Colle-colle (faire ou ne pas faire la)
Quitter le salon, rentrer dans sa cuisine

Impressions, salon du livre

aujourd'hui, Montreuil

Pc010023

"C'est un vieux" crie la petite fille à sa mère qui attend patiemment en compagnie d'un plus grand dans la file de dédicace d'un auteur fameux et rare en salon français. Elle est allée voir s'il était arrivé et revient avec cette nouvelle extraordinaire.

Mes voisines, deux jeunes filles qui semblent solides lectrices, en rient et nos sourires se croisent.

- C'est normal avec tout ce qu'il a écrit, il aurait du mal en plus à être jeune.

On aimerait les auteurs juvéniles et séduisants, médiatiques et chics, pour autant (déjà) (extrêmement) prolifiques et voilà qu'ils ne le sont pas tous ou pas tout ça en même temps.

Déception.

Pour moi non. J'ai l'âge de savoir à l'avance qui m'attend. A moins d'une vraie rencontre ou bien de retrouvailles, m'importe avant tout le travail que j'ai apprécié et de l'exprimer si ça peut aider.

Il signe avec cette attention distante qu'ont souvent les anglo-saxons (1) pour qui cet exercice dûment planifié par leur agent fait partie du coeur du métier autant que la création même.

J'écrème également l'émotion de mon expression, l'absence persistante de Wytejczk m'a appris à le faire efficacement, et j'explique brièvement pour qui est le livre que je souhaite faire signer, pourquoi je sais qu'il sera aimé et qui nous a fait connaître son oeuvre, en signalant qu'elle est justement en train de signer un étage plus bas. Qui sait s'il n'ira pas.

Je bois, tu bois, nous buvons des cafés, ensemble ou à tour de rôle.

- Savez-vous que qui vient sourire et signer a failli être un meurtrier ? C'est moi qui l'en ai empêché (sourire modeste mais victorieux). - Ah oui, comment ? (intérêt poli mais sceptique) - C'était moi la victime et j'ai résisté.
(bonne méthode, s'en rappeler)

Je (re)vois des amis, reconnais qui je n'avais croisée qu'une seule fois "en vrai" et plus souvent sur le net par après. Plaisir de retrouvailles. Fierté d'être physionomiste. Peur persistante de ma part de peser. J'ai (désormais) tendance à m'éclipser.

Je n'ai pas osé saluer qui m'était proche mais signait en nombre. Demain peut-être ? (Tu as vieilli d'un grand coup toi aussi. Que s'est-il donc passé ? Me voilà fort inquiète)

La foule est pourtant plus clairsemée que les autres années.

On s'interroge.

Manque d'argent ? Fatigue d'après les grèves ? Esprit du temps défavorable ? Peur d'entrer de la part de ceux qu'on dit sans papiers ?

A ma boulangerie habituelle, j'achète du pain italien.

Je pense croiser Ariane Ascaride, puis j'oublie. Alors forcément ça ne se fait pas. Peut-être demain ?

Un homme à ses voisins de patience expose les temps d'attente de différents écrivains, ainsi que les prix que la signature de J.K. Rolling a atteint et pourquoi en conséquence elle ne dédicace publiquement plus rien. Je songe aux cours de la bourse et aux chocs de la vie.

Ils errent avec leur carton à dessin. C'est aujourd'hui en vain. Vous auriez dû de préférence venir au matin.

Certains enfants remorquent des parents féminins surmenés et qui ne comprennent visiblement rien à l'excitation de leur progéniture face à telle ou telle personne signante et qui pourtant n'est pas labellisée "Vu(e) à la télé". Si on rentre trop tard, qui mettra au four le rôti pour ce soir. Et la lessive qui doit être depuis le temps terminée. Si on ne la sort pas, le linge puera le vieux mouillé.

Des Parents Exemplaires, entraînent, très organisés, des enfants renâclant. C'est qui lui ? Mais tu sais bien, allez. Quand est-ce qu'on rentre ? Attend nous avons encore trois personnes à faire signer. Mais à quoi ça sert qu'y signent ? (effluves de cadeaux de Noël organisés).

