Previous month:
octobre 2007
Next month:
décembre 2007

0 billets

L'inconnu formidable du Milano-Paris

à Louis Mohollen

  • Entre Torino et Parigi, probablement peu après Lyon, le 14 mai 2004

Photo1_tgv_milano_paris_140504 

billet en chantier - heure tardive -

Je ne suis pas vêtue de noir, mais porte des habits sombres et d'allure trop classique et qui ne me va pas.

Il y a une raison pour ça.

J'ai froid, mais il s'agit de chagrin plus de que tempêrature des lieux. J'ai du chagrin mais porte deux ou trois bonheurs :

- J'écris alors depuis 6 mois et je sens que c'est ça. Pour la première fois de ma vie d'adulte, je sais enfin quoi (tenter de) faire de moi. Je n'ignore pas que je n'ai rien à y gagner, et même plutôt pas mal d'ennuis à glaner, mais mon Paul à moi m'a dit "Fonce" (1) alors je le fais.

- Je viens de revoir une grape regroupée de mes cousin(e)s italien(ne)s que j'aime tous beaucoup et bien. Même si les circonstances étaient douloureuses, il s'agissait d'enterrer quelqu'un qui déjà manque à chacun, se retrouver fut bon.

- Et last but not least, je suis en train de lire avec passion en tant que "bêta-lectrice" (je lis d'un oeil lecteur mais attentif, je raconte ce que j'en pense ou en saisis, pose les questions quand ce n'est pas clair (et si on est plusieurs à le faire, alors l'auteur modifie) et râle si madame Moreno meurt avant d'avoir terminé son chapitre) le nouveau manuscrit d'un ami et je me régale à cet exercice.

Je me régale même tellement que plongée dans son texte et mes annotations, je n'ai pas pris garde au vieux monsieur qui présent comme moi dans ce bout de wagon qui fait presque comme un compartiment à l'ancienne, me dévisage et me dessine.

Il avance dans son travail puis une fois la trame solide, prend le temps de s'amuser que je n'ai rien remarqué, tellement dans ma lecture sans faille je suis plongée.

Au bout d'un moment il se marre, apporte à son esquisse quelques modifications puis s'adresse à moi en anglais et me demande, pardon de vous importuner mais voyez-vous un inconvénient à ce que je vous desssine ? Certaines personnes n'aiment pas et je comprends ça.

J'ai un peu de mal à ré-atterrir au monde, mais j'y parviens. Il est si sympas. Et rayonne malgré la fatigue d'une allégresse profonde et calme : celle de l'homme qui après avoir bien et longuement bourlingué a trouvé sa voie, son mode de vie idéal, et sait en profiter.

Il sait aussi en faire profiter les autres. Il me montre son dessin et me demande si ça me va.

Un homme jeune, assis non loin de là a perçu le manège et Louis, que pour l'instant je ne sais nommer, le repère et l'invite à regarder.

En trois clins d'oeil voilà que nous nous retrouvons à cinq, soit tout l'ensemble des occupants de ce compartiment qui n'en est pas un. Et 10 minutes plus tard nous sommes tous devenus de vieux amis. Et l'on discute et l'on rit, essentiellement en anglais parfois en italien (2), Louis nous parle d'art et de création mais sans aucune emphase. Aurait-il voulu faire une bribe de mon éducation ? A-t-il perçu combien j'avais soif, après une vie de robot d'apprendre enfin ce qui pour moi va bien ?

Mon deuil pourtant solide, j'aimais qui nous a quitté, s'estompe pour la première fois depuis que j'ai quitté Paris deux jours plus tôt à l'annonce du décès.

Louis est intrigué par mon travail de bêta-lectrice, je me dis qu'il n'a pas dû faire que peindre comme beau métier, mais peut-être écrit aussi. Je parle avec enthousiasme des livres déjà parus de l'ami relu. On se passionne, puis on parle d'Italie, et peut-être de musique aussi.

Paris arrive trop tôt. Nous échangeons nos adresses de messagerie, vive l'internet qui permet de garder un contact sans nécessairement trop dévoiler de soi. Ils savent simplement que j'habite vers Paris et ai en Italie de la famille qui se réduit (3) ; je sais que l'un deux va à Londres, que l'autre est Milanais. Mais où que nous allions si vraiment nous le souhaitons nous pourrons continuer à communiquer et poursuivre l'échange.

