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Avis de chute de livres force 4 mollissant 2 à 3 en fin de nuit

Nuit de vendredi à samedi, chambre à coucher

message personnel : Kozlika, je ne t'en voudrais pas si tu ne lis pas ce billet (les autres non plus d'ailleurs, mais disons celui-là particulièrement pas)

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J'avais bien remarqué qu'à force d'entasser sous prétexte de ranger et qu'on évite de marcher dessus, l'empilage atteignait un niveau critique.

Mais tout ce que j'avais songé à faire était ... de le photographier.

Il existe plus grande efficacité, je sais. Peut-être que je souhaitais concurrencer ce personnage d'Edgar Poe (1) qui meurt enfoui sous ses livres. Peut-être que les objets réussiraient là où l'un de leurs auteurs a échoué (2). Je n'avais aucune crainte pour les enfants, c'est un endroit de la maison où ils passent rarement.

Je me disais que les bouquins sauraient sans doute faire cet effort de tenir jusqu'au prochain dimanche pendant lequel j'espérais avoir enfin un peu de temps à consacrer à leur mieux-être et classement.

C'est juste qu'ils n'ont pas su ; que j'avais sans me rendre compte dépassé de l'équilibre les bornes, que peut-être deux d'entre eux se souvenaient d'une inimitié sauvage entre leurs créateurs, qu'une vieille rancune concurrentielle s'est entre eux réveillée alors que nous dormions.

Dans la nuit soudain un bruit de chutes combinées en cascade décalée. Pour nos voisins se fut sans aucun doute du plus bel effet.

Habituée aux nuits partagées avec un cauchemardeux de compétition, je n'ai pas bronché. Il est vrai que les livres en tombant cassent rarement fors les très vieux aux fragilités singulières, mais cette zone d'attente n'en comportait pas. Je connais mon désordre sur le bout des doigts.
C'est le cauchemardeux, courageux, qui s'est réveillé pour en ramasser, de surprise il en oublia même de maugréer.

J'ai fait par la suite quelques rêves inavouables d'un paradis perdu où ils vivent aussi en semi-liberté. Pourvue d'une besace en malheurs trop chargée, j'en fus bannie l'an passée pour m'être trop approchée d'une pome ignorée. Ceux qui avaient cette nuit tenté de bouger espéraient-ils rejoindre là-bas leurs frères ? J'aimerais en douter.

Au matin j'ai déploré n'avoir plus aucun inconnu du Milan-Paris à qui le raconter. Il aurait su avec humour et bienveillance enfin me conseiller, non sans avoir au préalable ri aux éclats de ma mésaventure. Exactement ce qu'il fallait.

A présent qu'il n'est plus, je dois faire avec ; ou plutôt sans. Et envoyer en attendant mes livres en cours du choir (3).

   

   

(1) dont j'ai hélas oublié le nom ainsi que le titre de la nouvelle concernée. D'ailleurs me vient un doute, était-ce bien d'Edgar Poe ?

Pourquoi pas Cortazar après tout ? Buzzatti aussi, aurait pu l'écrire.

(2) VPJ je tiens à préciser. Ne fera probablement rire qu'une seule personne mais bon tant pis.

(3) L'expression n'est pas de moi mais de Raymond Devos. J'abuse un peu, je sais. C'était simplement trop tentant.

[photo prémonitoire prise la veille au soir]

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Entrer dans la danse (y retourner ?)

Ce samedi, plus tard

[photo à venir : il est en effet plus facile d'écrire un texte sur un plus tard que d'en publier la photo (qui l'eût cru ?)]

[photo 1 : le lieu réel mais pris plus tard du texte imaginaire mais écrit avant - comme ça tout est clair -]

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Je suis arrivée en avance, une fois n'est pas coutume. Sombre saison où les jours sont si courts et où les heures de début de cours ressemblent à des heures de fin.

