Lecture au goût bulgare
Refuge 1 : Folies d'Encre

Le retour du métro

et sans doute d'autre chose

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billet en chantier

Ce soir à peine rentrée, ici et maintenant.

   

En sortant de la soirée, j'avise tout près une station vélib. Quatre véhicules y sont encore, hélas deux sont crevés, l'un n'a pas de chaîne et le quatrième, celui qui semble conforme pour rouler, est prisonnier d'une lumière rouge.

Alors que je m'apprête à avancer à pieds dans ma bonne direction tout en guettant d'un autre vélo libérable l'opportunité, j'avise une bouche de métro.

Pourquoi ne pas tenter.

Un écran annonce, 1 sur 3 pour la ligne présente. J'arrive tout juste sur le quai qu'une rame me rejoint.

Je me précipite sur le bouquin (1) que je viens de découvrir.

   

Je n'aime pas les publicités, ou du moins l'état d'esprit de ceux qui les conçoivent. Je déteste en effet qu'on tente de nous manipuler.

Parfois cependant un slogan, plus tenace ou plus drôle que d'autres finit par s'installer dans mes pensées comme jadis un diction l'aurait fait. Ces jours-ci me revient sans cesse "Les trois raisons de boire Contrex".

Et c'est vrai que souvent quoi qu'on fasse et ou qu'on aille, il y a trois raisons pour ça. Du moins pour la part qu'en liberté on décide. Je ne suis en effet pas certaine de me trouver trois raisons de pointer à l'usine. Je n'en connais plus qu'une et qui ne suffit pas.

Deux raisons de me rendre à la rencontre de ce soir et qui n'avait pas lieu à l'Institut Néerlandais mais qu'il organisait, déjà je les avais ; une ancienne de mes professeures et que je considère comme une amie, en était à l'initiative. Depuis qu'à un salon du livre nous nous étions retrouvées, je me suis promis de ne plus à nouveau la perdre. J'ai trop besoin de croire qu'en ce monde peuvent exister des personnes de qualité. Elle en est. ; un blogueur impénitent aussi, écrivain à ses heures (3), et que j'avais bien envie de rencontrer enfin. Que l'une invite l'autre me semblait signifier que l'heure était venue (2).

Restait la troisième raison. Elle se révèle souvent la meilleure. Seulement on ne la découvre qu'après.

J'attends d'ailleurs toujours la troisième raison de mon déplacement d'hier. Je l'ai même en vain espérée toute la journée.

Le coeur en compote, le corps glacé, malgré pour un novembre la douceur du temps-météo. J'ai tenté à grand peine de n'y pas penser. De sauver au moins la soirée. Ceux qui parlaient m'y ont aidée.

   

La ligne 13 est à nouveau ouverte, j'en suis toute surprise à l'heure du changement qu'il me faut effectuer gare Satin Lazare. La rame est du nouveau modèle, avec les sièges pour les gens de maintenant (je pourrais y tenir à une et demi), la voix qui ramène celle de Patricia Martin au rang de second violon (elle est sans doute de synthèse, celle du métro j'entends), m'y attend même une place assise.

Mais peu me chaut depuis le premier paragraphe du livre que j'ai ouvert, plus rien n'existe que le bouquin. Je suis tombée tout droit dans une banlieue créole.

Et je m'y sens bien.

C'était donc là ma raison trois. Contrairement à son aînée de la veille, elle ne se cache pas.

J'arriverai sans doute au jour en sa compagnie de pages. Mes nuits d'amour avec les humains ne me valent rien. Elles sont épuisantes et aléatoires, désespérantes quand elles disparaissent, risquantes aux conséquences. J'aime les livres. Eux au moins me le rendent bien.  Ce n'est pas ma carcasse qu'ils épuisent mais bien ma solitude.

C'est ce dont j'ai le plus besoin (même si du reste aussi).

    

Par terre dans la rue, deux chemises en bon état ; également de la vaisselle, et puis d'autres tissus. Tout un vrac d'objets qui viennent d'être déposés, mis ainsi au rebut, les encombrants sont supposés demain, et déjà méthodiquement fouillés. Un livret d'études du CAP de banque pour "L'expression française" avec un sous-titre à faire frémir :

"L'épreuve de texte" a été lui aussi dédaigné par les chiffoniers. Je ne crains pas l'épreuve. Je la prends.

Une invitation à un pot de retraite, inconnu et passé, muni d'un conseil, mais à quel degré ?, "Profitez bien de votre retraite, mais - Ne vous épuisez pas !" me séduit aussi. Bribe de vie.

J'ai revu récemment Wytejczk mais n'en dirai rien. Sauf si Eugène m'y contraint. Il faut toujours écouter son dragon domestique.

Pour cette fois pas de Prince ni petit ni grand. Ni non plus de nouvelles de mon si cher René Rainer. Pas même une petite élégie.

Je classe secret-défense ce qui concerne de trop près d'autres que moi, même transposé puis distillé, quelque chose est récemment survenu qui me sauvera ou m'achèvera, je parlerai si je survis, après 20 ans en fûts de chêne (4),,, recueille vêtements et documents.
Est-ce qu'une nouvelle vie m'attend ?

   

Le bouquin en tout cas n'a pas lâché mes mains.

Je vous laisse, il m'attend.

   

(1) "Mes quatre femmes" de Gisèle Pineau

(2) Les blogueurs qui me sont devenus amis le savent sans doute un peu, en la matière j'aime beaucoup laisser faire la vie et ne pas la forcer.

(3) Il partage avec Alain Mabanckou le "privilège" que je le considère avant tout comme quelqu'un des blogs et seulement après comme écrivain sur papier. Je suis juste un peu en avance sur mon temps quand aux hiérarchies de lieux d'écriture, le roman jamais ne mourra (allusion au thème de la soirée) mais d'ici quelques décennies, le courant sera l'écran et le papier une exception de luxe. En toutes choses, j'ai fort peu de convictions et l'infinitaire de doutes, mais celle-là elle me tient. Et bien.

(4) Rien n'est moins certain, y compris après.

[photo : entrée (ou sortie) du métro Concorde, ce soir même]

 

PS : Si quelqu'un sait ce qu'est un soucougnan, une explication est la bienvenue (me sens cette nuit trop fatiguée pour chercher et demain je le sais, le temps va manquer).

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