Un homme dehors, assis
Colle-colle (faire ou ne pas faire la)

Catherine

à relire au matin pas le temps, damnaide. Ce soir, alors ?

enfin maintenant (01/12/07 9h25)

Champ-de-Mars, 10 juin 2000

Pour de sombres raisons de sécurité nous avions dû gagner le périmètre protégé bien avant le concert. C'était le début d'une après-midi plutôt grise mais pas froide d'un printemps parisien.

Certain(e)s choristes se préparaient avec fébrilité. Je ne comptais enfiler que le minimum vital de maquillage avant le moment décisif. Je savais que je ne serais qu'une silhouette noire au visage blanc, un tout petit point vu de loin et pas celui sur lequel s'apesantirait les gros plans. A quoi bon jouer à jouer les stars ? Nous étions là en soutien, je voulais juste observer, apprendre, ressentir, oublier l'usine et ses tracas mesquins, me sentir à ma place, pour une fois. Qu'on se le dise, une scène est un bon endroit où être quand on ne sait pas quoi faire de soi.

A l'époque je n'avais pas encore croisé l'écriture, mais connaissais déjà qui m'y conduirait et me sentant sauvage et bloquée, prenait sagement son temps avant de m'y pousser.

Je l'ignorais ; je cherchais. Je me cherchais. Je cherchais en chantant.

Ce n'était pas une mauvaise idée.

La tête dans les livres, je l'avais cependant déjà. Aussi, alors que nous patientions dans une zone fermée du champs de Mars tout au pied de la Tour, je lus à haute voix pour une de mes amies choriste, une des nouvelles du K (1) et qui concernait de l'édifice la construction ; l'édifiante histoire d'André Lejeune (2), ouvrier.  Ça me faisait bizarre de le lire en français mais c'était pour elle et pour l'ambiance parfaite.

Justement une femme tranquillement s'approchait. Je m'efforçais de rester allongée afin de garder autant de forces que possible pour le concert du soir. La station debout et les longues attentes en coulisse sont du choriste l'essentiel du travail.

Seulement pour elle, je m'étais levée.

Elle aussi elle patientait, ayant joué le jeu comme les artistes intérimaires d'arriver à l'heure requise. Nous avions un peu causé, ce genre de conversation qui m'arrive souvent quand je me sens à l'aise avec les gens et que tout se passe comme si on se connaissait depuis longtemps alors que non. C'était un mélange de proximité naturelle teintée de ma part d'une grande admiration mais que je tenais en respect afin qu'elle ne vienne pas gâter ce moment partagé.

Hélas d'autres camarades sont arrivés et se sont comportés en purs admirateurs, un peu béats, un peu lourds. De bonne grâce, elle avait accepté de poser pour quelques photos et dédicacer certains badges d'accès. C'en était fini de notre conversation normale.

J'avais regretté, après coup, de ne pas lui avoir formulé ma reconnaissance pour quelques bons moments de ma jeunesse que son travail musical avait accompagnés et peut-être, qui sait, favorisés. Je n'avais alors pas encore appris à dire C'est trop bien.

- C'était trop bien votre musique pendant mes années étudiantes. On dansait, on s'aimait, et c'était un peu grâce à vous.

Je n'ai rien dit de ça. Mais parlé d'autres choses. De Buzzatti, d'ailleurs, je crois. Et n'ai pas osé demandé, moi si peu au fait des derniers développements de leur relation (3), Et Fred, ça va ?

Et les Rita, vous reviendrez ?

Catherine Ringer s'en est retournée dans sa vie, nous dans la nôtre.

Le concert fut réussi. Nous ne nous sommes pas recroisées depuis. Ce soir je pense à elle. A lui aussi.

Sans parvenir à vraiment saisir que c'est désormais fini ; pour toujours et à jamais.

    

(1) "Le K" de Dino Buzzatti ("Il colombre" en V.O. )

(2) je crois bien que c'est son nom en italien comme en français

(3) Ni des premiers d'ailleurs. Sauf des amis je suis toujours plus au courant des oeuvres que des vies. C'est bien ainsi.

 

petit rajout du 30/11/07 : par un étrange phénomène de contemporanéo-capillarité, voilà que depuis l'annonce du décès de Fred Chichin j'ai en tête sans arrêt ... des airs de Téléphone.

Je me demandais si j'étais la seule à être sujette à ce trouble étrange échange.

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