Poètes à charbon
Feeling oddly old

La voiture de pompier apparue

Ce soir, en rentrant

 

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Il fait toujours froid quand on se sépare, chacun de son côté il faut rentrer chez soi. Pourtant j'ai de la chance la maison n'est pas vide. C'est en moi que ça ne va pas.

Alors à peine s'est-on quitté, j'ouvre son journal édité et rejoins Hélène Berr, 65 ans après.

"C'est étrange, la pensée de Françoise se divise en deux éléments qui tour à tour sont prédominants : la pensée de sa souffrance physique et morale, et mon chagrin à moi, la sensation que j'ai perdu quelques chose de très précieux, car réellement j'ai donné toute mon affection à Françoise, et je savais qu'elle m'aimait bien. Et cet échange mutuel était une chose très douce et aussi pleine de lumière et de vie."

Et c'est justement étrange ou bien est-ce parce que mes yeux manquent d'essuies-glace (1), mais je les lève vers le paysage de la ligne 2 précisément alors que passant sur Stalingrad nous sommes à deux pas du logement d'un ami très cher.

Me revient en même temps une scène d'au même endroit il y a déjà trois ans. Après une réunion au caractère militant, Wytejczk quittant les lieux en raccompagnant M. sa compagne d'alors (2). Nous étions à la fois étreints par un chagrin commun, source de notre engagement et heureux d'un temps passé ensemble et qui nous prenait bien. Alors que le scooter démarrait, M. nous avait salué, quelques amis communs et moi-même, d'un geste affectueux, léger.

Il y avait eu ainsi un instant de grâce et d'efficacité, comme si cet élan qu'ils avaient pouvait protéger notre cause commune.

Quand je suis émue je mémorise toujours des trucs concrets et incongrus de la scène où la vie me plonge. Je me souviens d'un Notre Père en Néerlandais qui s'était imprimé durablement en ma mémoire et en entier pour l'avoir entendu lors du mariage de quelqu'un qu'a(upara)vant j'avais aimé.

Alors en ce dimanche d'après la messe une séance de ciné spécialement dédiée à ceux que nous voulions aider, j'ai retenu sans le vouloir le numéro d'immatriculation du véhicule que Wytejczk pilotait.

Qui sait s'il a toujours le même ? Etant donné son métier, s'il n'en a pas changé, ça m'étonnerait ; les kilométrages sont par trop élevés, même si l'entreprise qui l'employait prenait tout à sa charge.

Comme c'est brisant de ne pas savoir ce qui concerne d'aussi près quelqu'un qu'on a tant aimé. Je suis retournée à mon livre du soir, afin d'oublier. Il est (très) prenant, la diversion a fonctionné (3). 

 

 

(1) L'idée est de Luciole à un autre moment.

(2) L'est-elle encore, ne l'est-elle plus ? Comment savoir ?

(3) méthode semi-Coué

 

[photo : sous la ligne 6 mais plus tôt et d'autre  part]

 

Le titre de ce billet est, comme souvent, un clin d'oeil
(lien vers le site Le vent sombre que je découvre à cette occasion)

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