Il s'agit d'un cours de danse. J'y suis assidue car il est de qualité, et que le corps que j'habite n'est pas toujours au mieux ni très bien connecté ; je dois en permanence veiller à son entraînement pour maintenir un niveau de survie satisfaisant. Je ne suis pas née pour danser. I ain't good at it (1) mais y travailler sans renoncer me fait du bien. Je ne renonce jamais (2), l'air de rien. J'y mets parfois le temps des arbres mais je finis toujours par arriver là où il fallait.
Je sais donc à présent un peu danser alors qu'il y a vingt ans, il me fallait presque réfléchir pour marcher (c'est un pied devant l'autre, oui, je sais, mais parfois le sol se dérobe, il est inégal, les jambes sont molles et la tête tourne).

La nuit fut interrompue par une chute de livres, déjà qu'elle était courte, je décide donc de faire semblant de croire à l'effet stimulant de la caféïne et m'accorde au distributeur un pseudo-capuccino.

Dans le vague et inutile espoir d'apercevoir la pointe du Grand Rex, sans savoir le moins du monde pourquoi il pourrait être utile ou bon que je la voie, je m'appuie doucement contre la vitre qui dans le coin dédié au repos des guerriers en salle, et à la restauration d'après-l'effort-le-réconfort, et regarde vers la droite le bout visible de la rue.

Je le vois alors déboucher d'un pas rapide, venant du Grand Boulevard, filant probablement vers la rue de l'Echiquier, François, le mari d'une des absentes, un homme que j'aimais bien et qui semblait m'apprécier mais a disparu de mes jours en même temps que son épouse, ainsi que deux amies communes avec lesquelles je n'avais jamais songé à établir de lien direct puisqu'on se croisait tout naturellement lors de moments plutôt festifs et que j'aimais cette légèreté d'un gré des vents favorables.

Seulement ceux-là ont tourné, une tempête fort localisée est passée autour de moi, au calme revenu ne reste plus qu'un nouveau paysage pas si désolé que ça (loin de là), mais également un long désert là où tout était au jadis proche si parfaitement peuplé.

Au geste de salut que j'esquisse, manquant de renverser mon café (cette faculté d'oublier que je tiens en main des objets ...) et à l'appel de son prénom, il passe, impavide, hâtif, pressé.

J'en oublie ma rééducation Gavalda thérapie (3), et m'adresse mentalement à l'absente :

- C'est toi qui lui as dit de se dégrouiller comme ça ?

Entre-temps, il est loin ; je le vois tourner à l'angle de l'Echiquier.

J'aurai pour danser du mal à me concentrer. Si je suis si transparente comment pourrais-je y arriver ? Comment secouer en gestes rythmés et harmonieux une si solide inconsistance ?

Ce ne sera qu'en sortant alors que me retournant vers la devanture où deux heures plus tôt j'étais, j'en constaterai la parfaite opacité à qui est dehors et regarde vers l'intérieur, que je comprendrai qu'eût-il été très heureux de me retrouver, il n'aurait pas pu me voir et encore moins m'entendre le héler ; la vitre est épaisse et sans doute blindée.Pict0023

[photo 2 : en fait à ses yeux, j'étais une gargouille ; on fait plus séduisant (6)]

La prochaine fois, c'est décidé, en courant je sortirai pour échanger au moins quelques mots, deux ou trois nouvelles, entrevoir peut-être au détour d'une small-talk phrase (4) la révélation de l'élément manquant et qui confirmerait, infirmerait ou complèterait ce que j'ai mis 20 mois à comprendre (5).

La prochaine fois ?

Depuis quand la chance repasserait-elle deux fois les plats quand bien même ils se mangeraient froids ?

 

(1) anti-citation de Billy Elliot

(2) fors cas de force majeur, défaillance physique insurmontable ou échec irrattrapable à un examen.

