Waterloo, waterloo, borne pleine
Ces cafés parfois où je vais seule (exprès)

Fameuse

Musée des jardins Albert Kahn, Paris, hier

Pa230186

Une volée de scolaire a filé vers les jardins eux-mêmes ; se fait alors dans le musée un silence soudain.

Un couple se rapproche.

Perdue dans mes pensées, je n'ai pas bougé. J'aurais tellement aimé visiter ces lieux en compagnie de Wytejczk ou bien de Stéphanot.

Mais une fois de plus je suis seule, privilégiée qui peut soudain un jour de semaine libre et sans préméditation pousser la porte d'un musée, s'accorder une pause dans le tourbillon tourmenté de sa vie, privilégiée probablement provisoire et surtout solitaire.

L'homme aux cheveux blancs a cette élégance rare de ceux qui leur vie durant n'auront cessé d'entretenir leur corps qui de ce fait jusqu'aux atteintes d'une maladie mortelle leur rendront de bons et loyaux services. En premier lieu celui d'être resté eux-mêmes sinon de rides du moins de silhouette.

La femme qui l'accompagne est du genre bourgeoise qui craint d'en avoir l'air mais aux cheveux constants : la coupe aura été trouvée en accord avec son visage et restera la même au fil de longues années, la couleur variera un peu selon l'humeur de la coiffeuse (attitrée) mais pas un cheveux n'osera grisonner et l'on va si souvent la voir que jamais la longueur à l'oeil n'aura variée.

Moi qui jongle entre les mois à trop pas de temps et ceux à trop pas d'argent et les plus fréquents à trop pas des deux, je sais repérer et apprécier. Machinalement je passe un soupir de main gauche dans ma tignasse qui aurait bien besoin d'un rafraichessement. Peut-être avant le prochain salon dans ma ville adoptive, allez.

Les photos exposées qui n'en sont d'ailleurs pas vraiment puisqu'issues de divers procédés anciens qui parfois tenaient plus de la radiographie représentent des vues de Tunisie, du Maroc ou d'Alger du début du siècle dernier.

Je suis émue de leur témoignage.

L'homme aussi qui est silencieux. Mais sa compagne doit s'extasier :

- Oh regarde, c'est la place ... la place ... la place mais tu sais bien, la fameuse place, à Marrakech, là.

Il sait peut-être bien mais contemple à peine plus loin et se tait. Alors elle insiste :

- Tu sais bien, à Marrakech. Oh mais tu sais, celle qui est super connue, comme Tien An Men à Moscou.

L'homme persiste dans son silence patient. Masquerait-il un rire qui surgirait s'il ouvrait la bouche ?, comme ce risque d'en faire autant que je pressens en moi et qui même si elle m'adressait directement la question m'empêcherait de répondre Jemaa El Fna (et puis vous savez, en fait, Tien An Men, c'est Pékin, à Moscou c'est la Place Rouge).

Ma solitude soudain me satisfait qui me protège de l'hilarité que la présence d'un complice aurait rendue irrépressible.

Et puis je me souviens que j'ignore comme se prononce Guinée Bissau (1) voire serait peu capable de situer ce pays avec précision sur une carte, je pense que mon ami coursier tout polonais qu'il soit saurait, lui. Et puis je pense à lui tout court, son absence inexpliquée, son silence persistant. L'envie de rire de mon prochain aussitôt disparaît.

Je poursuis tranquillement ma visite du musée. Certaines vues sont d'une beauté fragile à couper le souffle. J'en oublie places et Guinée.

[photo : in situ]

(1) Je dois à Matoo à qui je dédie ce billet pour cette raison ainsi qu'une autre, la fin toute fraîche de mon ignorance

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