Finalement c'est avec Louis que je l'aurais mieux fait. Probablement parce que les plus jeunes trop accaparés de vies professionnelles, amoureuses actives ou d'enfants petits, ont moins su prendre le temps que lui. Sans doute aussi parce que je me sentais avec mon portraitiste une belle connivence, et des points communs dans nos façons de voir la vie (4).

Nous ne nous étions pas revus. Je suppose qu'il a dû voyager tant que sa santé ne s'était pas dégradée. Il nous avait expliqué combien ce mode de vie lui convenait.

J'ai reçu ces jours-ci un message circulaire, signé de ses families and friends, et qui prévenait les internautes de son carnet d'un décès pour cause d'âge à près de 80 ans. Le mot m'a peinée. J'espérais précisément pouvoir revenir vers lui après une période de silence que je m'étais imposée car je n'avais plus que du triste et des malheurs à lui raconter.

A présent il est trop tard. Je reste émue d'avoir été prévenue et en chaleureux termes. Ils signifient en filigrannes, nous ne vous connaissons pas mais nous savons que d'une façon ou d'une autre pour lui vous aviez compté. Il est question de sa dernière peinture à la veille même de son décès .

Et je me souviens que c'était ça qu'il espérait. Ne pas finir dégradé ou que ça dure le moins longtemps possible. A priori c'est arrivé. Et voilà que je ressens pour lui, comme une petite fierté.

Merci à lui, encore.

   

(1) ou plutôt se méfiant de ma défiance envers la moindre autorité : N'as-tu jamais pensé à ... ; depuis je ne pense plus qu'à ça.

(2) au point que de l'un des présents je ne découvrirais la langue maternelle, comme la mienne le français qu'après plusieurs mails échangés scrupuleusement en anglais.

(3) 6 mois plus tôt, un deuil déjà.

(4) J'ai hélas bien changé (en triste).

[photo : mes compagnons de "route" (sauf un, celui qui saisit l'instant) et moi. Louis est le premier à gauche]

Lire la suite "L'inconnu formidable du Milano-Paris" »


Tome 3

Ces jours-ci, ici

Cimg7474 

Une amie bien-aimée et au jugement parfait (1) me l'avait chaleureusement conseillée, il y a quelques temps déjà.

Doux euphémisme pour dire : il y a de ça presque 9 mois. Neuf longs et tristes mois pour moi.

Il s'agissait d'une saga. Je lisais alors pour différents jurys ou m'apprêtais à le faire, le terme "saga" m'avait effrayé, et la présence de plusieurs tomes.

J'avais donc différé, le temps de lire pour travailler, puis d'une ou deux ou trois fins de mois difficiles, jusqu'au moment où je comprends que si j'attends un temps meilleur, je ne lirai pas.

Alors je cherche ces livres en occasion, à pas cher si possible.

J'avais mémorisé sans problème le nom de l'auteur, Vilhelm Moberg (2), moins bien le titre, sauf qu'il y avait "émigrants" dedans.  Mon premier essai pour me le procurer m'a donc munie d'un exemplaire historique (quoi que très bon marché), en un seul tome et dont je verrai plus tard s'il correspond au premier ou à une version allégée.

Renseignements pris, et "saga" retrouvée, je retrouve le bon marché, celui les livres de poche usagés et j'entame mes achats. Bizarrement aucun vendeur unique ne propose les 5 d'affilés. Je glane donc le 1 chez A***, le 2 à Vent d'ouest ou du Noroi, le 4 pas loin de là, le 5 chez un particulier.

Manque le 3.

Pourquoi le 3 ?

Pourquoi le trois de cinq, quand on pourrait supposer le 1 plus épuisé ou le 5 moins tiré ? Que possède donc de particulier celui du centre ?

Un copain m'indique un site qu'il sent puissant pour les recherches internationales. Puisqu'il s'agit d'un auteur suédois et d'émigrants, après tout, la logique y est. Je déniche malgré l'heure tardive (3), un exemplaire restant. Son prix pour un poche d'occasion est prohibitif, celui d'un livre neuf en plein format.