(3) En lisant il y a un an "Ensemble c'est tout" avec ses passages sans transition entre narration en troisième personne et dialogues intérieurs de l'un ou l'autre des personnages, j'ai pris conscience que, contrairement à ses personnages et peut-être à la plupart des gens, je ne me parlais jamais à moi-même, mais m'adressais intérieurement toujours à quelqu'un d'autre. Ce quelqu'un peut varier, mes enfants, l'homme, des amis si les circonstances ou ce que j'apprends leur seraient intéressant(e)s, des cousins et bien sûr ces proches qui il y a deux ans m'ont si douloureusement fait défaut. J'ai compris que ma sauvegarde dépendait sans doute d'exister au moins un peu à mes propres yeux, et entamé une rééducation-Camille, sur le mode Arrête de causer silencieusement à ceux qui ne sont jamais là, parle-toi à toi puisque tu y es.

Inutile de dire qu'à part ici en l'écrivant, ça ne marche (presque) jamais.   Peut-on changer ?

(4) Toute traduc. subtile en français est la bienvenue. Le fait est que je ne trouve pas d'équivalent ( + petit private joke en passant ;-)  )

(5) ou plus exactement : à me faire expliquer.

(6) Comme quoi la réalité (la photo et la constatation ont été faite après), dépasse vraiment très souvent la fiction et parfois la taquine.

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La dédicace (fragile)

Mardi puis la semaine passée, Clichy, piscine

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billet non relu le 14/12/07 sur le coup de 19 h 15

Je fais ma crâneuse auprès de Stéphanot. Il est très difficile d'épater ce garçon, alors parfois, forcément ça me titille. Ma chance. De la tenter.

Je crois me souvenir que la seule chose qui l'ait jamais bluffé fut alors qu'il avait 8 ans de recevoir par l'intermédiaire d'une grande amie, un message personnel de Claude Ponti.

Ah et puis si, récemment, d'apparaître dans un beau livre sur le rabat des pages de couverture (par un étrange mystère adolescent les photos de l'intérieur lui ont fait moins d'effet).

Donc parfois ça me prend, j'essaie malgré tout de lui en boucher un coin.

Je n'y parviens jamais.

Mardi, j'ai encore tenté Alors mardi dernier, avec l'air de n'y pas toucher mais tellement appliqué que personne n'en est dupe :

- Tu sais Stéphanot, j'ai nagé ce matin dans la ligne voisine d'Alena Popchanka.

Je me garde bien d'ajouter qu'en crawl elle allait plus vite sans palmes que moi avec, quand on fait sa crâneuse on ne dit pas des choses comme ça.

Et puis de toutes façons il ne m'en laisse pas le temps, il éclate d'un grand rire.

Je veux bien échouer dans l'épatage tenté, en revanche je ne vois pas ce qui peut être drôle. Mon air perplexe et dépité, le pousse à s'expliquer :

- C'est Jérémy (1), c'est trop marrant.

J'attends une suite, mais il rigole tant qu'elle ne vient pas. J'esquisse un mouvement pour quitter la pièce, alors il fait entre deux hoquets de rire, l'effort de tenter quelques mots qu'il débite d'un seul trait avant qu'à nouveau l'hilarité n'ait le dessus :

- C'est Jérémy, la semaine dernière elle était là pendant qu'on s'entrainaît.

Je ne vois toujours pas le drôle du truc, ni non plus le lien entre Jérémy et Alena sauf qu'ils se sont croisés. Qu'a eu leur rencontre de comique à ce point ?

- Alors en fait elle nous a fait des dédicaces, et puis sur les serviettes aussi.

Et il repart de rire.

J'attends patiemment, même si déjà j'ai deviné.

- Mais il avait une seule serviette et il fallait bien qu'il s'essuie. Alors il a essayé d'utiliser l'autre coin, mais ça n'a pas marché, il avait froid il s'est essuyé fort ... et puis ... et puis ...

la dédicace elle est partie.

Fou rire parfait à la ressouvenance. Tenace et courageux, Stéphanot parvient à poursuivre :

Après, il avait une grande trace noire dans le dos.

   

moralité : pour les dédicaces, rien ne vaut les bouquins. Il est décidément moins facile d'être nageur qu'écrivain, et admirer les premiers n'est pas sans présenter de risque dermatologique.

(1) prénom de pure fiction et que je pique à l'un de mes chantiers en cours, dont le titre sans doute provisoire est "Jérémy, nageur" et dont le point de départ est digne d'un téléfilm pour ado. L'intérêt étant de tenter d'en faire tout autre chose.

