Et si on allait faire un tour au grenier
Mourir seul c'est tellement mieux (surtout pour un enfant)

Consolée

Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain

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Pour la première fois depuis bientôt deux ans, je suis rentrée chez moi après un jour d'usine sans pleurer ni de chagrin ni de rage ni d'épuisement ni des trois combinés.

J'avais en mon sac de quoi passer une bonne soirée.

"Bonne soirée" : ces mots pendant de longs mois n'avaient plus aucun sens. La vie sans amour ni grande amitié quand on s'est bêtement cru aimé est un truc gris et sans autres saveur que celles de moments où c'est insupportable.

Et puis il y a eu l'opéra, rien de tel qu'un bon opéra de Verdi bien mis en scène, ou la magie d'un Villazon voire même d'un flamboyant Wagner au soir d'un Noël dont on n'attendait rien, des instants d'oubli et de trêve.

Et puis surtout il y a eu les amis avec lesquels on y va, et qui n'ont peur de rien, pas de la poisse contagieuse en tout cas, celle qui fait si bien fuir les bourgeois.

Les livres et leurs serviteurs qui ont toujours été là dont certains   m'ont aidée   à mettre les mots sur ce qui m'arrivait.

L'homme de septembre par une hypothèse que je n'avais pas envisagée mais qui pourrait être la bonne, a rendu pour moi au monde une cohérence dont il manquait. Ne plus rien comprendre à rien, ne plus pouvoir faire confiance à son ombre même, rendent l'existence un rien fragile et incertaine. Grâce à lui j'ai pu reprendre en partie pied, même si me manque toujours l'explication, la vraie, celle que si du temps m'est donné j'irai chercher coûte que coûte.

 

Enfin, il y a eu Anna. Cette phrase cache un beau pluriel.

Anna F. que je ne présenterai pas. Les habitués d'ici la connaissent ; aux autres je demanderai, s'il vous plaît d'aller lire ici au moins pour commencer. Ce n'est pas parce que j'en dis peu qu'elle compte moins, c'est simplement que la seconde comme blogueuse n'est pas très influente (1).

Anna G. , illustre inconnue qui prend la peine quand quelqu'un qu'elle lit va mal et qu'elle le pige et le perçoit sans que grand-chose n'ait été dit, d'écrire et d'écrire encore pour prendre des nouvelles et encourager et réparer le mal qu'une collègue aura fait.

Anna G. qui écrit des livres magiques pour les âmes égarées dans un monde rude qui ne leur va pas, au point qu'un jour où l'autre elles sont tentées de dire aux autres Continuez sans moi, qu'on considère comme stupides parce qu'elles sont trop sensibles et qu'elles ne sont soumises ni aux démons ni aux dragons d'une société qui glorifie les requins forts et admire le mensonge, et qui s'efforce dans la mesure de ses moyens d'appliquer dans la vraie vie ce qu'elle exprime dans ses bouquins.
Anna G. qui écrit des livres mal écrits et le sait, et je vais encore pester pour ces dialogues intempestifs, ces énumérations verbales au sujet déposé  en tête de paragraphe, charge au lecteur de s'en rappeler, aux pensées intimes des personnages qui se mêlent soudain à un "il" souverain, aux points de suspension qui poussent comme chez moi la poussière, bref, un billet de blog formidable libéré sur 637 pages.

Alors pas cette nuit car pour l'instant j'écris ceci, qu'à l'aube j'irai nager  (2) et que dans l'intervalle il me faudra dormir sous peine de couler, mais sans doute la nuit d'après, je passerai un heureux moment dans un ailleurs désordonné d'apparence (mais d'apparence seulement) et réconfortant, et j'en sortirai sauvée encore pour quelques temps avec de nouveaux amis de papiers que j'aurais du mal à quitter mais qui m'accompagneront ensuite longtemps par la pensée et m'aideront à traverser la solitude désormais éprouvée.

Peut-être que même j'essaierai (mais sans y parvenir) de lire lentement pour  rendre la séparation plus tardive.  Peut-être même que j'arriverai en retard à quelques rendez-vous, plongée que je serai dans la vie de ces autres qu'elle m'aura présentés. Pardon par avance à ceux que je ferai involontairement patienter.

Pardon et aussi merci, merci madame Gavalda.

[photo : au moins un 4ème de couv. qui, comme celui des "Adolescents troglodytes" ne mentira ni de décevra quant au contenu du livre ; et ne dites pas que ce n'est pas lisible : ça l'est effectivement, comme un pur défi aux lois d'airain du marketing]

(1) cf. ce billet de Bénédicte qui éclaire le concept d'une belle lumière orangée.

(2) merci Satsuki

 

Sans oublier par ailleurs et parce que les livres sont comme les mets on peut se régaler de plats aux saveurs différentes et y trouver grands plaisirs variés, et qu'aussi ces dames ont en commun une écriture magique et qui nous embarque (3), c'est même là qu'est leur beauté, "La chambre de Jacob" de Virginia Woolf, qu'Agnès Desarthe vient de réussir l'exploit de traduire comme si Virginia elle-même avait écrit en français.

(je pèse mes mots en le disant, le compliment n'est pas léger et ma reconnaissance profonde)

(3) J'entends par là que si les moyens et les voix sont fort différentes, l'effet de lecture n'est pas sans cousinage : on se dit quel foutoir, mais où veut-elle en venir et 3 pages plus loin on a oublié où l'on habitait, l'heure qu'il était et si nous étions l'hiver ou bien l'été. Et on se sent bien.


Enfin à l'instar de Janu, je ne peux que féliciter François Bon pour sa non-élection.


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