J'hésite. Et puis le début du tome 1 m'a bien embarquée, avant que ma vie un peu ne le mette de côté. Que deviendrais-je si je reste en panne de 3 ? Si ces émigrants suédois deviennent mes amis et que ce sort éditorial de pénurie cruelle me les fait perdre de vue avec la même violence que dans la vie, la vraie ?

Et si par la suite la compréhension du 4 m'échappe ? (le 5 n'en parlons pas).

Alors je commande l'épisode manquant, tout en pestant après ma faiblesse. J'attends avec perplexité de comprendre ce qui fait sa rareté.

    

(1) parfait pour moi, en tout cas, elle me connaît mieux que moi, et les bouquins trop bien

(2) même s'il m'est arrivé ces jours-ci de l'effacer. Quand la peine s'épanouit le cerveau peine plus qu'à peine.

(3) J'étais à l'usine lorsqu'il m'a tuyautée, pas moyen donc d'aller consulter, dû le faire au grand tard, en rentrant.

[photo : le tome unique en solitaire]


Confidentiel

un midi, Grands Boulevards

Je renouvelle scrupuleusement un vieil abonnement de loto,  souscrit  jadis en partie dans l'espoir du  retour à bonne santé de quelqu'un qui y jouait, et qui outre qu'il m'a sauvé du temps des francs le budget d'un été, me fait toujours gagner quelque chose, de quoi acheter un livre ou deux pour une fois sans scrupules.

Il  y a peu à dire et faire, bonjour, s'il vous plaît,  renouveler,  tenez,  merci, au revoir et  quelques  gestes à faire,  tout à fait machinaux pour  l'employée qui  traite  ma tentative  (d'accès  vers un monde sans  le poids de l'usine). Elle peut donc sans s'interrompre  ou le moins possible (bonjour, s'il vous plaît, x euros, tapez votre code, merci, au revoir)  continuer la conversation animée qu'elle entretenait avec sa collègue quand je suis entrée.

Il est visiblement question d'une de leur collègue et qu'elles veulent tenter d'appeler, celle-ci ayant eu un ennui de santé et étant partie le matin même à l'hôpital. Il est question d'une opération passée, d'une cicatrisation qui suppure (remerciez-moi pour les détails que je vous épargne, ils ne me l'ont pas été), de si elle parvient ou non à voir un interne ou le "vrai" médecin, d'un autre qui n'a pas voulu la voir au prétexte qu'il n'était pas en charge de son dossier cas, bref, le temps de valider mon bulletin et je savais tout de la situation médicale de la personne qui, si elle s'en sort, aura toute chance d'être celle qui me validera le prochain.

Je sais que j'ai un coefficient important de transparence, et je ne suis pas de ces clients qui requièrent toute attention de la part de ceux qui les servent dés lors que le travail est fait ou le service rempli. Il me semble cependant que certains sujets de conversation ne sont pas anodins.

N'auraient-elles pas pu, comme tous parler d'Harry Potter, ou du dernier potin de personalités médiatisées ? Ou se taire le temps que je m'éloigne un peu ?

Au bout du compte, me voilà tenue de me souvenir la prochaine fois d'éviter à tout prix un "Bonjour, ça va mieux ? "  si je reconnais au guichet la personne dont elles parlaient.

Je suis partie rapidement ; j'en savais déjà trop.

Lire la suite "Confidentiel" »


Le passage du poinçonneur

cette semaine en soirées

Cimg7514

   

C'est une véritable épidémie. Une pandémie de trous.

De mémoire.

La jeune femme slamme brillamment entre un film et un autre, son sujet est poignant, il se réfère sans doute à une expérience personnelle, et soudain le perso l'emporte sur le pro, l'émotion interfère, et c'est le blanc absolu.

La slammeuse enchaîne (1) en reprenant du début et glisse ainsi avec élan sur le passage délicat.

Elle s'en tire bien comme ça et le public applaudit tout autant que si elle avait déclamé sans incident.

L'autre est aussi bien jeune, aucune excuse d'âge mollissant. Elle anime une table ronde entre écrivains . Les trois dames invitées sont de grandes professionnelles et qui se passeraient bien d'elle, d'autant que Pierrette Fleutiaux  sentant peut-être un peu de mou dans le pilotage a pris, l'air de rien, presque dés le départ les choses en mains.