A la demande du/des principal/ux intéressé(s) ce billet est passablement refictionalisé. N'en reste pas moins vrai que j'ai effectivement voisiné Alena Popchanka lors de mon petit entraînement de nageuse du dimanche et du mardi matin (c'était si beau à voir que j'en ai presque oublié d'avancer), et qu'une dédicace d'icelle s'est perdue au lavage à l'essuyage.

[photo : piscine de Clichy le 20/11/07 ]

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Trois absents, deux absences et un vide sans recours

Ici et maintenant

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Mon corps m'en intime l'ordre, je dois obéir, laisser tomber toute activité et nous accorder une journée hors-sol. Plus littérairement dit, une journée Finzi-Contini.

Elle consiste à se retirer dans son jardin, en ce qui me concerne et plus modestement ma chambre et ma cuisine, agrémenté si nécessaire de quelques pas au salon, éviter les informations et si possible ne rien faire.

Sinon, faire, oui, un peu, mais sans aucune contrainte ni obligation. Ecrire seulement en liberté et sans délai ni sujet imposé. Répondre aux messages légers. Ne descendre que pour vider les poubelles (1) et chercher son courrier postal. L'ouvrir uniquement si besoin est (2). Passer l'aspirateur mais sans se dire qu'il le faut. Lire. Ranger. Dormir. Manger. Peu parler.

C'est en rangeant que je suis tombée sur deux micro-mystères : un CD d'une provenance inconnue, "The bright field" de Paul Machlis, ainsi qu'une pochette-portefeuille d'un beau cuir souple et neuf quoiqu'à l'air tendrement vieilli. A l'intérieur encore les plastiques d'origine dans lesquels on est censé glisser qui son permis de conduire, qui sa carte d'identité.

Du CD, qu'au demeurant avec plaisir j'ai écouté, musique aux tonalités irlandaises, je n'ai aucun souvenir RIEN, nada, le vide total : le trou de mémoire abyssal et complet, qui m'en aurait parlé ? Où aurais-je lu quelque chose à son sujet ? Et quand (il date de 1995, ce qui ne signifie pas que je ne l'ai pas acheté beaucoup plus récemment) ? Quelqu'un me l'aurait-il offert et que je ne me le rappelle pas (horrible doute) ? L'aurais-je à un copain emprunté sans le lui rendre ?

Pour la pochette en cuir, j'ai un peu moins d'inquiétude : en juin 2005, dans l'euphorie de la libération de Florence Aubenas et Hussein Hanoun, comme par ailleurs et pour la première (?) fois de ma vie, j'avais grâce à mon père quelques fins de mois sans difficultés particulières, je me suis laissée aller à des emplettes pour moi inhabituelles et inconsidérées, vêtements et chaussures, dont j'ai retrouvé avec sidération les éléments l'été suivant après une année scolaire tellement rude qu'elle m'avait pour partie fait effet d'amnésie.

Pourquoi un accessoire de cet ordre n'aurait-il pas fait partie du lot ?

Troublée par de si complètes absences, j'ai alors décidé de (re)mettre un peu d'ordre aussi dans ma messagerie. Je rêvais sans doute qu'un indice au coin d'une phrase relue me redonne la mémoire.

Il m'arrive que des messages restent longtemps en souffrance, parce que trop intéressants pour une réponse à la va-vite, dépourvus d'éléments urgents (comme un rendez-vous à fixer) et arrivés lors d'un de ces temps de surcharge dont ma vie possède malgré moi le secret.

En effectuant ce travail ménager de tri, sauvegarde des mots pour l'instant orphelins, effacement de tous les textes publicitaires ou d'informations générales ou périmées, j'ai retrouvé ceux de mes trois absents du moment.

J'ai remarqué cette constante dans mon existence : il faut pratiquement toujours qu'il y ait trois absents.

