Les Secs
Grand-père

Ils vont tous mal

hier, aujourd'hui, demain, ici et ailleurs

   

Pict0007 relu le 22/12/07 à 21 heures

Il y a ceux qui pris par la frénésie de Noël, accaparés d'enfants petits qu'ils souhaitent émerveiller, enserrés dans une famille clanique qui leur pèse mais leur tient chaud, ne pensent même plus à penser et qui, pris par l'ambiance se croient heureux, bien que très énervés par tout ce qui leur reste à faire pour que la fête soit parfaite.

Chroniques Blondes que j'ai découverte(s?)  grâce à Embruns, résume tout ça très bien .

Ils ignorent pour la plupart qu'ils sont dans l'état du petit personnage de dessin animé qui a continué tout droit au dessus de la falaise et continue à marcher dans le vide tant qu'il n'a pas jeté un coup d'oeil en bas.

Il y a ceux que la marchandisation extrême a dégoûté d'une fête qui autrefois eut un sens (même laïc), du moins pour les gosses quelconques de Français moyens et qui n'avaient alors de cadeaux que deux fois dans l'année : à leur anniversaire et à Noël. Et ces cadeaux étaient mesurés à l'aune du budget parental. On ne s'endettait pas en ce temps là pour payer en 15 fois le dernier modèle de Podninmagicboxcube 15.17 à des bambins inassouvis (parce que de toutes façons dés le lendemain, Thomas (1) dont le père travaille aux USA (variante : Japon) aura la 15.20).

Ceux pour qui ça n'a jamais été trop d'une fête, Samantdi dans son "Marronnier" l'exprime fort bien, ceux qui seuls le sont en ces fêtes réquisitionnelles plus encore qu'à l'ordinaire. Ceux qui comme moi se sentent orphelins à cause de deuils réels ou d'une famille élective disparue volatilisée (où le ou est le ou inclusif des mathématiques).

Quelques-uns qui savent sagement "faire avec", se tenant à l'écart mais pas, trop, profitent des jours fériés pour rassembler quelques amis, quelques cousins, la magie de Noël c'est peut-être tout simplement pour ceux qui ont un travail de n'être pas obligé d'y aller. Quelques-autres qui précisément en profitent pour se goupiller de franches agapes et retrouvailles tant que les avions ou les trains fonctionnent encore bien. Ceux-là vont bien. J'en connais quatre cinq.

Il a ceux qui traversent des temps difficiles. Ils ont besoin de silence. J'en connais quatre aussi ; ou plutôt trois et demi car l'un des mutismes volontaires cumule bien d'autres causes. Deux d'entre eux qui savent que le silence mal placé peut tuer qui le subit sans qu'il ne lui soit forcément destiné, ont pris la peine malgré la leur de me l'écrire (2). Pour avoir connu il y a deux ans ce même besoin de retrait, je sais ne pas pouvoir vraiment aider fors par respect de leur voeu et disponibilité immédiate s'ils souhaitent le rompre.

En attendant ils me manquent. Et pour eux, je m'inquiéte (malgré tout).

Dans leur cas les fêtes n'arrangent rien à moins qu'elles ne leur permettent un retrait plus discret de leur (mi)lieu de travail.

Il y a enfin une amie de l'internet dont je n'ai depuis un long moment plus de nouvelles personnelles, et dont le blog, Se souvenir des belles choses a entièrement disparu. Un crash sauvage de mon agrégateur où son fil restait en apparence garni m'en a soudain fait prendre conscience.  Elle était malade et en parlait parfois. J'ai peur pour elle. Elle m'avait envoyé dans des moments pour moi difficiles des messages qui m'ont aidés. J'ai peur aussi de ne plus jamais pouvoir lui (re)dire merci.

   

(1) qu'aucun des Thomas de ma connaissance ne se sente concerné, j'ai choisi simplement le prénom de garçon statistiquement le plus attribué en France pour des enfants nés en 1997.

(2) Je leur en suis profondément reconnaissante. Je sais l'effort fourni.

[photo : 15 janvier 2005, Grands Boulevards, une manif croisée par hasard en sortant du métro]

 

Le titre de ce billet est une allusion à un film de 1990, "Stanno tutti bene" de Giuseppe Tornatore, et qui (je résume très en gros et très mal, le film, lui est formidable) racontait l'histoire d'un vieux père (joué par Marcello Mastroianni) décidé soudain à aller rendre visite à ses enfants devenus adultes et qui habitent tous loin. Ils lui donnaient des nouvelles sur le mode "tutto bene", et une fois sur place il s'aperçoit que rien n'est si simple et que certaines distances n'étaient pas anodines et peut-être même souhaitées ...

addenda du 22/12/07 21h30 : pourquoi si facilement le silence me terrifie. Il peut si souvent signifier qu'on a contraint quelqu'un à se taire.

Un exemple frappant d'une des raisons est là : le martyr de la journaliste kazakhe Lisa Baiseitova

(il n'est hélas qu'un parmi tant, combien parce que les dictatures sont efficaces et l'élimination physique si facile, ne parviennent pas jusqu'à nous). Ceux des journalistes qui ne font pas que servir la soupe à un régime ou un autre, pour pouvoir témoigner ont besoin d'un minimum de liberté et de sécurité.

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