L'animatrice s'en sort cependant bien, on sent qu'elle a préparé son sujet, seulement la préparation lui a peut-être coûté quelques nuits courtes qui sont en train de la rattraper. Au moment de présenter la troisième romancière après avoir longuement laissé causer les deux précédentes, voilà qu'elle bute sur un mot sans parvenir à se raccrocher au suivant, qui disparaît dans la trappe à neurones fatigués, Pierrette vient à son secours en prenant la parole, un dialogue s'instaure et la modératrice retrouve entre temps le cours de ses pensées.

Moi qui l'avant-veille ne me souvenais plus d'avoir ou non répondu à un mail qui pourtant m'avait fait plaisir, ni tout à fait ce qu'il contenait, me voilà rassurée. Du coup je ris moi aussi un peu à l'unisson avec une salle entre gêne et amusement, au bredouillage de la débutante, qu'un vertige de qualité avait sans doute saisie.

Me vient à l'esprit qu'en ce moment ma mémoire défaille sur un tout autre sujet, comment ça fait quand c'est bien. Comment ça fait quand on est heureux, les bons moments qu'on peut s'accorder (2) ? Comment ça fait, déjà, quand on est amoureux, qu'on l'a compris, qu'on le sait et que le sentiment est vraiment partagé ? Mon rire déjà discret (3) s'efface alors tout à fait. Je ne sais vivre qu'en prenant soin de ceux que j'aime. Comment vais-je continuer ?

      

(1) Je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas de Julie qui était présente ce soir-là (même si ça prend un peu de temps en chargement, allez voir le lien il y a dés l'arrivée un bon slam "La main de fatma" (est-ce son vrai titre ?))

(2) cf. une formidable photo de Supmylo

(3) Il paraît (toujours grâce à Bénédicte qui est probablement de Régine une fille cachée - private joke, et qui plus est non sans rapport avec le colloque auquel je viens d'assister -)

[photo : in situ d'un des deux cas, prise de loin volontaire]

Lire la suite "Le passage du poinçonneur" »


Ceinture

ce matin, ici

Pict0001

J'avais abandonné tout espoir.

De retrouver la ceinture qui allait avec l'une des vestes que j'enfile pour l'usine. Comme je la porte généralement ouverte, j'avais supposé que la ceinture avait glissé à mon insu, qu'elle était tombée sur une quelconque moquette sans faire de bruit, bref que je l'avais perdue comme on perd les choses, bêtement et par mégarde ou légère distraction.

J'avais bien sur fouillé la penderie, cherché sur les portemanteaux avoisinants, bref, tenté scientifiquement de retrouver l'objet. En vain.

De ce fait, et en raison de ce léger dépareillage, je n'osais plus trop porter mon vêtement orphelin.

Il y a quelques semaines, j'ai trouvé dans la rue, une ceinture d'un noir uni mais qui par ailleurs portait exactement les mêmes caractéristiques. J'ai un peu traîné pour la laver.

Ce n'est que ce matin que j'ai pu faire l'essai de la veste avec sa nouvelle ceinture optionnelle.

Au moment même où je sortais la veste de son placard une chose vaguement serpentine est tombée du fond du meuble à mes pieds.

Il s'agissait de la ceinture égarée qui estimant son temps de clandestinité suffisant, venait de faire un coming out remarqué.

Etrangement, je n'ai finalement pas pris cette veste-ci pour aller travailler. Mais j'ai effectué un solide rassemblement de l'habit et de l'accessoire.

Et pensé, plusieurs fois dans la journée, que ce serait beau si les humains, comme les objets, parfois, même longtemps après, réapparaissaient.

[photo : la ceinture, la vraie]

Lire la suite "Ceinture" »


Le monde des affaires (ou Récupérer sans s'emmêler)

Hier soir, rue Saint-Martin

Pict0011

Tout en téléphonant elle file sur son vélo dans la rue sans voiture. Elle semble habituée et il est vrai qu'à cet endroit précis et à cette heure tardive la circulation présente peu de danger.

En fait il y en a bien un, mais il n'est pas physique, c'est celui d'une discrétion impossible.

De colère contenue, d'effort qui diminuerait les capacité d'audition, ou de communication vacillante, elle en parle très fort dans le petit appareil.