L'un d'eux, il se reconnaîtra s'il va un peu mieux et qu'il passe par là, a pris le soin la semaine passée de m'envoyer un mail pour prévenir de son état de silence entamé quelques temps plus tôt. Il en éprouve le besoin, n'est pas fâché, ni ne nous (3) a oubliés, il a besoin de repli, de calme, de retrait. Ce n'est pas moi, qui en période sombre ne songeais jadis qu'à me réfugier à l'écart pour y panser mes plaies, jusqu'à ce qu'un jour celles-ci soient si profondes que j'ai eu besoin de l'aide d'autrui pour n'en pas mourir tout à fait, qui lui en tiendrais rigueur. J'espère seulement qu'il saura faire signe si ça se met à mal tourner.

Et j'ai hâte qu'il revienne.

L'autre est une bonne amie, d'hélas pas si longue date. Nous nous sommes rencontrées en 2006 à Saint Malo. Le genre de relation qui va de soi, et semble le faire de part et d'autre. Alors bien sûr comme tant de personnes que je connais et qui ont à combiner vies familiales, professionnelles et quelques activités, nous nous voyions peu en dehors de l'internet. Nous parlions de livres, de musique et de théâtre. Je lui dois quelques uns de mes enchantements 2006/2007 et nous partageons un éblouissement pour les Ephémères de Mnouchkine. Je l'ai revue récemment après plusieurs mois de silence de sa part. Elle était à son travail. Et n'y était pas tout-à-fait malgré les efforts qu'elle faisait. J'ai tenté de l'aider, mais mon secours, comme souvent celui de qui se sent proche mais ne l'est pas tant que ça d'un point de vue d'ancienneté ou de milieu social, ne faisait que précipiter sa souffrance (au sens chimique du terme). Je le déplore d'autant plus que l'an passé quand j'étais au plus mal, elle avait très bien su m'aider, trouver les mots, la bonne distance, m'inciter à tenir, à faire chaque jour un pas de plus qui du danger m'éloignerait.

J'espère qu'elle ira vite mieux. Elle a invoqué une déception professionnelle forte mais je crains qu'il n'y ait autre chose d'un ordre plus affectif. Je n'ai pu que lui laisser un livre. Puisse-t-il au moins un peu apaiser. Je pourrais sans doute l'aider pour son travail mais elle l'ignore et je ne peux rien invoquer qui le lui laisserait supposer, fors ce blog, mais pour beaucoup encore un blog ne compte pas. Et le travail y est généralement moins fouillé, plus en rapidité, qu'en vue d'un résultat papier.

De la troisième personne je ne peux trop parler. Je l'ai revue tout récemment, mais elle me manque cependant. Elle me manque telle qu'elle était AVANT. J'ai longtemps cru que c'était moi qui avais bougé, trop pesé et effrayé par mon coefficient troublant de coïncidences. Mais samedi dernier la question d'un ami commun, lui aussi sans nouvelles personnelles, jointe à quelques autres interrogations similaires tout au long des mois précédents de la part d'autres ami(e)s, copains, camarades, m'a laissé à comprendre que c'était peut-être d'elle-même que le souci venait.

Voilà pour les trois absents du moment. Puissent-ils ne pas le demeurer trop longtemps, ou au moins aller mieux même si au bout du compte ils décident que leur chemin est plus simple loin du mien.

Afin de calmer le manque, et m'occuper l'esprit pour chasser l'inquiétude, je vais au cinéma. J'y vois dans un documentaire un peu trop personnel (4) mais non dépourvu d'intérêts généraux, un père plutôt âgé et ses deux fils adultes, et qui parlent et se confient tout en préparant un déménagement. Quel respect mutuel dans leurs mots malgré des relations pas toujours sans nuages. Les lassitudes et impatiences n'ont sans doute pas été mont(r)ées, mais j'envie les enfants qui ont pu avoir de tels parents. Du modèle à donner confiance au lieu de perpétuellement reprocher, condamner, réprouver, du genre à avoir les moyens de laisser le choix, un père capable de conseiller à l'aîné de ses garçons quelques lectures qu'un rangement exhume.

- Je l'ai gardé pour toi, j'ai pensé qu'il t'intéresserait.

