansfield ;

- Carteret et Blanchelande et la lande de Lessay et les marais de la Sangsurière et Barbey d'Aurevilly (son oeuvre d'une façon générale mais plus spécifiquement "Une vieille maîtresse" pour le premier et "L'ensorcelée" ;

- Hauteville sous toutes ses formes (rue, nom de maison, une île éventuellement) et Victor Hugo et aussi quelqu'un d'autre ;

- Charleville Mézière, Paris, Londres, Paris, Bruxelles, Paris, le Burkina Faso, Paris, Stuttgart (cherchez l'intru) et Rimbaud, l'homme avant l'oeuvre ;

- Bruxelles et Philippe Besson (mais c'est pour une ou deux mauvaises raisons, rien de (vraiment) littéraire en fait) ;

- La banlieue de Paris ou de Lyon aussi (?) un soir gris et froid d'hiver sous la pluie et Simenon (en fait Maigret plutôt que Simenon lui-même) ;

- Tout château isolé avec Rilke (à cause des élégies de Duino, I presume) ;

- Tout endroit vert, vallonné, frisquet, et maritime avec Virginia Woolf ; toute vieille imprimerie ; et hélas la moindre étendue d'eau vaseuse et brumeuse et suffisamment grande.

- "L'Enclos du temps" avec Marcel Proust ;

(et puis inévitablement une île précise avec une femme particulière, mais c'est un peu hors-jeu et d'ailleurs ça ferait onze).


Je doute fort que cette version revue et corrigée intéresse grand monde, mais si quelqu'un veut prendre la relève, surtout qu'il n'hésite pas.


[photo : entrée annexe du château de la Belle au Bois Dormant, passage du Prince Charmant (avant)]

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Feeling oddly old

hier, ailleurs

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- J'ai regardé, il est pas écrit trop petit, ça va aller.

Il est tout jeune, 15 ans à peine, beau gosse comme pas possible, accompagné par deux copains pas trop goguenards, je me dis qu'il veut offrir le livre à sa maman ou  à sa grand-mère  qui peut-être n'y voit plus très bien.

Mais il complète :

- Et puis les chapitres sont pas trop longs, le livre y a pas trop de pages, l'histoire elle a l'air bien.

Et là je comprends que le livre est pour lui et alors que je m'exclame :

 

- Mais d'habitude, "c'est pas écrit trop petit", c'est les vieux qui disent ça !


Il ne le prend pas mal mais simplement pour ce que c'est (la manifestation spontanée d'une stupéfaction) et nous explique avec candeur et patience que c'est pas question de voir (et effectivement le garçon n'a pas de lunettes et ne semble pas porter de lentilles), que c'est juste que quand c'est écrit petit
au bout de deux pages il n'en peut plus. Avec une jolie mimique pour dire Vous ne vous rendez pas compte l'effort que c'est.

L'auteur lui bichonne une dédicace engageante qu'il accompagne d'encouragements pour l'épreuve qui s'annonce et de la suggestion de donner un retour sur ce qu'il en aura pensé.

De crainte du risque de martyriser d'autres de ses lecteurs, je ne m'attarde pas

A peine auparavant alors je répondais au coin d'une allée à un texto marrant, l'humour appelant l'urgence, quatre petits gars de l'âge de Stéphanot ou un an de moins, étaient venus tout près de moi pour un motif semblable :  se mettre un instant à l'écart afin de déterminer  où aller  par la suite.

- On pourrait aller voir les fanzines.

un des quatre dit :
- C'est quoi ?

Les deux autres prennent un air à la fois entendu et embarrassé d'expliquer et se retournent vers celui qui a émis la proposition et semble décidément être le leader du petit lot préadolescents qu'ils constituent. Celui-là assume d'ailleurs fort bien, jette cependant un regard circulaire histoire de voir si aucune oreille adulte condamnante ne traîne dans les parages, me juge probablement suffisamment absorbée dans mon exercice technique, ou trop insignifiante pour m'offusquer et en tout cas pas de l'espèce prof, et dit  d'un air très grand-frère-qui-apprend-la-vie-au-petit :

- C'est des trucs érotiques (2). Tu vois, comme des mangas mais avec du sexe, quoi.

Et comme le monde est monde and boys will ever be boys, le tout nouvel informé s'exclame avec des yeux brillants :

- Ouais, alors on y va.

Et ils s'envolent vers de nouvelles et torrides aventures.

Déjà que saucés ne veut plus dire ce que ça voulait, à présent c'est fanzine qui possède un sens secret que j'ignorais, je sens qu'approche à grand pas le moment où il me faudra des lunettes pour lire quand c'est trop petit.



(1) pas pu m'empêcher, désolée Philippe, c'est sorti tout seul.

(2) En fait, c'est l'emploi de ce mot, quand même assez recherché (au même âge on aurait dit, "des trucs de cul") dans son genre qui m'a fait dresser l'oreille, jusque-là je tentais plutôt de faire abstraction de leur présence afin de taper les quelques mots que je voulais envoyer sans tarder.

[photo : Bruxelles, Foire du livre, mars 2008]


La voiture de pompier apparue

Ce soir, en rentrant

 

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Il fait toujours froid quand on se sépare, chacun de son côté il faut rentrer chez soi. Pourtant j'ai de la chance la maison n'est pas vide. C'est en moi que ça ne va pas.

Alors à peine s'est-on quitté, j'ouvre son journal édité et rejoins Hélène Berr, 65 ans après.