L'absence de véhicules à moteur et le silence relatif qu'elle engendre rendent donc plus qu'intelligible sa conversation d'autant qu'elle est véhémente et que la jeune femme semble avoir choisi l'option je-ne-laisse-pas-à-mon-interlocuteur-le-temps-d'en-placer-une, laquelle précède généralement de peu de la part de celui-ci une inévitable réaction de puisque-c'est-comme-ça-je-raccroche, qui permettra ultérieurement à la première personne de jouer les victimes auprès de ses confidents du moment sur le mode Il-ne-m'a-même-pas-écouté-il-m'a-raccroché-au-nez ; ainsi voguent les relations humaines où c'est si souvent çui-qui-dit-qui-y-est sans même en avoir conscience.

Pour l'heure son interlocuteur adversaire tient encore bon, à moins qu'elle ne soit comme les gosses et joue à faire semblant.

- Non, je ne veux pas faire d'histoires, je veux juste récupérer mes affaires, je passe vite fait, c'est toi qui fais des histoires, là, tu as reconnu toi-même t'être mêlé (1) de ce qui te regardait pas, je viens juste récupérer mes affaires.

et elle tourne aussi sec vers la rue Quincampoix.   

Ça ne paraît pas si grave qu'ils ne s'en tirent avec un petit coup de balai dans leurs egos respectifs, je m'accorde le grand éclat de rire que la scène appelle.

Qu'en pense le passant qui pour sa part au spectacle de la cycliste déclamante s'est soudain arrêté ?

Il esquisse un geste de fatalité, plus pour lui-même qu'à mon adresse, puis reprend son chemin et moi mon sérieux.

Je viens de me souvenir de  quelques CD, livres, DVD et même d'un manuscrit solidement ébauché abandonné dans les mains ou plutôt les tiroirs de personnes que j'ai aimées et qui ont disparu sans mots dire ou bien m'ont quittée sans rien me restituer. La pensée d'un livre à mon intention dédicacé et qui était en possession de Wytejczk juste avant le début de son absence inexpliquée soudain me peine.

La cycliste sonore vient de m'apprendre que finir fâchés permet au moins de sauver les meubles. Je médite la leçon en poursuivant à pieds.

 

[photo : rue voisine, juste après]

(1) ou mêlée, comment savoir ?


Ciné-slam ou libreria

Je sens que ça va faire comme pour "Lire en fête", je vais causer ici de là où j'aimerais être et finalement ma vie va m'appeler ailleurs. J'ai beau travailler d'arrache-pied mon ubiquité, ça ne marche (pour l'instant) jamais.

Donc ce jeudi (8 novembre) où j'étais au départ censée aller répéter avec ma chorale,

se présente un somptueux ciné-slam à L'Ecran Cinéma L"Écran : place du Caquet (1)
93200 Saint-Denis (métro Saint Denis Basilique, en sortant vous pourrez comme d'aucuns aller serrer la main de Grand Corps Malade au café de France - non, je rigole, c'est juste pour le clin d'oeil - )
01 49 33 66 88

plus d'infos sur le site du festival : www.lecranstdenis.org , résumé repris ci-dessous :

20H30 CinéSlam des courts-métrages et du slam avec Julie, Elise et l’ami Karim.

Cousines de Lyes Salem Franco-Algérien/2005/32’. CÉSAR DU MEILLEUR COURT-MÉTRAGE 2005 Venu passer ses vacances parmi les siens dans la banlieue d’Alger, Driss, va susciter une envie d’autonomie chez ses cousines et l’agacement de son cousin Amrane qui ne voit pas d’un bon oeil cette complicité, en particulier lorsque celle-ci influence l’attitude de Nedjma qu’il souhaiterait épouser.

Bonbon au poivre de Marc Fitoussi France/2005/34’. Avec Aure Atika Mélanie, la trentaine, forme de futurs représentants en confiserie. Parmi eux, Annick, la cinquantaine, ne cache pas son mépris pour ces techniques de vente

Sarajevo film festival de Johan Van der Keuken Pays-Bas/1993/14’/Documentaire / vost Sarajevo, vingtième mois de siège. La situation est critique et pourtant la ville organise un festival de cinéma. C’est l’occasion pour le cinéaste de poser, avec sa caméra, la question à l’organisateur du festivalet à une étudiante cinéphile : pourquoi le cinéma en pleine guerre ?