Autant les absences et les absents un jour peut-être pourront se dissoudre ou réapparaître, après tout pourquoi ne pas concéder à l'espoir un strapontin du futur proche, autant ce vide-là, celui d'un hasardeux parachutage à l'heure des chromosomes combinés, ne sera jamais comblé. 

J'ai mis très longtemps à m'en rendre compte, je me croyais dysfonctionnelle à force de réprimandes, je croyais que c'était en moi que quelque chose clochait. C'est juste que nous n'étions pas harmonisés et que j'avais soif de tout autre chose que ce qu'il pouvait m'offrir.

Les chemins de traverse ont pompé toutes mes forces, on ne cesse de m'en faire la remarque. Est-il vraiment trop tard pour enfin s'en tirer ?

(1) Hélas, même une journée Finzi-Contini n'est pas dépourvue de corvées.

(2) message personnel : La maison d'éditions Traces et trajets a bien reçu le manuscrit, et espère pouvoir si tout est calme et en bonne santé le lire dimanche.

(3) Je ne suis pas la seule concernée.

(4) A mon goût, qui n'aime pas savoir sur les personnes davantage que ce qu'elles auront choisi de m'écrire ou confier en privé.

[photo : le CD mystérieux]

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BB Brunes : Recherche Une Place Désespérément

Ceci est un message sérieux et pas du tout fictif :

Ma fille cherche une place pour le concert de BB Brunes à la Cigale le 19 décembre, qui semble complet du moins partout où nous achetons à l'ordinaire nos billets.

Si par hasard quelqu'un avait une piste, un billet de trop et qu'on pourrait racheter, une invitation dont il ne sait que faire,  ça ne serait pas de refus.

Sinon, tant pis.


La dédicace (séance de)

Ce soir, rue de Lévis

Pict0033 billet en chantier

Il y a beaucoup plus de monde qu'à l'ordinaire.

Une file d'attente qui s'étale jusqu'aux immeubles voisins.

Il y a quand même certains des habitués, ceux qui comme moi viennent par tous les auteurs et tous les temps.

Ma fidélité est certes récente et date d'une rencontre qui n'eut pas lieu (mais celle avec les libraires et leurs amis si). Mais elle s'apprête à devenir indéfectible.

Il y a celle qui arrive munie d'un bébé coupe-file, pleurant à souhait. Elle est passée en 3 minutes et avec leur accord (normal) devant tous ceux qui depuis trois quart d'heures attendaient.

Car l'auteur a eu du retard. Venu en métro, impatient de retrouvailles, il est descendu 5 stations trop tôt. J'ai pour le coup trouvé mon maître (quoique j'aurais plutôt tendance à descendre trop tard, plongée dans l'un ou l'autre bouquin de lui ou d'un autre).

Il y a celui qui est venu par devoir envers qui lui a réclamé une dédicace de l'auteur bien-aîmé. Ce mari ou amant aimant est si peu à son affaire qu'en arrivant il proclame à son téléfonino "Ça y est je suis devant la boulangerie (sic), il est là, ça a commencé."

Il y a à boire et à manger. Au sens premier.

Dehors. Je ne sens pas le froid tellement la compagnie est chaleureuse.

Il y a qu'il ne fait guère plus de zéro degrés et qu'à la fin de la soirée je ne sentirai plus rien (Ai-je encore des mains ? Où les ai-je donc égarées ?).

Il y a qu'il signe attentivement et avec un mot à chacun. "Qui suis-je ?" demande-t-il à ceux qui souhaitent pour eux-mêmes garder son dessin et ses quelques mots voisins.

Il y a celle qui achète des livres, son chien sous le coude, son manteau à poils aussi, les laisse en dépôt, dit qu'elle revient, revient (un peu plus tard mais c'est encore trop tôt), repart avec les livres, se fait rattraper par la libraire qui lui propose de lui en faire signer un à sa place, la dame accepte et reviendra.

Il y a l'ancienne élève, c'est la constante de toute dédicace d'ancien professeur. Il y a qu'il est tout heureux de se souvenir d'elle, et qu'il s'en souviendra.