"C'est étrange, la pensée de Françoise se divise en deux éléments qui tour à tour sont prédominants : la pensée de sa souffrance physique et morale, et mon chagrin à moi, la sensation que j'ai perdu quelques chose de très précieux, car réellement j'ai donné toute mon affection à Françoise, et je savais qu'elle m'aimait bien. Et cet échange mutuel était une chose très douce et aussi pleine de lumière et de vie."

Et c'est justement étrange ou bien est-ce parce que mes yeux manquent d'essuies-glace (1), mais je les lève vers le paysage de la ligne 2 précisément alors que passant sur Stalingrad nous sommes à deux pas du logement d'un ami très cher.

Me revient en même temps une scène d'au même endroit il y a déjà trois ans. Après une réunion au caractère militant, Wytejczk quittant les lieux en raccompagnant M. sa compagne d'alors (2). Nous étions à la fois étreints par un chagrin commun, source de notre engagement et heureux d'un temps passé ensemble et qui nous prenait bien. Alors que le scooter démarrait, M. nous avait salué, quelques amis communs et moi-même, d'un geste affectueux, léger.

Il y avait eu ainsi un instant de grâce et d'efficacité, comme si cet élan qu'ils avaient pouvait protéger notre cause commune.

Quand je suis émue je mémorise toujours des trucs concrets et incongrus de la scène où la vie me plonge. Je me souviens d'un Notre Père en Néerlandais qui s'était imprimé durablement en ma mémoire et en entier pour l'avoir entendu lors du mariage de quelqu'un qu'a(upara)vant j'avais aimé.

Alors en ce dimanche d'après la messe une séance de ciné spécialement dédiée à ceux que nous voulions aider, j'ai retenu sans le vouloir le numéro d'immatriculation du véhicule que Wytejczk pilotait.

Qui sait s'il a toujours le même ? Etant donné son métier, s'il n'en a pas changé, ça m'étonnerait ; les kilométrages sont par trop élevés, même si l'entreprise qui l'employait prenait tout à sa charge.

Comme c'est brisant de ne pas savoir ce qui concerne d'aussi près quelqu'un qu'on a tant aimé. Je suis retournée à mon livre du soir, afin d'oublier. Il est (très) prenant, la diversion a fonctionné (3). 

 

 

(1) L'idée est de Luciole à un autre moment.

(2) L'est-elle encore, ne l'est-elle plus ? Comment savoir ?

(3) méthode semi-Coué

 

[photo : sous la ligne 6 mais plus tôt et d'autre  part]

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Poètes à charbon

Ces jours-ci dans le métro

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Ces temps derniers en France, à Paris, et jusqu'à Montauban  qu'on ne devrait jamais quitter (1) se déroule le 10 ème printemps des poètes.

Mon taux d'ubiquité étant assez faible en ce moment et bien à contre-coeur, je ne pourrais pas assister à beaucoup des événements qu'il comprend.
Mais j'ai pu me libérer pour la soirée d'ouverture. Bien m'en a pris, j'y ai retrouvé un ami.

Donc voilà, moi ces jours-ci, la tête (un peu) dans la poésie et quand elle n'y est pas, (passablement) quand même dans la dernière variante de mes tracas.

Ça tombe que bien que n'étant pas communiste (cf. par là) je considère sauf à de rares exceptions les grands panneaux de pub comme une agression à la vue et à l'âme. J'ai donc pris l'habitude de n'accorder à ceux-ci qu'un regard distrait à moins que par ailleurs monsieur Ka n'en ait parlé.

Alors en voyant le splendide 4 x 3 dont il est question ce soir chez Traou fleurir sur nos murs métropolitains, j'avais pensé sans y regarder à deux fois, Ben cette année, mazette, le printemps des poètes ils ont du budget, ça se voit que c'est un dixième anniversaire.
En même temps j'étais un peu étonnée parce que la culture, par les temps qui courent sent plutôt les cordons de la bourse l'étrangler (voyez-y des jeux de mots si vous voulez). Et puis je trouvais bien un peu le slogan décalé, mais finalement ça faisait moderne et limite romantico-choc autrement dit top tendance (2).


Vous comprendrez à l'instant en allant lire chez elle

pourquoi j'ai failli mourir dés ce soir sans attendre mon reste et glorieusement de rire.

Cela dit, j'ai beau être une humaine particulièrement dysfonctionnelle et inadaptée à ce monde-ci, je crois que leur campagne publicitaire ne doit pas être tout à fait au point si quelqu'un peut la prendre pour la réclame de tout autre chose.

Quant à moi je finis par comprendre pourquoi tôt ou tard tous ceux que j'aime finissent par déserter : entre un taux de poisse copieux et persistant, et une faculté de bécassine béatitude digne de Rantanplan, je finis tout simplement par leur faire peur et honte, sentiments pénibles qui ainsi combinés provoquent la répulsion (et ron et ron petit patapon la fermière en colère tua son p'tit chaton - vieille comptine enfantine -).   

[photo : une trace du printemps des Poètes, le vrai]

PS : mes lunettes sont bien adaptées à ma vue, vérifiée il y a relativement peu.



(1) en compagnie de Benoîte Groult, s'il vous plaît.

(2) Je sais que ça ne se dit plus mais Stéphanot étant momentanément absent je ne dispose pas de mon professeur attitré en dialecte ultra-contemporain.