Conte de quartier de Florence Miailhe Franco-Canadien/2006/16’/film d’animation/ Scénario : Florence Miailhe et Marie Desplechin/ Dans un quartier en rénovation, sept personnages se transmettent plus ou moins volontairement une poupée. Il y a un chantier, quelques voyous, des enfants, un chien ...

Scrontch_miam_160304

Rien que pour "Conte de quartier" qui est un vrai bijou (je radote, je sais) ça vaut le déplacement.

[photo personnelle Chantier à Clichy, 16/03/04]

 

Pour ceux qui préfèrent les livres ou Paris intra-muros, La Libreria, hélas le même soir, a également un invité (à 19 h), Franco Mimmi, auteur de "Lontano da Itaca" Editore Aliberti dont le thème est le voyage d'Ulysse (je résume trop vite, je sais).

plus d'infos par ici : La Libreria

89, rue du Fbg Poissonnière 75009 Paris (métro Poissonnière)

(1) Vous savez celle des arracheurs de portables auxquels Fabien mettrait bien un taquet.


Merci

Il y a 21 mois, à Bruxelles, et aujourd'hui à Paris

Daniel_pennac_050322p3220037

billet en cours de route

Pour Daniel Pennac,

    

Vous venez de remporter un prix prestigieux comme par surprise (1). Or vous faites partie de ceux qui, sans me connaître m'ont aidée, dans un moment difficile où l'amitié fuyait comme un navire échoué sans que j'ai pu assister au naufrage, occupée que j'étais à d'autres durs combats.

J'étais donc soudain en train de me noyer sans même savoir d'où venait cette déferlante qui m'engloutissait.

Il serait aujourd'hui grand temps que je vous remercie pour m'avoir alors spontanément tendu l'équivalent d'une bouée.

Un billet récent du blog de Woolie (2) m'a rappelé combien ceux qu'on croise peuvent être importants et de les remercier aussi.

Je ne suis pas certaine d'y parvenir comme il faudrait, sans trop en dire, ni pas assez.

      

Le lieu, qui peut-être ne vous a pas marqué si pour vous tout s'y est bien passé, c'est la Belgique ; Bruxelles, une ville où j'aime aller.
Un salon du livre.
J'y suis par suite d'un imbroglio de circonstances que j'avais commis l'erreur de croire favorables quand elles étaient contraires à un point périlleux. Il faudrait apprendre à ne pas insister quand quelque chose se met à mal aller au milieu de ce qui portait promesse de secours. C'était le cas : de très bons amis ayant perçu que depuis plusieurs mois nous nous débattions dans des difficultés familiales, physiques et professionnelles en série nous avaient proposé de passer chez eux quelques jours. Ils habitent non loin de leur capitale une maison de paradis.

J'avais choisi la période de la Foire du Livre, histoire de joindre l'agréable à l'agréable, qui cette année-là coïncidait chez nous (mais pas chez eux) à celle de congés scolaires. Seulement au dernier moment l'amie hébergeante avait hérité d'un déplacement professionnel et ma fille d'une rechute de santé alors qu'en janvier d'affaire elle semblait tirée. J'avais commis l'erreur de me réjouir d'avance d'un passage au salon du livre et par ailleurs d'acheter trop tôt les billets de train. Plutôt que d'y renoncer, ce que j'aurais dû faire, parfois encore le regret m'en saisit, j'ai pris un hôtel à pas trop cher dans un quartier proche de la gare du Midi, et transformé le séjour amical en deux jours seule à Bruxelles puis un chez les copains. 

La date me reste précise, c'était à la veille de ma première mort, (et de sa mort on se souvient) mais la chronologie moins.

Avais-je croisé avant ou après qui devait me quitter ? J'aurais tendance à dire, une première fois avant, où j'avais perçu une froideur totalement inhabituelle, un regard digne d'un vieux parent atteint d'Alzheimer et qui vous voit, se souvient d'un lien mais ne le remet guère. Je crois qu'ensuite la personne concernée intervenait lors d'un débat en pré-soirée. J'y ai assisté mais n'en ai aucun souvenir horaire.

