You know what, we've been happy
Une grossière évidence s'impose

Wunderbar und wunderlich

Clichy la Garenne, un appartement, 3ème étage, ce matin

Pict0019

(version provisoire)

C'est curieux, j'ai déjà pris le courrier ce matin en allant acheter une absence de journaux (1), par ailleurs un livre et un seul (2) que j'attendais est arrivé hier sans que j'aie eu à cavaler poireauter à la poste grâce aux complicités conjointes de notre gardienne et de voisins compatissants, et pourtant ça sonne et c'est encore un facteur.

Celui-ci livre les paquets, j'ouvre par l'interphone et lui indique l'étage puis je trouve que ça fait un bruit comme un extrait de déménagement et qu'il met bien longtemps à prendre l'ascenseur ce garçon.

Effectivement quand il en pousse la porte il est muni d'un volumineux paquet qui semble assez pesant et au nom de mon mari.

Soucieuse de son intimité (3) mais néanmoins perplexe compte tenu de la taille et du poids de la chose (aurait-il commandé un nouvel aspirateur sans m’en parler au préalable ? Etonnante initiative ...) je n'ouvre pas le carton mais passe à l'homme un coup de fil. Il s’étonne autant que moi et me demande de regarder de quoi il peut s'agir.

En fait c'est une caisse énorme pour un simple grille-pain , qu'escortent deux tasses très blanches et très design ainsi qu'un kilo de café frais et qui sent bon quand on ouvre la jolie boîte qui le contient.

Il nous est envoyé par le service commercial de l'entreprise germanico-chinoise de Pologne à laquelle nous avions à la Noël 2005 acheté notre formidable machine à expressos de nos rêves (et la machine et les cafés).

Laquelle machine s'était à l'époque rapidement mise au diapason familial et conformée à la poisse ambiante de la période en tombant en panne au bout de quelques jours malgré le traitement déférent que nous lui accordions comme toute personne qui vient d'acquérir un bien matériel d'une valeur excessive (4) tend à le faire à l'égard de celui-ci.

Nous n'avions à l'époque rencontré aucun problème pour un échange standard qui nous fut proposé aussitôt et réalisé dans un délai correct. Cette mésaventure était donc oubliée, comme tant d'autres péripéties d'alors dont elle était de loin la moins douloureuse.

Et voici qu'aujourd'hui en juin 2007 les services commerciaux du fabriquant de la cafetière de luxe "ayant connaissance des soucis que [n]ous av[ons] rencontrés" et "pleinement conscients des lourds désagréments et inquiétudes que cela a pu [n]ous causer"  ont "souhaité nous offrir" cet ensemble inattendu. Et je suis même priée d'accepter des excuses que je n'attendais pas.

J'ai relu trois fois le courrier, cherchant l'éventuel défaut caché, la petite étoile et le renvoi ad-hoc précisant combien le miracle livré allait nous être facturé, le service que nous serions priés de rendre en échange ... mais non, aucune embrouille, le slogan de l'entreprise étant "Beyond reason" je me suis dit qu'il n'y en avait peut-être aucune  résigne à accepter le présent en tant que tel.

Depuis ce matin j'ai donc pris 2 kilos (au moins), en tartines grillées beurrées, tout en songeant qu'il serait extrêmement consolateur que les services après-vente du ciel "et de qui peut bien s'y trouver" (ou pas), prennent l'habitude de procéder ainsi pour ceux des dysfonctionnements de nos vies dont nous ne sommes pas ou fort peu responsables.

Une maladie chronique, une voiture livrée, un mari volage, lave-linge ET lave-vaisselle, diagnostic flippant un peu trop vite établi, trois bibliothèques sur-mesure déjà montées ...

Rien hélas ne pourra jamais compenser les amis disparus alors qu'ils sont toujours en vie et qu'on les aime encore, même les succès professionnels les plus éclatants qu'ils nous aurons offerts.

Je reprends un café, renonce à la treizième tartine et si je fumais allumerais une cigarette.

(1) évidemment grève générale le jour du Canard.

(2) les temps sont durs

(3) on pourrait toujours rêver qu'il se soit enfin trouvé une riche maîtresse qui lui offrirait de volumineux et somptueux cadeaux, l'entretiendrait et moi par ricochets, je pourrais enfin me consacrer à mon travail et ne plus perdre de temps à , non, rien.

(on remarquera que depuis que (presque) tous ceux qui (je croyais) m'aimaient de près m'ont quittée, je suis d'une absolue amoralité ; il ne sera pas dit que je n'aurais pas fait un louable effort d'adaptabilité).

(4) et s'est endettée sur 10 mois pour l'acquérir

[photo : l'engin, en vrai]

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