La voiture de pompier apparue
Et si on allait faire un tour au grenier

Feeling oddly old

hier, ailleurs

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- J'ai regardé, il est pas écrit trop petit, ça va aller.

Il est tout jeune, 15 ans à peine, beau gosse comme pas possible, accompagné par deux copains pas trop goguenards, je me dis qu'il veut offrir le livre à sa maman ou  à sa grand-mère  qui peut-être n'y voit plus très bien.

Mais il complète :

- Et puis les chapitres sont pas trop longs, le livre y a pas trop de pages, l'histoire elle a l'air bien.

Et là je comprends que le livre est pour lui et alors que je m'exclame :

 

- Mais d'habitude, "c'est pas écrit trop petit", c'est les vieux qui disent ça !


Il ne le prend pas mal mais simplement pour ce que c'est (la manifestation spontanée d'une stupéfaction) et nous explique avec candeur et patience que c'est pas question de voir (et effectivement le garçon n'a pas de lunettes et ne semble pas porter de lentilles), que c'est juste que quand c'est écrit petit
au bout de deux pages il n'en peut plus. Avec une jolie mimique pour dire Vous ne vous rendez pas compte l'effort que c'est.

L'auteur lui bichonne une dédicace engageante qu'il accompagne d'encouragements pour l'épreuve qui s'annonce et de la suggestion de donner un retour sur ce qu'il en aura pensé.

De crainte du risque de martyriser d'autres de ses lecteurs, je ne m'attarde pas

A peine auparavant alors je répondais au coin d'une allée à un texto marrant, l'humour appelant l'urgence, quatre petits gars de l'âge de Stéphanot ou un an de moins, étaient venus tout près de moi pour un motif semblable :  se mettre un instant à l'écart afin de déterminer  où aller  par la suite.

- On pourrait aller voir les fanzines.

un des quatre dit :
- C'est quoi ?

Les deux autres prennent un air à la fois entendu et embarrassé d'expliquer et se retournent vers celui qui a émis la proposition et semble décidément être le leader du petit lot préadolescents qu'ils constituent. Celui-là assume d'ailleurs fort bien, jette cependant un regard circulaire histoire de voir si aucune oreille adulte condamnante ne traîne dans les parages, me juge probablement suffisamment absorbée dans mon exercice technique, ou trop insignifiante pour m'offusquer et en tout cas pas de l'espèce prof, et dit  d'un air très grand-frère-qui-apprend-la-vie-au-petit :

- C'est des trucs érotiques (2). Tu vois, comme des mangas mais avec du sexe, quoi.

Et comme le monde est monde and boys will ever be boys, le tout nouvel informé s'exclame avec des yeux brillants :

- Ouais, alors on y va.

Et ils s'envolent vers de nouvelles et torrides aventures.

Déjà que saucés ne veut plus dire ce que ça voulait, à présent c'est fanzine qui possède un sens secret que j'ignorais, je sens qu'approche à grand pas le moment où il me faudra des lunettes pour lire quand c'est trop petit.



(1) pas pu m'empêcher, désolée Philippe, c'est sorti tout seul.

(2) En fait, c'est l'emploi de ce mot, quand même assez recherché (au même âge on aurait dit, "des trucs de cul") dans son genre qui m'a fait dresser l'oreille, jusque-là je tentais plutôt de faire abstraction de leur présence afin de taper les quelques mots que je voulais envoyer sans tarder.

[photo : Bruxelles, Foire du livre, mars 2008]

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