Est-ce au contraire au sortir de "Merci" que je l'ai à nouveau croisée, et que c'est là que j'ai eu le faux espoir d'un temps de réconfort partagé avant de percevoir mais sans savoir pourquoi que j'étais celle de trop ?

Ce qui me reste ce sont au milieu de tant de souffrance d'un deuil à faire déserté par la mort mais issue d'une volonté qu'on ne sais plus comprendre, deux moments que vous m'avez sauvés.

Le premier dans une des allées du Salon du Livre, vous dédicaciez "Merci" (le livre). Je ne m'attendais pas à vous rencontrer là. Vous étiez détendu et entouré juste comme il convient : du monde mais pas la bousculade d'un rendez-vous parisien. Ce qui laisse le temps de parler à chacun.

Je crois d'ailleurs que je n'ai pas même demandé de dédicace, qu'on s'est naturellement retrouvé à causer. Peut-être que vous souveniez vaguement de moi, je ressemble à quelqu'un de vos connaissances et un an plus tôt pour cause chez moi d'épisode militant actif, nous nous étions croisés. Nous parlons d'ailleurs de la photo qui voisine ce billet. Je me suis sentie à ma place, j'ai peut-être oublié le froid incompréhensible de la revoyure prélable d'avec qui j'avais pourtant prévenu de mon passage possible mais n'avait pas pris la peine de m'avertir que de son côté quelque chose compliquait.

Nous avions vous et moi, causé aussi des Kamo qui à présent s'étudiaient en classe et combien c'était bon mais dommage à la fois, parce qu'au lieu d'être pur plaisir ils devenaient sujets d'école.

Le second est dans la salle qui sert à toutes conférences et débat, et c'est "Merci" et c'est formidable. Vous êtes sur scène comme Luchini. Virtuose, à l'aise, vous jouant des réactions du public comme un vieil habitué, un peu cabotin en somme, mais le sujet demande un traitement de ce type : il s'agit d'un auteur honoré d'un grand prix et qui remercie.

J'ai le bon souvenir d'avoir bien ri.

Voilà comment au milieu d'une tragédie personnelle qui frappe au ralenti et en deux ou plusieurs temps, on peut comme dans un opéra perdu passer au rire le moment d'une scène, se régaler comme un roi pendant un air brillant des talents d'un brillant bouffon (3), éloigner la mort d'un bel élan vital.

Qui sait si au fond ce n'est pas un peu de la force attrapée là qui l'aura empêchée au lendemain d'agir jusqu'au bout quand j'étais ... à sa merci ?

Merci donc à vous qui aviez si bien joué votre propre "Merci" et qui peut-être un peu plus tôt de cette après-midi aurez eu l'occasion de le refaire cette fois-ci pour de vrai (4) et face à des caméras qui étaient d'actualités.

 

(1) le Renaudot pour "Chagrin d'école", dont Fauvette avait si bien parlé, lequel ne faisait pas partie de la présélection finale. D'où l'effet de surprise.

(2) Si le lien ne fonctionne pas passer par là : Woolie
puis billet "Je vous ai croisé, vous m’avez parlé, je ne sais pas pourquoi, mais merci "

(3) dit en termes appréciatifs, comme chez Verdi et non comme on disait en banlieue il y a quelques années

(4) J'avoue qu'éventuellement j'aurais bien aimé voir ça. J'avoue que j'y ai pensé. Je suis certaine qu'il en a bien ri, au moins que la possibilité se soit ainsi présentée.

[photo : Daniel Pennac, mars 2005 salon du livre de Paris (cliché personnel)]

PS : Comme tant d'autres personnes je dois également vous remercier pour des heures réconfortantes et formidables passées en compagnie de Kamo ou de la tribu Mallaussène, mais ça, ça va presque de soi.

Lire la suite "Merci" »


Cap

parce que je n'ai pas osé intituler ce billet "Falaise" et qu'il est certains soirs où se concentrer sur sa propre écriture est un peu difficile

Pb030004

mais je ne vais pas si mal, ne vous en faites pas, et peut-être même presque bien.

demain, j'espère, reprise des billets parisiens

[photo : Cap de Carteret, samedi 3 novembre 2007]