Celles qui ont des jupes et celles qui n'en ont pas
Wunderbar und wunderlich

You know what, we've been happy

dimanche 12 juin 2005, Clichy la Garenne puis rue Béranger (Paris IIIème)

P6120024 ( à relire en rentrant + corriger)

Stéphanot ne s'était pas fait prier, ses yeux brillaient de bonheur. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas 10 ans (mais presque) qu'on ne sait pas appréhender le grave et le danger, la vie menacée et les autres horreurs, et donc l'infini bonheur qu'il y a à savoir quelqu'un on aime et qu'on soutenait sauvé.

Sitôt l'annonce reçue par plusieurs voies simultanées (merci encore à l'une d'entre elles), à peine l'info recoupée (pourquoi ai-je tant de mal à croire au bon, même à l'époque ?), nous avions bondi dans le métro.

Mon téléfonino captait ou non des textos parfois étranges (car je n'identifiais pas toujours leur expéditeur), mon ami Gilles qui était sans voix, non d'émotion hélas mais pour cause médicale, m'appela malgré tout, nous étions vers Bonne Nouvelle (!) entre deux stations et je n'entendais rien (1), mais j'avais compris que c'était lui au bout. J'étais émue de cet effort que pour nous il faisait.

C'est une journée d'euphorie et d'épuisement total (2), jamais tant d'hommes séduisants ne m'auront prise dans leur bras (3), j'avais même croisé Wytejczk mais en coup de vent : c'était pour lui jour de travail, il avait cependant tenu à m'embrasser au passage avant de filer où sa présence était requise.

Et puis François qui vient de loin, encore un peu décalqué par le trajet et le choc de la nouvelle trop guettée trop attendue et qui confronté à une forêt de caméras et micros tendus vers lui s'exclame en cri du coeur : - C'est mieux comme ça !

Je voulais bien le croire.

Ensuite la fête au soir que j'avais dû quitter. Les autres disposaient de leur lendemain ou d'une indulgence probable de leur employeur pour ceux qui en avaient, de leurs clients ou lecteurs pour les autres. Seulement mon chemin menait à l'usine et il me fallait dormir pour pouvoir assurer.

Je m'étais accordée ce luxe prolétarien de rentrer à pied, le taxi de toutes façons n'était pas dans mes moyens et dans l'après-midi le père de Stéphanot car l'enfant fatiguait était venu le prendre sans savoir profiter de la joie générale. Il n'était guère resté.  J'étais à présent seule. Je pouvais donc marcher.

Je songeais en ce jour où elle avait fait ses preuves, que si l'amour était bien instable, quoique (peut-être) parfois merveilleux, l'amitié était quelque chose de formidable, qu'on pouvait compter sur elle et qu'elle déplaçait des montagnes quand il le fallait.

Trois mois après j'étais brutalement confortée dans mon opinion sur le premier. Huit mois plus tard inexplicablement détrompée sur la seconde. Entre les deux : une collection de catastrophes, cause avec ma faiblesse de l'avoir fait(e ?) sombrer pour plusieurs d'entre ceux et celles que j'aimais.

Alors je tiens à me célébrer ce petit anniversaire, ces deux ans d'un sentiment que je n'éprouverais peut-être plus jamais, l'avenir ne se présentant pas sous une bienveillance inouïe, et à tenter d'en conserver le souvenir. La mémoire de la sensation physique que le bonheur nous offre. L'énergie qui en découle, la respiration si aisée qu'on en est presque essoufflés. La légèreté qui me va si bien, je le sais, et que la vie s'obstine à me refuser.

Alors je tente de me souvenir et d'écrire pour fixer l'impression, la force, de la joie avant qu'elle ne s'estompe comme une diapo du siècle dernier dont les couleurs d'effacent à mesure des années. Pour l'amour, il est trop tard ; j'en ai perdu jusqu'au souvenir de combien c'était bon quand la confiance y est.

   

(1) ce n'est pas une figure de style malheureusement, c'était : vraiment rien.

(2) les jours précédents avaient été intenses et rudes et nous en étions à 5 mois d'efforts dans la tension extrême où la crainte nous mettait

(3) avantage collatéral auquel je ne pense qu'aujourd'hui, à cause de la solitude ultérieure sans doute ; car sinon à cette époque je me croyais aimée et d'amour et d'amitié et que c'était solide. Quelle naïveté !

[photo 1 : sur la terrasse, lors d'une pause chocolat chaud ; rue Béranger, dimanche 12 juin 2005]

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[photo 2 : locaux de Libé, dimanche 12 juin 2005, en attendant qu'un avion vers Paris atterrisse]

(et aussi pense-bête parce que ça fait 5 jours que je voudrais ici écrire un billet pour remercier la troisième personne visible en partant de la gauche d'un travail qu'elle a fait, et que je n'en trouve pas le temps et que je ne sais pas quand je l'aurais - ne pas oublier - ne pas oublier - ne pas oublier - d'y revenir quand ça va se calmer)

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