Il y a l'habitué(e) des séances de dédicaces et qui se fout un peu de qui est l'invité. N'a ni lu son travail, ni l'intention de le faire. On considèrera donc que c'est pour collection.

Il y a la jolie blonde qui arrive après tout le monde, au moment précis où l'auteur rencapuchonnait son stylo. Mais elle est très blonde et très jolie alors il se laisse convaincre d'un supplément de travail impromptu.

Il y a qu'une nageuse moyenne (avec palmes) nage aussi vite qu'une championne du monde (sans).

Il y a qu'une de mes cousines a voulu visiter Belleville exprès pour Malaussène (Benjamin).

Il y a que quand j'écrirai "Chagrin d'usine" certains regretteront de façon cuisante le mal qu'ils m'auront fait.

Il y a le couple charmant qui de retour de quelque part passe devant la boutique, voit l'ardoise, s'extasie "Pennac est là ?", on leur dit oui, ils entrent ravis ... et ressortent bredouille : du livre qu'ils souhaitaient acheter chaque exemplaire a été vendu jusqu'au dernier de devanture.

Il y a que je tenais à dire Merci à l'auteur de "Merci". Ouf c'est fait. Qui veut guérir d'un grand chagrin doit remercier un par un tous ceux, toutes celles qui ont empêché la mort de trop près s'approcher. Il est très difficile de dire merci à bonne distance, ni trop d'émotion, ni trop pas. D'éviter l'aveux trop lourd, mais d'oser dire quand même.

Il y aurait peut-être l'espoir d'un ou deux Kamo.

Il y a la jeune femme munie de l'ancien exemplaire d'un quelconque Malaussène (1) et qui avoue suivre l'auteur depuis qu'elle a 8 ans. Elle a même là une lettre écrite à cette époque et qu'elle n'avait jamais osé envoyer.

Il la prend. Elle en rougit ; prévient des fautes. Il se réjouit à l'avance qu'elles soient millésimées.

Il y a celle qui avait croisé l'auteur alors qu'il était venu au Maroc en visite dans son collège (ou lycée). Il s'en souvient à peine tant les voyages furent nombreux. Je pense soudain à Wytejczk et son (itin)érance.

Il y a ceux qui quand c'est leur tour bafouillent tellement ils sont émus (ou bien frigorifiés par l'attente hors les murs tant la file était longue).

Il y a ceux qui ont prévu un livre pour chaque personne de leur famille, disent peu, pensent que le dédicaceur pourrait sans dommage un brin plus se hâter.

Il y a ceux, les plus nombreux, qui achètent sur place, il y a qu'à la fin il ne reste plus un seul bouquin, et que celui de la vitrine est réquisitionné.

Il y a toujours de belles retrouvailles. Parfois si émouvantes qu'on se sent gênés d'être là, d'y assister.

Il y a que l'auteur a travaillé plus de deux heures sans arrêt (heureusement pour lui qu'il restait à manger). Je l'admire, épatée.

Il y a quelqu'un "de la région" (sic) qui raccompagne l'auteur en partant.

Il y a que je rentre en Vélib et que c'est seulement alors que je perçois le froid.

Il y a désormais un livre qu'il faudra que j'envoie. Il n'y a plus de chagrin (d'école) ou au moins un peu moins.

    

(1) mais surtout pas d'un Malaussène quelconque

[photo : la devanture de l'Astrée où avait lieu cette soirée, après le passage des barbares la séance de dédicaces]


Quelque chose ne va pas

(ou : les phrases du fantôme)

Aujourd'hui j'aurais essuyé des reproches pour un travail dont on m'a afflublée mais qui n'est pas le mien (variante : ne devrait pas être) et lu un compliment saisissant pour un autre que je ne suis pas censée avoir effectué alors que j'y ai contribué.

Je m'efforce de considérer à cause du second point que c'est encourageant ; c'est vraiment pour éviter de désespérer et à nouveau sombrer.

   
Comment est-il possible de si mal se débrouiller ?

