Playtime pour de vrai
Le patron de vos parents

L'incendie de la rue Laumain

rue Laumain, Paris Xème, avant la tombée du soir

 

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J'ai remarqué un léger attroupement, des femmes qui mi sur le trottoir mi sur la rue parlaient avec une animation accablée.

A deux pas des hommes chargeaient un break de bric et de broc comme pour un déménagement improvisé.

Alors j'ai levé le nez. Et vu l'immeuble, celui de là où la rue Laumain forme un creux et qui était tout cramé, des planches hâtivement clouées sur l'absence de fenêtres de tout un étage et un second encore.

J'étais passée là le vendredi précédent, tout était harmonieux et calme,   
et voilà qu'à présent ce charme était par un malheur détruit. C'était une rue que j'aimais emprunter quand j'ai à faire dans le quartier, c'est-à-dire plutôt souvent ces derniers temps.  Presque sans voiture entre deux artères aux tendances chargées, elle ressemble à un ailleurs. Elle ressemble à un espoir ; ou plutôt ressemblait.  Un jour, par terre et important j'y ai trouvé un papier à l'écriture familière,  les bribes d'une histoire personnelle qui cherchait  à se faire adopter pour s'inscrire dans notre monde. Je n'en ai encore rien fait mais si du temps de reste m'est accordé avec suffisamment de santé, et enfin le droit d'écrire aux heures actives, je le ferai.

Vendredi dernier , oui, tout était encore calme, et tellement harmonieux.

On pense les gens variants et les immeubles immuables sauf destruction programmée. Mais rien n'est aussi simple. Presque heureuse à la perspective d'une soirée qui promettait intéressante, même si je ne pouvais savoir à l'avance qu'elle serait bonne puisque ça dépendait de moi et d'une part de moi que je ne contrôle pas, à l'heure où réveillé par un malaise éprouvant la semaine passée, le chagrin est redevenu à fleur, vif et violent et urgent à résoudre avant la prochaine alerte ; j'avais failli sursauter au tournant de la voie si peu fréquentée qu'on peut l'estimer piétonne en découvrant le spectacle affligeant et la tristesse pudique et digne des femmes qui discutaient là et simultanément sa cause noirâtre.

L'espoir de soulagement était perdu pour ce soir, je songeais aux riverains, réveillés probablement en pleine nuit (pourquoi quand on voit les conséquences impressionnantes d'un incendie d'immeuble croit-on nécessairement qu'il fut nocturne ? Suppose-t-on à tort ou à raison que la constatation des dégâts a plus tardée qu'en journée ?), à leur peur probable que le feu se propage, à la fumée respirée, à l'angoisse d'un garçon de 11 ans s'il entendait l'agitation et de sa propre fenêtre voyait les flammes s'élever. Je songeais aux riverains et puis aux survivants (ou pas).

C'est passablement plombée que j'ai rejoint le lieu de mon rendez-vous (1). Puis l'intérêt des paroles échangées à nouveau m'a remise en selle et le bon me fut accordé.

A l'heure d'en faire un heureux récit, c'est cependant le souvenir de la façade noircie qui a repris priorité.

Hélas et tant pis.

(1) collectif, avec Oreste Sacchelli le co-auteur  du "Clown amoureux" livre sur le travail de Roberto Benigni. A La Libreria, 89 rue du Faubourg Poissonnière.

[photo : la rue Laumain ce soir, en évitant volontairement la partie détruite qui se trouve dans le creux et non l'alignement]

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