Fameuse
Un tourment de quatre-vingt dix ans

Ces cafés parfois où je vais seule (exprès)

billet à suivre, quelques soucis de chargement

Pict0013_4 Ce soir, non loin de la BNF

Il est parfois des événements à fêter ou leur non-survenance, qui sont d'un ordre intime et qu'il convient d'honorer seul(e).

Rescapée mais de peu à ma propre existence, étant parvenue une fois de plus à "sauver les meubles" sur un sol qui l'est, j'éprouvais ce soir ce besoin du frais sauvé.

Le choix du café n'était pas anodin. 3 ans plus tôt presque jours pour jours j'y avais passé l'une des plus belles soirées de ma vie. A l'époque je n'imaginais pas qu'elle n'aurait qu'assez peu de suite, j'étais juste heureuse, soulagée de ce qui constituait le premier moment heureux après un deuil compliqué. Il pleuvait ;  Wytejczk m'avait ce soir là présenté quelques amis. L'une des femmes repartait en vélo, un vrai, les vélibs en ce temps-là n'étaient sans doute pas même conçus, elle nous avait fait admirer l'ingéniosité de son capuchon anti-pluie jaune (le capuchon pas la saucée). J'avais partagé un morceau de Météor avec une toute jeune femme, et un homme séduisant qui descendait à Pyramides et se félicitait de ce nom glorieux.

Auparavant nous avions assisté à une table ronde qui nous avait empli d'intelligences. J'ai vraiment cru ce soir-là qu'elle venait aussi de moi.

Etant aujourd'hui dans le même quartier pour une raison semblable et que je ne regrette pas (1), avec sur les bras une victoire à fêter contre les adversités associées, je suis donc entrée.

Je me souvenais de leur Guinness, à moins que ça ne soit un souvenir superposé d'une visite ultérieure. En revanche j'avais oublié que les lieux étaient non-fumeurs, peut-être tout simplement parce qu'à l'époque ils ne l'étaient pas.

J'ai eu droit à un bol de chips pour agrémenter mon breuvage et au privilège inouï qu'à mon choix exprimé on me propose 25 cl ou bien une pinte. Habituée à ce qu'en tant que femme on me pose d'office une 25 en pareil cas, j'ai dû faire répéter la serveuse aimable. Pour un peu, par gratitude j'aurais pris la pinte.

Mais je ne venais pas me pinter, juste marquer le coup. Penser qu'une période enfin stable s'ouvrait peut-être sous mes pas, reprendre en tête mes chantiers d'écriture, les recaler dans le fil des jours prévisibles en fonction de la nouvelle donne. Penser doucement à une retrouvaille de hasard faite non sans bonheur le midi même, espérer que l'existence m'offre la même opportunité avec mon ami coursier et que sa présence envole les énigmes minantes. Songer surtout aux films que je venais de voir, "On ne sait jamais comment sont les gens quand on n'est pas là" a dit Robert Bober, me rendre compte que ce soir je me retrouvais dans l'esprit précis de deux ans plus tôt quand je savourais 3 jours 2/3 de travail en conditions optimales, que peut-être enfin la force, cette force, allait revenir.

Qui sait si elle n'allait pas précéder de peu la capacité d'aimer.

J'ai fini ma demie-pinte d'un trait, ai payé, ai filé : du travail m'attendait et mon niveau d'exigence s'était en quelques heures singulièrement relevé (2).

(1) merci Emmanuelle, merci mille fois.

(2) Celle de doute n'ayant pas baissé malgré deux messages formidables reçus aujourd'hui, je vais à nouveau rentrer dans une période difficile. Mais différemment.

Chaque chose en son temps. Calmement. Comme s'il me restait l'infinitaire de temps.

o

Commentaires