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Revenir c'est revivre un peu

samedi dernier en Ile de France

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Ce blog dégénère en fotolog, je sens ça.

(non, non je ne désespère pas de pouvoir écrire ici un billet, demain soir tard ou bien mercredi ; c'est juste que comme à l'usine je manie le pinceau j'en sors épuisée - private sad joke, sorry -)

[photo : le Stade de France, d'un car Lacroix]


Promesse mortelle

ce soir, abitacle (d'une voiture roulant vers la lointaine banlieue)

Je n'avais pas regardé la télé, vraiment regardé et écouté assise dans un fauteuil (1) et sans dévier d'attention pour chasse aux chaussettes orphelines ou début de combat (perdu d'avance) contre la pile de repassage en retard, ou sans me mettre devant dans l'espoir délibéré d'une sieste au tour de France, depuis 2 ans et 11 jours.

Grâce au blog, cette précision est attestée.

Et puis aujourd'hui, pour quelqu'un dont j'admire profondément le travail, pas un seul livre mais leur ensemble et sa progression qui me ravit, j'ai réussi à franchir le pas.  C'était pour France 5, le bateau livre (le lien, sans doute périssable est là). Dans cet échange (2) ce qui m'émeut aux larmes se situe sur trois plans différents. Ou même quatre (Pialat est là).

Je n'avais pas écouté la radio à la radio depuis longtemps. Il m'arrive bien sûr d'écouter sur l'internet des émissions podcastées, le thème, une personne invité m'intéressent particulièrement, je fais alors l'effort.

Et puis aujourd'hui un enchaînement de pluie, visite de voisinage, anniversaire à fêter, m'ont embarquée en voiture, France Inter allumée, nuit noire, à l'heure précise d'informations.

Je n'écoutais pas vraiment. Histoire d'honorer la réalité tout en la transposant pour respecter mon monde, je concèderais que j'ai revu Wytejczk ; que c'était bien, que le mystère pour autant demeure, que savoir qu'il va (apparemment) bien suffit pour l'instant à me soulager en bonne part, ne suffira pas longtemps, ni n'écarte la solitude. J'étais donc plongée dans mes pensées, en mode flottant et absyssal quand j'ai entendu cette phrase étrange car elle était prononcée en un seul souffle liant ce qui n'aurait pas dû l'être :

"La tempête en Bretagne a tenu ses promesses, vents de 130 km/h, vagues de xxx m, mort d'un marin dans le naufrage d'un chalutier au large de xxx".  J'entends soudain ces mots du point de vue d'une femme qu'il aurait aimée, épousée, d'une cousine, une soeur ou une amie et qui apprend que celui qu'elle pleure par sa disparition confortait une promesse qu'à la mer, à la tempête on attribuait.

Un mini reportage suivait, qui donnait la parole à de frétillants vacanciers de fin de semaine heureux d'avoir pu admirer un déchaînement si parfait. Libre à eux, j'aime d'ailleurs aussi, quand je peux croire tous à l'abri, les déchaînements de la nature qui nous rappellent devant leur force à la bonne humilité. Je suis presque quelqu'un que le calme effraie, et ne sais pas vivre sans être passionnée (c'est dangereux, je sais, probable que j'en mourrai si par la maladie je ne suis pas préemptée).

Mais je n'ai pas aimé qu'on choisisse leurs mots joyeux juste à ce moment là. Tout juste si le marin mort n'existait pas qu'en complément idéal d'un décor.

A nouveau j'ai pleuré. Trop sensible, je sais ; trop fracassée.

On peut pleurer de beauté partagée, on peut pleurer pour un inconnu (trop vite) oublié. Peut-on longtemps pleurer sans arrêt ?

(1) Il m'est arrivé de (re)voir des émissions pour motif amical mais si j'y suis parvenue entre temps c'était sur l'internet en diffusion différée et sur l'ordinateur ou après avoir enregistré une cassette avec vision en morcelé.

(2) vers 25 minutes d'émission au sujet d'"A l'abri de rien" d'Olivier Adam.

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