L'incendie de la rue Laumain
Le retour du Rubik's cube

Le patron de vos parents

un mardi, tôt

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Alors que nous autres les "vieilles" (entendre les adultes)  achevons notre entraînement et croisons sous la douche la garde montante des lycéennes qui font piscine en sport, il est clair que nous ne partageons elles et nous pas les mêmes motivations.

Nous avons retardé jusqu'au plus tard notre instant de sortie du bassin.
Elles ont traîné autant qu'elles pouvaient avant d'y accéder.

Nous arborons des maillots fatigués, des épilations approximatives (1), des vernissages absentés.

Elles possèdent des maillots pas encore chlorés, des peaux dont on sent que chaque millimètre est régulièrement examiné afin d'en traquer les moindres aspérités, des maquillages waterproofs (enfin, j'espère pour elles) et des petons clinquants (2).

Nous avons acquis à force de nager des corps fermes et finement musclés.

Elles cumulent les kilos ou leur absence maladive (4) comme s'il n'existait plus que mollesse ou squeletisme.

Nous savourons des douches certes sans trop de pression pour cause de soudaine affluence mais d'une température parfaite.

Elles s'ébrouent et s'effarouchent de jets (les mêmes, juste voisins) qu'à les voir on pourrait croire brûlants ou glacés.

Ce dont je me souvenais comme à leur âge un temps sportif ou de défoulement joyeux ou de corvée contrainte pour les malheureuses qui n'aimaient pas l'eau, est visiblement devenu un grand moment d'élégance et de minauderies variées.

En quittant le bassin à regret, nous avions croisé un groupe de garçons, déjà prêts à plonger.

Un peu gêné et avec à notre égard un regard d'excuse, mais parce qu'il est 8 heures 10 et que leur cours depuis 10 minutes aurait dû commencer,  leur prof de gym passe une tête à l'entrée côté pédiluve :

- Allez dépêchez-vous, vous avez 10 minutes de retard, si c'était par rapport au temps d'une journée de travail ça ferait 2 heures. Vous croyez que le patron de vos parents tolèrerait 2 heures de retard sur une journée ?

Je me penche pour ramasser à mes pieds un inutile shampoing (j'en avais déjà fait l'usage) et masquer par le mouvement le franc rire qui s'amorce.

Les jeunes filles  s'envolent comme une nuée de quelque chose qui se voudrait gracieux mais n'y réussit pas, peut-être que le manque d'appétence pour l'activité qui suit rend leurs mouvements maladroits.

Nous attendons quelques secondes de sécurité avant de laisser notre hilarité éclater. Puis de nous grouiller parce que dans le fond, le monsieur n'a pas tort : nos patrons ne nous accorderons sans doute pas l'indulgence de deux heures de retard aux matins d'entraînements.

Ça n'est pas encore aujourd'hui que je sortirai coiffée.
   


(1) ou dans mon cas une quasi-non-épilation sauvage et revendiquée ; je préfère sauver ma peau que mon apparence et puis ce qui est considéré comme joli aujourd'hui semblera peut-être pédophilique demain alors autant rester soi-même.

(2) Si quelqu'un pouvait m'expliquer quel sens ça a de se vernir les ongles des pieds et pas ceux des mains, à quelles contraintes cachées ça peut obéir (en fait j'ai peur de comprendre, je crois (3)), je veux bien.

(3) quelque chose comme ça  ? (chez Kozlika, il y a quelques temps déjà)

(4) Ce n'est hélas pas un trait d'humour, parmi ces jeunes filles très peu semblent avoir un poids qui pourrait être "leur poids de forme". Etait-ce où non un échantillon significatif de leur tranche d'âge (à vu de nez des élèves de seconde) ?, je l'ignore et espère que non.

[photo : vestiaires, reflet, janvier 2008]

 

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