Perdu puis retrouvé
Des écobons l'oubli gracile

Pourquoi dans les opéras ils meurent toujours à la fin ?

Ce matin, je crois. Dans la cuisine, c'est évident.

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(billet relu et corrigé le 21/06/07 à 0 h 50 pardon pour ceux et celles qui l'auront lu avant)

Ce n'est pas une question enfantine de Stéphanot, comme il lui en reste encore quelques-unes en réserve avant l'âge des certitudes coupantes qu'on assène à l'entourage.

C'est moi qui la pose. A haute voix. Devant son air interrogateur alors qu'il passe dans la cuisine à la recherche d'un verre de lait. Son air interrogateur face au mien, probablement affligé, perdu dans mes pensées abyssales et récurrentes, mon "western intérieur" (1).

J'ai dit la première chose qui me passait par la tête, après avoir vu "Un Bal Masqué" hier, ce que Stéphanot sait. Ma question ne devrait donc pas trop le surprendre.

Je suis en fait en plein accès de "Smoking - No Smoking"  syndrome. Rien à voir avec la cigarette mais tout avec le film d'Alain Resnais.

Le fiston l'ignore qui me répond rigolard :

- Ben parce que si ils le f'saient au début, y aurait p'us rien à raconter.

Puis abandonne les lieux, lui et son lait.

Il y a deux mois, j'ai croisé Mathieu, à la terrasse d'un café. Il ne me connaît guère, mais je sais qui il est.  Un des plus proches amis de Wytejczk jusqu'à une époque que je ne saurais dater. Il était seul, sirotait son café en lisant un texte qu'il anotait. J'ai craint de l'importuner en l'abordant sauvagement pour lui demander des nouvelles d'un pote avec lequel je l'avais su fâché sans connaître précisément la cause de leur divergence. Nous n'avions jamais été vraiment présentés, même si nous nous sommes plusieurs fois retrouvés en présence lors d'occasions festives, et puis surtout, il travaillait.

Je ne supporte pas qu'on m'interrompe quand je travaille. J'essaie en toute logique de ne pas faire subir aux autres ce que je ne sais encaisser sans souffrance, donc ce jour-là je me suis abstenue.

Et ce matin, ce tourment fuligineux soudain mais non sans cause, j'aurais mieux fait de le faire, bon sang c'était ma chance, une chance inouie d'enfin comprendre, peut-être que lui SAVAIT, peut-être que j'aurais pu comprendre, et après tout qu'aurais-je risqué ? Il m'aurait au pire éconduite poliment ou froidement, ne se souvenant pas de mon visage, et pressé d'avancer dans ce qu'il faisait.

Alors comme le personnage de Sabine Azéma dans le film, je regrette cette "cigarette" que j'aurais dû allumer (2) et qui aurait peut-être remis ma vie sur ses rails propres et changé son cours devenu trop sombre.

Par une question d'opérette sur l'opéra, j'ai tenté de masquer mon regret, et ce chagrin si profond.

Y suis-je arrivée parvenue arrivée ?

 

(1) pour autant que je puisse en juger la paternité de cette expression est de Pierre Murat (Télérama).

(2) incapable de me souvenir 17 ans après avoir vu le film si c'était l'option Elle l'a allumée qui débouchait sur une des fins heureuses, ou au contraire celle où elle s'y refusait. Dans le doute je garde la version qui m'autorise une phrase affirmative.

[photo : Opéra Bastille, mardi soir à l'heure des saluts du Bal]

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