Cap
Ciné-slam ou libreria

Merci

Il y a 21 mois, à Bruxelles, et aujourd'hui à Paris

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billet en cours de route

Pour Daniel Pennac,

    

Vous venez de remporter un prix prestigieux comme par surprise (1). Or vous faites partie de ceux qui, sans me connaître m'ont aidée, dans un moment difficile où l'amitié fuyait comme un navire échoué sans que j'ai pu assister au naufrage, occupée que j'étais à d'autres durs combats.

J'étais donc soudain en train de me noyer sans même savoir d'où venait cette déferlante qui m'engloutissait.

Il serait aujourd'hui grand temps que je vous remercie pour m'avoir alors spontanément tendu l'équivalent d'une bouée.

Un billet récent du blog de Woolie (2) m'a rappelé combien ceux qu'on croise peuvent être importants et de les remercier aussi.

Je ne suis pas certaine d'y parvenir comme il faudrait, sans trop en dire, ni pas assez.

      

Le lieu, qui peut-être ne vous a pas marqué si pour vous tout s'y est bien passé, c'est la Belgique ; Bruxelles, une ville où j'aime aller.
Un salon du livre.
J'y suis par suite d'un imbroglio de circonstances que j'avais commis l'erreur de croire favorables quand elles étaient contraires à un point périlleux. Il faudrait apprendre à ne pas insister quand quelque chose se met à mal aller au milieu de ce qui portait promesse de secours. C'était le cas : de très bons amis ayant perçu que depuis plusieurs mois nous nous débattions dans des difficultés familiales, physiques et professionnelles en série nous avaient proposé de passer chez eux quelques jours. Ils habitent non loin de leur capitale une maison de paradis.

J'avais choisi la période de la Foire du Livre, histoire de joindre l'agréable à l'agréable, qui cette année-là coïncidait chez nous (mais pas chez eux) à celle de congés scolaires. Seulement au dernier moment l'amie hébergeante avait hérité d'un déplacement professionnel et ma fille d'une rechute de santé alors qu'en janvier d'affaire elle semblait tirée. J'avais commis l'erreur de me réjouir d'avance d'un passage au salon du livre et par ailleurs d'acheter trop tôt les billets de train. Plutôt que d'y renoncer, ce que j'aurais dû faire, parfois encore le regret m'en saisit, j'ai pris un hôtel à pas trop cher dans un quartier proche de la gare du Midi, et transformé le séjour amical en deux jours seule à Bruxelles puis un chez les copains. 

La date me reste précise, c'était à la veille de ma première mort, (et de sa mort on se souvient) mais la chronologie moins.

Avais-je croisé avant ou après qui devait me quitter ? J'aurais tendance à dire, une première fois avant, où j'avais perçu une froideur totalement inhabituelle, un regard digne d'un vieux parent atteint d'Alzheimer et qui vous voit, se souvient d'un lien mais ne le remet guère. Je crois qu'ensuite la personne concernée intervenait lors d'un débat en pré-soirée. J'y ai assisté mais n'en ai aucun souvenir horaire.

Est-ce au contraire au sortir de "Merci" que je l'ai à nouveau croisée, et que c'est là que j'ai eu le faux espoir d'un temps de réconfort partagé avant de percevoir mais sans savoir pourquoi que j'étais celle de trop ?

Ce qui me reste ce sont au milieu de tant de souffrance d'un deuil à faire déserté par la mort mais issue d'une volonté qu'on ne sais plus comprendre, deux moments que vous m'avez sauvés.

Le premier dans une des allées du Salon du Livre, vous dédicaciez "Merci" (le livre). Je ne m'attendais pas à vous rencontrer là. Vous étiez détendu et entouré juste comme il convient : du monde mais pas la bousculade d'un rendez-vous parisien. Ce qui laisse le temps de parler à chacun.

Je crois d'ailleurs que je n'ai pas même demandé de dédicace, qu'on s'est naturellement retrouvé à causer. Peut-être que vous souveniez vaguement de moi, je ressemble à quelqu'un de vos connaissances et un an plus tôt pour cause chez moi d'épisode militant actif, nous nous étions croisés. Nous parlons d'ailleurs de la photo qui voisine ce billet. Je me suis sentie à ma place, j'ai peut-être oublié le froid incompréhensible de la revoyure prélable d'avec qui j'avais pourtant prévenu de mon passage possible mais n'avait pas pris la peine de m'avertir que de son côté quelque chose compliquait.

Nous avions vous et moi, causé aussi des Kamo qui à présent s'étudiaient en classe et combien c'était bon mais dommage à la fois, parce qu'au lieu d'être pur plaisir ils devenaient sujets d'école.

Le second est dans la salle qui sert à toutes conférences et débat, et c'est "Merci" et c'est formidable. Vous êtes sur scène comme Luchini. Virtuose, à l'aise, vous jouant des réactions du public comme un vieil habitué, un peu cabotin en somme, mais le sujet demande un traitement de ce type : il s'agit d'un auteur honoré d'un grand prix et qui remercie.

J'ai le bon souvenir d'avoir bien ri.

Voilà comment au milieu d'une tragédie personnelle qui frappe au ralenti et en deux ou plusieurs temps, on peut comme dans un opéra perdu passer au rire le moment d'une scène, se régaler comme un roi pendant un air brillant des talents d'un brillant bouffon (3), éloigner la mort d'un bel élan vital.

Qui sait si au fond ce n'est pas un peu de la force attrapée là qui l'aura empêchée au lendemain d'agir jusqu'au bout quand j'étais ... à sa merci ?

Merci donc à vous qui aviez si bien joué votre propre "Merci" et qui peut-être un peu plus tôt de cette après-midi aurez eu l'occasion de le refaire cette fois-ci pour de vrai (4) et face à des caméras qui étaient d'actualités.

 

(1) le Renaudot pour "Chagrin d'école", dont Fauvette avait si bien parlé, lequel ne faisait pas partie de la présélection finale. D'où l'effet de surprise.

(2) Si le lien ne fonctionne pas passer par là : Woolie
puis billet "Je vous ai croisé, vous m’avez parlé, je ne sais pas pourquoi, mais merci "

(3) dit en termes appréciatifs, comme chez Verdi et non comme on disait en banlieue il y a quelques années

(4) J'avoue qu'éventuellement j'aurais bien aimé voir ça. J'avoue que j'y ai pensé. Je suis certaine qu'il en a bien ri, au moins que la possibilité se soit ainsi présentée.

[photo : Daniel Pennac, mars 2005 salon du livre de Paris (cliché personnel)]

PS : Comme tant d'autres personnes je dois également vous remercier pour des heures réconfortantes et formidables passées en compagnie de Kamo ou de la tribu Mallaussène, mais ça, ça va presque de soi.

         

spéciale dédicace à ma cousine Laura (qui sait pourquoi)

Il me restera après ça à remercier également Denis Bretin, qui en ces mêmes jours pour moi tellement sans sens, m'avait accordé une autre trêve, autour de Louis Bartas celle-là.

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