Des adultes inquiets passent leur temps à vérifier qu'ils n'ont perdu aucun des mineurs dont ils avaient la charge. Le moindre déplacement est un peu compliqué. En fin de journée ils n'auront pas vu grand monde et fort peu entendu de conférences ou d'ateliers. Jérémy, reste là.

La petite fille au téléfonino, qui semble seule mais très sûre d'elle, explique à son interlocuteur qu'ils rentreront plus tard car à 18 heures ils ont encore quelqu'un à aller écouter. On sent que pour elle, le salon c'est du sérieux. Je m'attends à ce qu'elle sorte un agenda électronique ou pas de sa poche pour vérifier l'identité du causeur, mais non (quand) même pas.

Passionnées elles discutent de la vie des personnages d'une saga comme s'ils étaient leurs copains de classe. Elles aimeraient réconcilier deux des héros qui se sont fâchés alors que leur amour naissant promettait.

J'aime la façon dont elles se sont approprié le fragile destin des êtres de papier. Je me dis que pour produire cet effet leur auteur a dû les écrire fort bien et les laisser vivre en ses phrases même s'il leur avait au départ prévu d'autres chemins.

J'aimerais qu'on me réconcilie mais je ne suis personne. En attendant je photographie.

Il fait (trop) chaud il paraît. Ah bon ?

D'un ami à une autre, j'en oublie de pleurer. Net progrès.

Le roller rend heureux ceux qui le pratiquent à deux (ou à plus encore) [aparté].

Les accès au salon sont très hiérarchisés. Pas moyen de négocier.

Deux crocodiles, un jaune, un rouge, luttent sans merci pour les beaux yeux que n'a pas une fraise tagada. Ça se finit mal, croyez-moi (mais pas pour tout le monde - j'ai une photo compromettante que je ne publierai pas -).

Pierre m'a dit, demain tempête. Il précise même la vitesse qu'a prévue le vent maximal. Je rentre et ferme les volets. Soin inhabituel. S'agirait-il de prévenir une tempête intérieure ?

Je tenterai demain de sauver ma peau. Lundi aussi mais dans un autre monde. Une seule vie ne suffit pas, deux n'est ni possible ni permis. Je tends vers zéro depuis un temps (qui me semble) infini. Il est si difficile d'assurer sa subsistance quand la mort vous a saisi et l'amour dessaisi (un peu facile, mais (hélas) vrai).

I like being alone, I can't stand feel lonely.

Un livre qui n'est pas Harry Potter c'est mieux s'il ne sent pas comme Harry Potter. A La croisée des mondes chaque tome a son parfum. Les volumes séparés sentaient meilleur que l'intégrale. A son amie la jeune femme en exprime le regret. L'argent n'a pas d'odeur dit-on, mais les livres si.

   

(1) Je connais personnellement deux exceptions . Elles sont sans doute plus nombreuses.

[photo : en attendant Philip ]

infos pratiques pour ceux et celles qui passeraient dimanche (2 décembre) au salon :

Pc010042 Histoires au féminin

15 heures

Espace : V.O./V.F. - Librairie anglaise - E36 - niveau 1

Thème de la rencontre : Littérature anglo-saxonne

Durée : 1h30

Présentation : Trois univers à découvrir. Des parcours d'adolescents aux caractères bien trempés.

Avec : les auteurs anglaises Gemma Malley, Celia Rees, Sue Limb. Médiation : Marie Desplechin.

Gemma Malley est l'auteur de "La déclaration", roman d'anticipation fort bien conçu (1) aux personnages attachants et qui dit beaucoup sur notre époque actuelle et comment on peut conditionner les gens.

(1) pour tout ce qui est anticipation, science fiction, uchronie etc. j'ai besoin pour me laisser embarquer que les univers évoqués soient d'une grande cohérence interne (c'est d'ailleurs sans doute une des qualités qui font le succès des Harry Potter, le fait que "tout se tient"). C'est le cas pour l'univers des ans 2140 où Surplus Anna, la jeune héroïne tente de "trouver sa place".

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